Hollande reçu au Vatican : retour sur les relations de nos présidents avec le pape

Politique

POLITIQUE & RELIGION - François Hollande va rencontrer le pape François ce mercredi à Rome, afin notamment d’aborder la sécurité dans les lieux de culte. Si cette audience privée se déroule dans un contexte particulier, trois semaines après l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, la visite présidentielle au Vatican est devenue une tradition sous la Ve République, et pratiquement tous les présidents ont rencontré un pape.

Ce sera leur deuxième entrevue depuis celle de janvier 2014. François Hollande va être reçu en audience privée par le pape François ce mercredi au Vatican. Une visite qui s'inscrit dans un contexte tragique puisqu'elle se déroule trois semaines après le meurtre du père Jacques Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray.

A l’exception de Georges Pompidou, pris dans les rouages de l’après-Mai 68, tous les présidents de la Ve République ont visité le Saint-Père. L’Eglise considère le chef de l’Etat comme l’héritier des rois de France et lui remet le titre de chanoine d’honneur de la basilique de Saint-Jean-de-Latran , une tradition qui remonte à Henri IV (1553-1610). Du fervent chrétien Charles de Gaulle, lequel avait fait installer une chapelle à l’Elysée, au libre penseur laïque François Hollande, les présidents français ont pris l’habitude de se rendre au Saint-Siège au moins une fois pendant leur mandat. Et les débats ont été nombreux ces dernières décennies : contraception, avortement, mariage pour tous, attentats, racisme… Retour sur les relations des sept derniers présidents français avec les papes.

De Gaulle et le pape Pie XII

Le 27 juin 1959, le général de Gaulle, éduqué dans un climat catholique social, effectue sa première visite d’Etat au Vatican et rencontre le pape Pie XII, en compagnie de sa femme et de son ministre des Affaires étrangères, Maurice Couve de Murville. Portant le collier de l’Ordre suprême du Christ, le général s’agenouille devant le pape, lui baise la main et lui offre le manuscrit d’une bible du XIVe siècle sur parchemin.

Très attaché aux liens pluriséculaires entre la France et l’Eglise romaine, de Gaulle était déjà parvenu à le rencontrer une première fois en 1944 afin d’asseoir sa légitimité, alors que le Vatican ne reconnaissait que le régime de Vichy.

Pompidou

Georges Pompidou est le seul président de la Ve République à n’avoir jamais rencontré le Pape. Trop occupé avec la crise culturelle de l’après-Mai 68, il instaure sans le vouloir des distances avec le Vatican.

Giscard d’Estaing et le pape Paul VI

Elu président de la République le 27 mai 1974, Valéry Giscard d’Estaing renoue avec l’institution et rencontre le pape Paul VI en décembre 1975. Année au cours de laquelle est promulguée la loi Veil relative à l’interruption volontaire de la grossesse. A cette époque, les opposants à l’avortement se rangent derrière la lettre encyclique du pape Paul VI, publiée en 1968  et réaffirmant l’hostilité de l’Eglise à l’encontre de la contraception et de l’interruption de grossesse.

Dans un entretien accordé à Paris Match en 2005, l’ancien chef d’Etat avait admis que le pape "avait été direct" et lui avait "reproché d’avoir fait voter une loi trop permissive sur l’avortement". En 1980, Giscard se rend de nouveau au Vatican pour rencontrer le pape Jean-Paul II, qu’il reverra en 2002 pour discuter des "contenus religieux et spirituels" de la future Constitution européenne.

Mitterrand et Jean-Paul II

Neuf mois après son investiture en 1982, François Mitterrand, premier président socialiste de la Ve République, est reçu en audience privée par Jean-Paul II. Elevé dans la foi catholique et fasciné par la spiritualité, le président accepte le titre de chanoine d'honneur du Latran sans le recevoir officiellement. Lors de leur entretien dans la bibliothèque du Vatican, Jean-Paul II fait part de ses inquiétudes concernant "l’école catholique".

Dans leur livre "La Décennie Mitterrand", les auteurs racontent que François Mitterrand n'avait pas osé prendre l’un des chapelets offerts par le pape. "Prenez-en un pour ma sœur", aurait-il demandé à Michel Vauzelle, alors porte-parole de la présidence de la République.

► Chirac et Jean-Paul II

Jacques Chirac a rencontré le pape Jean-Paul II à cinq reprises lorsqu’il était maire de Paris et ministre. Une fois élu à la tête du pays, le président a effectué une visite d’Etat au Vatican avec sa femme Bernadette Chirac, coiffée d’une mantille noire. Admiratif, Chirac a "témoigné de la fidélité de la France à son héritage chrétien". Comme Charles de Gaulle et Valery Giscard d’Estaing avant lui, il reçut le titre de chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean-de-Latran. Le 3 avril 2005, il assista à la messe donnée à Notre-Dame de Paris pour Jean-Paul II, décédé la veille à l’âge de 84 ans.

Sarkozy et le pape Benoît XVI

Nicolas Sarkozy n’avait attendu que quelques mois après son investiture pour rendre visite au pape Benoît XVI, aux côtés de l’humoriste Jean-Marie Bigard qu’il souhaitait remercier pour l’avoir soutenu durant sa campagne présidentielle. Cette rencontre eut lieu dans la salle du trône, voisine du bureau du Saint-Père. Les deux chefs d’Etat se sont entretenus pendant 25 minutes, soit cinq minutes de plus que ce que prévoyait le protocole et ont abordé des sujets tels que la politique d’immigration en France, le travail dominical et la simplification de la procédure de divorce.

Dans son élocution au Latran, Sarkozy avait évoqué la "laïcité positive" et fait polémique en vantant "les mérites respectifs de l’instituteur et du prêtre". Le 8 octobre 2010, après avoir tenu des propos controversés sur les Roms, Nicolas Sarkozy rend de nouveau visite au Saint-Père pour tenter d’apaiser les relations entre Paris et le Vatican.

A LIRE AUSSI >> Nicolas Sarkozy : les références religieuses du chef des "Républicains"

► Hollande et le pape François

François Hollande lui, aura attendu près de deux ans pour rencontrer le pape François. A l’occasion d’un entretien de 35 minutes, en janvier 2014, le chef d’Etat avait tenté d’adresser un message d’apaisement à l’égard des catholiques, notamment après les débats sur le mariage pour tous ou le suicide assisté pour les personnes en fin de vie.

Le jour même du meurtre du père Hamel lors d'un attentat revendiqué par Daech le 26 juillet dernier, François Hollande avait exprimé au pape, à l’occasion d’un entretien téléphonique, "le chagrin du peuple français", et lui avait assuré que tout serait mis en œuvre pour "protéger les lieux de culte français". 

EN SAVOIR +
>>  Le père Hamel, tué à Saint-Etienne-du-Rouvray : "un homme bon" et apprécié de tous >>  L'un des deux terroristes sous bracelet électronique ?
>>  Prise d'otages à Saint-Etienne-du-Rouvray : les politiques entre émotion et récupération

 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter