Recueillement devant le cercueil de Johnny : pourquoi Emmanuel Macron s’est ravisé avant de faire le signe de la croix

Politique
OUPS ? - Devant le cercueil de Johnny Hallyday à la Madeleine le samedi 6 décembre, le chef de l’Etat a semblé esquisser un geste pour faire le signe de la croix, avant de se raviser. Explications.

C’est un rite qui existe à la fin de chaque cérémonie de funérailles catholiques : les fidèles défilent devant le cercueil, et peuvent le bénir, à l’aide d’un goupillon plongée dans de l’eau bénite. C’est d’ailleurs le geste qu’a failli faire le président de la République Emmanuel Macron, ce samedi à l'église de la Madeleine, avant de se raviser.


Devant le cercueil de Johnny Hallyday, le chef de l’Etat a en effet fait mine de saisir le goupillon. Mais a retenu son geste au dernier moment. Il s’est contenté, à la place, de mettre ses deux mains sur le cercueil et de s’incliner légèrement. Derrière lui, Brigitte Macron a, elle, tracé le signe de la croix en aspergeant le cercueil. 


Pourquoi Emmanuel Macron s’est ravisé ? Tout simplement parce que quelles que soient ses convictions, il est chef de l’Etat, et à ce titre, garant de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Faire ainsi un signe de croix en public aurait pu être une source de critiques.


Les réseaux sociaux sont partagés, devant ce geste inabouti. Certains qui s’insurgent et qui voient un "manque de respect" de la tradition.

Mais d’autres comprennent le geste, au regard de la loi et du respect de la laïcité.

Après le couple Macron, c’est le chef du gouvernement, Edouard Philippe et celui du Sénat, Gérard Larcher, qui se sont avancés. Ils sont contentés de s’incliner devant le cercueil. 


L'ex-président de la République Nicolas Sarkozy, qui est ouvertement catholique, et son épouse Carla Bruni ont, eux, tracé le signe de croix. François Hollande, athée déclaré s’est lui aussi contenté de courber la tête. Sa compagne, en revanche, a béni le cercueil. Reste qu’en tant qu’anciens présidents, et donc plus en fonction, tous deux demeurent libres d’agir selon leurs convictions. 

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Les politiques défilent devant le cercueil de Johnny Hallyday

Mais Nicolas Sarkozy, alors qu’il était président, s’était plusieurs fois signé en public. Ce qui avait d'ailleurs donné lieu à des critiques. En 2010, lors d’une visite à Benoit XVI au Vatican, Nicolas Sarkozy s’était ainsi signé à quatre reprises, en entrant notamment dans des chapelles. Geste qui avait provoqué un tollé, le maitre du grand Orient de France accusant par exemple le président d’un "mélange des gens qui va à l’encontre des principes de séparation de l’Eglise et de l’Etat". Ce n’était d’ailleurs pas une première :  lors d’une première visite à Rome en 2007, Nicolas Sarkozy s’était déjà signé en public.  

Mais l'ancien chef de l'Etat reste une exception par ses prédécesseurs. Et autant lui était un catholique revendiqué et assumé, autant François Hollande un laïc assumé, autant Emmanuel Macron reste très flou sur ses convictions. Qui le resteront encore, donc.


Petite anecdote : cette fameuse loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat a été promulguée le 9 décembre 1905. Il y a donc 112 ans tout pile, ce samedi. Plus largement, au-delà des signes de croix, la question se pose, aussi, de savoir si un président de la République. Après tout, assister à un office religieux en tant que chef de l’Etat n’est-il pas faire entorse au principe de la laïcité ? Le problème a d’ailleurs été soulevé, ou plutôt dénoncé, par Jean-Luc Mélenchon, vendredi.

En fait, la question fait toujours débat et a évolué avec le temps. Aux débuts, après la loi de 1905, aucun président ne participe à un office. Lors de la Première guerre mondiale, les autorités religieuses tentent de ramener les autorités dans le giron de l’Eglise, en les incitant à participer aux offices, pour mobiliser les forces spirituelles de la France. Mais ils se heurtent à un "non" ferme de George Clémenceau, chef du gouvernement et anticlérical notoire, et du président Raymond Poincaré. Ils ne participeront pas non plus à un Te Deum organisé à Notre-Dame pour la Victoire, et auquel l’archevêque de Paris les convie. 


Pendant l’entre-deux guerres, cette règle républicaine reste la même. La Seconde guerre mondiale amène quelques assouplissements. Le président du Conseil et certains ministres assistent par exemple à une messe pour soutenir les forces françaises. Mais c’est vraiment à la Libération que survient le grand changement : après sa descente des Champs-Elysées, le général de Gaulle, alors chef du gouvernement provisoire de la République française, assiste à un Magnificat à Notre-Dame de Paris. Il est catholique pratiquant et bouleverse les usages quand il devient président, en 1958 : il accepte d’assister aux offices, mais sans communier. 


Les autres présidents de la Ve république suivront chacun leur propre règle. En fait, ils ont tendance à suivre la règle instaurée par de Gaulle, avec plus ou moins de distance : ils s’autorisent à assister à certains offices, mais affichent une volonté de neutralité durant le culte. Georges Pompidou et sa femmes assistent à la messe quand ils sont en vacances à Bornes-les-Mimosas, tout comme Valéry Giscard d’Estaing et sa femme, ou encore Jacques et Bernadette Chirac. François Mitterrand, lui, se montre plus distant. 


Emmanuel Macron lui, est, baptisé mais pas pratiquant. Il joue pour l’instant la neutralité. Depuis qu’il est président de la République, il a assisté à la messe d’hommage célébrée un an après la mort du père Hamel. 

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