Les soutiens politiques de Didier Raoult, toujours présents malgré les controverses

Raoult auditionné : "On a besoin de démêler les choses", estime le député Boris Vallaud
Politique

SOUTIENS - Personnage incontournable de la crise sanitaire, le professeur Didier Raoult est auditionné par la commission d'enquête parlementaire à l'Assemblée nationale, mercredi 24 juin. L'occasion pour lui de se confronter à un monde politique qu'il critique avec virulence, mais où il compte nombre d'alliés.

En mars, alors que l'épidémie de coronavirus flambait en France, Didier Raoult avait trouvé chez certains responsables politiques, notamment marseillais, les plus ardents défenseurs de son traitement à base d'hydroxychloroquine. Le maire de Nice Christian Estrosi et la députée LR Valérie Boyer, eux-mêmes contaminés, avaient fait la promotion de ce remède auquel ils avaient recouru, malgré les doutes persistants dans le monde de la recherche. 

"L'effet secondaire de la choloroquine, c'est que je vais mieux", clamait notamment Valérie Boyer fin mars. Ils étaient nombreux, du président du conseil régional de Paca Renaud Muselier à la présidente du RN Marine Le Pen, en passant par le député LR Julien Aubert, à presser le gouvernement de s'approprier au plus vite le protocole de Didier Raoult afin d'en prescrire aux patients. Le débat autour de ce traitement en pleine pandémie avait même décidé Emmanuel Macron, le 9 avril, à se rendre à Marseille pour y rencontrer Didier Raoult. 

Un mois plus tard, l'efficacité de l'hydroxychloroquine a été remise en cause par plusieurs études, dont la dernière, publiée par le Lancet, avant d'être dépubliée sur fond de conflits d'intérêt, avaient poussé l'OMS à suspendre ses essais, et le Haut conseil de la santé publique à émettre en France un avis défavorable à l'usage de ce traitement contre le Covid-19. Une polémique qui n'avait d'ailleurs pas franchement mis sous cloche les soutiens politiques au professeur Raoult.

Un soutien en sourdine, mais constant

Les personnalités politiques qui avaient défendu le recours au protocole de Didier Raoult ne se sont pas déjugées en dépit de la polémique liée au Lancet. Elles se sont en revanche montré plus discrètes sur le sujet. 

A ce titre, seule Ségolène Royal a été épinglée à ce jour pour avoir passé un coup de crayon sur ses déclarations au sujet de la chloroquine. L'ancienne candidate à la présidentielle de 2007 a en effet effacé ces derniers jours deux messages publiés fin mars sur Twitter, comme l'avait relevé fin mai le compte Fallait pas supprimer. Dans ces messages, elle appelait à "laisser agir ces médecins spécialistes incontestés et responsables" qui avaient recours à la chloroquine et s'en prenait aux "hésitations bureaucratiques" qui retardaient la prescription du fameux médicament. Interrogée sur Radio Classique à propos de ces suppressions, Ségolène Royal a déclaré qu'elle les assumait "complètement", affirmant procéder régulièrement à des "mises à jour" sur compte Twitter pour n'y laisser que "les tweets durables". 

Si la droite marseillaise, au premier plan dans la défense des travaux du professeur Raoult, se montre plus discrète sur le sujet depuis la fin du mois d'avril, et tout particulièrement depuis l'article de The Lancet, le soutien à l'infectiologue et à l'équipe de l'IHU marseillais n'a jamais été remis en cause. Le 13 mai, Renaud Muselier saluait en Didier Raoult "un personnage atypique, génial et exceptionnel". "Je ne sais pas si son traitement est le bon", expliquait-il. Mais "ce que l'on a fait est simple : nous avons dépisté Toulon, Nice et Marseille. On a isolé, et on a traité". Le 15 mai, en déplacement à l'IHU, Christian Estrosi saluait en Didier Raoult "un des plus grands chercheurs sur la scène internationale". Une semaine plus tôt, le maire de Nice estimait que "soutenir le protocole Raoult est un devoir politique pour mieux garantir le déconfinement", appelant à mettre "un terme aux manipulations des commentateurs sous influence".

L'expertise internationale remise en cause

Si, entre la publication de The Lancet et sa dépublication, les prises de paroles sont plus rares, des voix s'élèvent toujours pour prendre la défense de Didier Raoult, quitte à dénoncer les fondements scientifiques qui ont conduit à mettre en pause la prescription d'hydrochloroquine. 

Ardent défenseur du protocole Raoult, Philippe Douste-Blazy est en première ligne dans ce combat. Sur LCI, l'ancien ministre et cardiologue de formation avait fustigé "le biais" de l'étude du Lancet, qui se focalise selon lui sur des patients hospitalisés avec des difficultés respiratoires et ne montrerait pas l'efficacité du traitement en amont des symptômes. "Je suis un peu étonné qu'en quelques jours, on puisse faire 671 hôpitaux, des centaines de milliers de donner. A la sortie, les choses ne tiennent pas trop bien la route", a-t-il fait valoir, défendant a contrario les études du professeur Raoult. 

En vidéo

DOUSTE-BLAZY 5 défend les études de Raoult (éthique + comparaison taux de mortalité)

Une opinion partagée sur Twitter par le sénateur LR de Côte d'Or Alain Houpert, qui voyait dans les attaques contre le protocole Raoult "un nouveau prétexte" du ministre de la Santé Olivier Véran "pour discréditer Didier Raoult et dissimuler les négligences du gouvernement". Dans la foulée, le même sénateur s'en prenait à "une étude dont les auteurs ont des liens d'intérêt avec le monde pharmaceutique"

Dans la même veine, l'eurodéputée écologiste Michèle Rivasi avait dénoncé dans un communiqué "la qualité plus que douteuse" de l'article de The Lancet "et sa parution qui questionne une fois encore l'indépendance des revues scientifiques". "Entre un médicament bon marché, connu et déjà disponible, et des innovations thérapeutiques prometteuses bientôt commercialisées avec l'appui de l'argent public, qui a intérêt à entretenir la querelle d'experts ?"  a-t-elle questionné, appelant à "une étude de qualité, intègre, impartiale et transparente, indépendante des intérêts économiques et politiques en présence".

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Ces derniers jours, les soutiens à Didier Raoult se sont multipliés à droite de la droite, accusant plus ouvertement encore l'expertise internationale sur le sujet, sur un air de lutte contre le fameux "Big Pharma". "La nouvelle étude sur la chloroquine qui fait polémique est au départ biaisée. Cela interroge sur le pouvoir des lobbies pharmaceutiques", estime ainsi le député DLF Nicolas Dupont-Aignan. 

Le souverainiste Florian Philippot (ex-FN) a pour sa part comparé le "lynchage" médiatique dont ferait l'objet Didier Raoult avec celui du "non" au référendum de 2005 sur le traité européen, "avec parfois les mêmes mots et les mêmes acteurs."

A travers les études remettant en cause l'hydroxychloroquine, "on a cherché à flinguer"  le professeur Raoult, a également jugé, mardi, le porte-parole du RN Sébastien Chenu. "Il y a probablement des cas dans lesquels la prescription de chloroquine au tout début et avant les hospitalisations peut avoir du sens. C'est ce que nous dit le professeur Raoult. Il n'y a pas de raison d'en douter." "Pourquoi un médicament qui était en vente libre a été interdit il y a quelques semaines ?", s'interrogeait également mardi l'eurodéputé RN Gilbert Collard, établissant à nouveau un lien avec le coronavirus pourtant démenti à plusieurs reprises

Des prises de positions sans doutes pas étrangères au rapprochement effectué récemment par Didier Raoult avec le philosophe Michel Onfray, dans le cadre d'une nouvelle revue baptisée "Front populaire", dont l'objectif est de rassembler "les souverainistes de droite et de gauche" et qui entend faire entendre "une voix alternative" contre "la pensée dominante". Didier Raoult en apôtre des "anti-système" ? Certains en rêvent déjà. 

Marine Le Pen, qui avait milité pour la généralisation des essais cliniques sur le traitement du Pr Raoult, bouclait la boucle sur LCI le 24 juin, en prévenant : "S'il est prouvé que la chloroquine est efficace et que le gouvernement a fait en sorte de ne pas l'utiliser voire de l'interdire, nous avons là les éléments d'un véritable scandale sanitaire majeur".

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