"Il faut comprendre le jeune qui part en Syrie" : trajectoire d'une phrase attribuée à Taubira

"Il faut comprendre le jeune qui part en Syrie" : trajectoire d'une phrase attribuée à Taubira

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EXPLICATIONS – Jean-Marie Le Guen a fermement défendu sa collègue du gouvernement, Christiane Taubira, ce vendredi matin, sur Europe 1. En cause : une phrase attribuée à la ministre, qui remonte à plusieurs jours, et qui peut prêter à plusieurs interprétations.

Mais d'où sort cette citation attribuée à Christiane Taubira qui aurait dit "il faut comprendre le jeune qui part en Syrie [faire le djihad, ndlr]" ? Ce vendredi matin, au micro d’ Europe 1 , Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, a farouchement défendu sa collègue au gouvernement, niant qu’elle ait tenu ces propos.

Face à Jean-Pierre Elkabbach qui lui demandait "quand Christiane Taubira dit sur iTélé [...] concernant les djihadistes, 'il faut comprendre le jeune qui part en Syrie', est-ce que c’est une position du gouvernement ?", le secrétaire d’État a évoqué une mauvaise compréhension de ses propos : "Je l’ai entendue cette interview. Elle n’a pas dit qu’il fallait le comprendre. Elle a dit que pour lutter contre l’influence du fondamentalisme, il fallait connaître les mécanismes psychologiques qui amène des jeunes [à partir en Syrie, ndlr]”.

Un échange à voir ci-dessous à partir de la 10e minute :


De quelle interview parle-t-on ? Metronews rembobine le fil de l’histoire. Début février, la garde des Sceaux est en déplacement outre-Atlantique où elle accorde une interview à Laurence Haïm , journaliste d’iTélé. Elle s’exprime sur plusieurs sujets (l’emploi du mot "apartheid" par le Premier ministre Manuel Valls, l’absence de nécessité d’un Patriot Act à la française, etc.) et tacle Marine Le Pen.

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Et parmi tous ces sujets, elle aborde également les politiques françaises en matière de terrorisme, l’après-Charlie, et le départ de certains Français en Syrie partis faire le djihad (voir la séquence isolée par la chaîne à partir de la 3e minute ). 

Comprendre les mécanismes décisionnels

La journaliste l’interroge alors sur ce qu’elle aurait envie de dire à un jeune qui manifeste l’envie de s’engager. Réponse de la ministre en ces termes : "Nous avons évidemment une grande perplexité sur la façon dont les jeunes qui ont toute la vie devant eux puissent se mettre à donner la mort et à la désirer eux-mêmes. Mais nous devons comprendre cela sinon nous risquons nous-mêmes d’être défaits, nous risquons d’être vaincus. C’est pour cela qu’il nous faut nous donner les moyens de lutter contre les terroristes, mais aussi d’assécher leur terreau de recrutement."

Face à cette réponse un peu langue de bois, Laurence Haïm insiste et relance Christiane Taubira. Elle détaille alors sa pensée et explique : "Je prends le temps de lui parler. Ce n’est pas par slogan qu’on peut lui dire, d’une phrase, 'tu ne pars pas'. Il faut s’interroger : quels sont les ressorts profonds qui font que les jeunes soient réceptifs à ce discours de destruction, de dévastation, de mort tout simplement. Qu’est-ce qui fait que lorsqu’on porte la vie en soi à cet âge-là, que l’on peut rire de tout ce qui peut venir, que l’on peut se sentir prêt à affronter tout ce qui peut venir, pourquoi ce choix morbide, pourquoi ce choix mortifère, pourquoi ce choix sordide, funeste ? Il nous faut comprendre cela. Et c’est pour cela que le Premier ministre a dit qu’il fallait interroger tous ces ressorts et apporter des réponses, qui soient évidemment des réponses de sécurité, de justice, mais aussi d’éducation, d’urbanisation, de politique de ville, de culture, d’accompagnement à l’emploi."

Des éléments de contextualisation importants

Christiane Taubira explique donc bien qu’il faut "comprendre" le jeune qui part en Syrie au sens où il faut, selon elle, s’interroger sur les mécanismes qui le conduise à faire ce choix. Mais la phrase qui lui est attribuée et qui synthétise sa pensée – "il faut comprendre le jeune qui part en Syrie" – sans éléments de contextualisation, est ambiguë et laisse entendre que la ministre justifie ces départs. Une ambiguïté linguistique sur laquelle surfe de nombreux sites proche de la droite ou de l'extrême droite, toujours prompte à taxer la garde des Sceaux de "laxiste" et de réclamer sa démission.

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