"Il faut empêcher le retour de ceux qui partent faire le djihad"

Politique
INTERVIEW - Le député UDI Jean-Christophe Lagarde s'apprête à déposer en fin de semaine une proposition de loi visant à retirer la nationalité française à ceux qui partent faire le djihad, ou à leur interdire le retour sur le territoire. Il s'en explique auprès de metronews.

Pourquoi avez-vous décidé de déposer cette proposition de loi ?
Notre législation n'est pas adaptée à la nouvelle menace djihadiste. Le gouvernement a récemment fait passer une loi visant à empêcher les candidats au djihad de partir, mais rien aujourd'hui ne nous permet de gérer leur retour. Et on a vu ce qui s'est passé avec Mohammed Merah et Mehdi Nemmouche. Ceux qui partent en Afghanistan, au Mali, en Irak ou en Syrie y apprennent la haine, la guerre, le terrorisme, mais ils ont le droit ensuite, parce qu'ils sont Français, de revenir sur notre territoire. Or, on sait que près de 1000 personnes sont actuellement là-bas. C'est un danger qu'on ne pourra pas contrôler quand elles reviendront.

La déchéance de nationalité est un serpent de mer de la politique, car elle se heurte à des difficultés juridiques. Et la loi permet déjà des déchéances au motif de terrorisme...
Aujourd'hui, on ne peut pas déchoir quelqu'un de sa nationalité s'il est uniquement Français, car les conventions internationales disent qu'on ne peut pas créer d'apatrides. Et dans le cas où il a une double nationalité, on ne peut le priver de la française que s'il a été naturalisé il y a moins de dix ans. Ce que je propose, c'est que lorsqu'on a une double nationalité, le ministre de l'Intérieur puisse à tout moment, après avis du Conseil d'Etat, vous déchoir de votre nationalité si vous êtes parti à l'étranger combattre ou aider des groupes terroristes.

Et pour ceux qui ne sont que Français ?
Ils verraient leur retour sur le territoire soumis à une autorisation du ministre de l'Intérieur, qui pourrait soit le refuser, considérant l'individu comme trop dangereux, soit l'assortir de conditions de surveillance et de processus de "déradicalisation", comme il en existe ailleurs.

Le fait de viser les binationaux ne poserait-il pas la question du respect du principe de l'égalité des Français devant la loi ?
En quoi est-ce que je les vise puisque je dis que ceux qui ont la seule nationalité française seront eux-aussi soumis à un contrôle de retour sur le territoire ?

Ils ne sont pas menacés de la même chose...
Evidemment, puisque pour l'instant le droit ne nous permet pas de le faire. Là, celui qui n'a que la nationalité française et qui entre sous le coup d'une interdiction de territoire ne sera pas apatride, il restera Français, mais il ne sera pas autorisé à rentrer n'importe quand et n'importe comment. Si on me dit que ce n'est pas possible, alors dénonçons la convention internationale en question, en l'occurrence la convention européenne des droits de l'Homme ! On ne peut pas expliquer aux Français que sous prétexte qu'il est Français, quelqu'un qui déteste le pays et qui a décidé de lui faire la guerre puisse partir s'entraîner à l'extérieur et revenir sans qu'on n'ait rien à dire.

Ne craignez-vous pas d'être accusé d'agiter les peurs et de vouloir légiférer dans l'émotion ?
Ce n'est pas une question d'émotion ! Cela fait combien de temps que Monsieur Merah a commis ses attentats ? Mehdi Nemmouche, cela fait plusieurs mois. Je n'ai pas peur qu'on m'accuse de quoi que ce soit car je pense que si les républicains ne s'attaquent pas à ces problèmes, ils sont récupérés par des extrémistes. Mon système est équilibré. Il n' y a pas de non-retour mais il y a un Etat qui décide de se faire respecter, de protéger ses citoyens et qui dit que non, on n'a pas un droit inaliénable à revenir sur le territoire national quand on a décidé d'apprendre le terrorisme et de vouloir porter atteinte aux intérêts des Français ou à leur vie.

Nombre de jeunes qui partent faire le djihad sont nés en France et n'ont que la nationalité française. Que deviendraient ceux qui seraient interdits de retour ?
C'est leur problème, c'est leur choix. Je ne vais pas m'apitoyer sur des gens qui vont faire la guerre et qui nous détestent.

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