"Il faut se saisir de la crise pour faire mieux", plaide l'économiste Nicolas Bouzou

"Il faut se saisir de la crise pour faire mieux", plaide l'économiste Nicolas Bouzou
Politique

INTERVIEW - Invité politique d'Elizabeth Martichoux jeudi 2 juillet, l'auteur de l'essai "Inventons la mondialisation de demain" a partagé sa vision pour une reprise économique aussi libérale qu'écologique.

Pour lui, la crise du coronavirus ne remet pas en cause le libre-échange, au contraire. Pas plus que l'écologie ne saurait remettre en question le dogme de la croissance. A l'aune d'une crise économique "comme aucune autre", pour reprendre les prévisions alarmantes du FMI, l'économiste Nicolas Bouzou a partagé ce jeudi 2 juillet sur LCI ses convictions idéologiques et ses idées économiques. Se décrivant lui même comme "libéral", il propose notamment une "réindustrialisation" du pays en passant par l'investissement dans le secteur de la technologie. 

Pour un ministère économique et écologique

Tout d'abord, comment penser stabilité économique quand l'exécutif est en plein mouvement ? S'il y a un remaniement à venir, l'essayiste estime que cette "incertitude politique ne pèse pas énormément" sur l'activité. Saluant le travail du "pôle économique du gouvernement" pendant la crise sanitaire, à savoir Bruno Le Maire à l'Economie, Muriel Pénicaud au Travail et la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher, qui a "très bien fonctionné", il estime qu'il n'y a aucune raison de bouleverser ce trio. Au contraire, Nicolas Bouzou affirme qu'il y aurait "beaucoup de sens" à créer un ministère commun avec l'écologie. Alors qu'Emmanuel Macron tente de donner un virage vert à la deuxième moitié de son quinquennat, l'économiste plaide pour cette "excellente idée" qui permettrait de "sortir de cet antagonisme entre économie et écologie". 

Pour cet essayiste, sauver le climat ne pourra pas se faire en suivant "l'idéologie de la décroissance". "Agacé" par ceux qui prônent cette voie, qui consiste à réduire la production dans son ensemble pour réduire drastiquement les émissions de CO2, il affirme au contraire que la transition écologique doit "avant tout" être une transition énergétique et qu'il faut donc qu'il faut au contraire "produire plus". "L'écologie, ça a un coût. Et puisque ça a un coût, il faut des ressources, il faut des revenus, qui sont issus de la croissance." "Verdir la planète" requiert ainsi "une économie puissante", qui passe par des "investissements", ciblés sur des secteurs porteurs alliant les deux : l'économie circulaire que les nouvelles technologies, l'électrification des véhicules ou encore le nucléaire. Ce sujet est d'ailleurs pour lui le "sujet numéro un". Il faut passer par une "réindustrialisation du pays" via "l'investissement dans les entreprises grâce à des dispositifs fiscaux avantageux". Arguant pour une baisse des impôts de production, il estime qu'il revient à l'Etat, par des mesures fiscales, et aux régions de relancer le travail. 

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Face à l'arrivée de 750.000 jeunes sur le marché du travail, Nicolas Bouzou plaide pour le renforcement des exonérations sociales sur les salaires : "Il faut absolument qu'on diminue transitoirement le coût du travail", plaide-t-il, un dispositif qui coûte cher à l'Etat et induit un risque de pression à la baisse sur les salaires. Celui qui avait tout de même estimé en 2014 que la France compterait dans les dix années à venir "deux fois trop de lits d'hôpitaux", ou encore qui avait appelé à "désoviétiser" l'hôpital public, 

Un sujet dont l'économiste invite les collectivités territoriales à s'emparer : "Elles peuvent pousser avec des primes à l'embauche et, je n'y suis plus hostile, des emplois aidés. Il faut donner plus de pouvoirs aux régions en matière d'emploi." Concernant les moins jeunes qui pourraient se retrouver au chômage, Nicolas Bouzou plaide pour la formation. "Il faut rendre notre dispositif de formation continue et notre système de formation beaucoup plus efficaces." Il invite ainsi le gouvernement à repenser le compte personnel de formation. "Il faut débloquer et déplafonner ce compte pour que tout le monde puisse mettre de l'argent et inciter les Français à se former."

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La réindustrialisation par l'investissement dans les entreprises technologiques et la formation tout au long de la vie. Telle est aujourd'hui la philosophie de Nicolas Bouzou. Mais tout cela a un coût. Qui vient s'ajouter au plan de sauvegarde de l'économie pendant le confinement, aux plans d'urgence sectoriels et au grand plan de relance qui arrivera en 2021. Des milliards d'euros mais une question des finances publiques qui est "un petit peu secondaire", pour celui qui, en 2014, s'alarmait qu'il y ait "deux fois trop de lit d'hôpitaux". "Il faudra attendre un petit peu avant de se traumatiser avec cette question". Oublier la dette, et continuer à monter ce mur au moins "jusqu'à ce que l'activité économique soit fortement repartie". Et après? Un retour de la hausse d'impôt et de l'austérité ? Pas de réponse. Nicolas Bouzou préfère "appeler la majorité à se taire sur cette question."

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