Il ne quitte pas la vie politique, mais refuse de s'exprimer pour l'heure : à quoi joue François Hollande ?

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DÉCRYPTAGE - En prenant ce mercredi la présidence de sa nouvelle fondation "La France s'engage", François Hollande a confirmé qu'il "prendrait la parole" à l'avenir pour s'exprimer sur l'action de l'actuel gouvernement, sans lâcher un mot sur son successeur. Pourtant, fin août, il avait lancé un avertissement à Emmanuel Macron sur la réforme du travail. Quel est son objectif ?

La petite musique de François Hollande entame un nouveau refrein. Après sa sortie surprise, fin août, en forme d'avertissement à Emmanuel Macron sur la réforme du travail en marge du festival du film d'Angoulême, le revoici, ce mercredi, prenant officiellement la présidence de sa fondation "La France s'engage", à Paris. 


Si l'ancien président répond toujours aussi volontiers aux questions des journalistes, il refuse cependant désormais de s'exprimer sur l'action du gouvernement, au motif qu'il faut "séparer les responsabilités et les rôles", et qu'il se consacre pour l'heure à sa fondation. "Pendant un temps, il faut être en retenue", justifie-t-il -une remarque déjà lancée mardi sur France Info. 


Pour autant, François Hollande est loin de se condamner au silence. D'abord, parce qu'il compte bien, au cours des prochains mois, continuer à défendre le bilan de son quinquennat. "Je veux pouvoir dire ce qui a été fait quand j'étais président de la République. La croissance est là, les créations d'emplois sont nombreuses", vante-t-il. "Les choix qui ont été faits, quand Emmanuel Macron était d'ailleurs au gouvernement, ont été finalement fructueux, même s'il y a encore beaucoup à faire." 

Il veut prendre son temps

Surtout, François Hollande veut se donner du temps. Mardi, sur France Info, il indiquait qu'il comptait préparer un livre. Et ce mercredi, il précise à nouveau : "Lorsque j'aurai des commentaires à faire, des leçons à tirer, des propositions, je prendrai la parole. Ce sera à un moment particulièrement bien choisi pour qu'il soit utile à la France, et pour que je puisse m'exprimer longuement". Bref : à mots couverts, François Hollande, même s'il précise qu'il ne compte pas reprendre la tête du PS, confirme qu'il n'a pas lâché d'une semelle l'arène politique.  


Lors de sa première sortie, en août, ses adresses à Emmanuel Macron sur la réforme du travail avaient cueilli le gouvernement à froid. "Ce conseil n'est pas d'une grande utilité", avait-on confié à LCI au sein de l'exécutif. "C'est de bonne guerre. Il refait le match. Mais les Français veulent autre chose que la continuité. Si c'était mieux avant, la présidentielle aurait été différente, non ?"

Des interventions légitimes pour ses proches

Chez les socialistes en revanche, le rappel à l'ordre estival était vu d'un bon oeil. "François Hollande dit son fait à un président en exercice et rappelle que les résultats qui sont aujourd'hui prometteurs ne sont pas simplement liés au hasard, mais à une action qu'il a conduite pendant cinq ans, et il n'est pas illégitime de sa part de le revendiquer à un moment ou d'autres cherchent à se créditer de résultats qui ne sont pas les leurs", avait souligné le patron des députés PS à l’Assemblée nationale, Olivier Faure sur France Info. 


Un avis (naturellement) partagé par l’ancien ministre et porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll, proche de François Hollande. "Dire 'on est obligé de faire des sacrifices parce qu'il y a une situation qui est complètement dégradée' ne tient plus. S'il y a des sacrifices qui sont demandés, c'est parce qu'il y a d'autres raisons, politiques", avait-t-il déclaré sur BFMTV.

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À Angoulême, François Hollande sort de son silence politique

"Il n’a jamais lâché prise"

En résumé, François Hollande, bien que discret jusqu'ici, n’a jamais vraiment pris ses distances avec la politique depuis quatre mois. Personne au PS n’ignore sa volonté de peser activement sur la refondation du parti, tout en se consacrant à sa fondation. "Il n’a jamais lâché prise après son départ de l’Élysée, cherchant à intervenir sur la vie interne du PS", assure à LCI la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann. "Il a reçu beaucoup de monde cet été et les siens s’organisent", poursuit le conseiller régional François Kalfon. Sauf que de nombreux militants et une grande majorité de la direction collective provisoire sont plutôt réticents à voir planer cette ombre tutélaire tirant les ficelles en interne, nous confie un député PS.


A gauche, tout le monde sait que la politique coule dans les veines de François Hollande. Le député Olivier Falorni, qui le connaît bien, est persuadé "qu’il ne pourra jamais rester un spectateur muet de ce qu’il se passe".  D’autant qu’à ses yeux, l’ex-président ressent "une grande frustration de ne pas avoir pu se représenter" et qu’il est fasciné par le mythe du retour, comme tous les grands fauves de la politique. Loin d’être le premier sous la Ve République, François Hollande n’est toutefois pas sans savoir que toutes les tentatives de retour de ses prédécesseurs se sont soldées par des échecs.

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