Emmanuel Macron et les syndicats ont-ils fait la paix ?

DIALOGUE RENOUÉ - Emmanuel Macron recevait ce mardi, pour la première fois tous ensemble, les huit principaux leaders syndicaux et patronaux, afin d'évoquer l'agenda social très chargé de la rentrée. Au programme : le plan pauvreté, l'assurance chômage et les retraites.

L’idée était d’apaiser. De montrer que, si, à l’Elysée, il y a bel et bien une volonté d’échanger et de faire "vivre le dialogue social", alors que les syndicats reprochaient, à l’inverse, un total manque de considération du gouvernement. Ce mardi, Emmanuel Macron recevait au palais présidentiel les huit principaux leaders syndicaux et patronaux ensemble - une première - durant près de deux heures afin d'évoquer l'agenda social très chargé de la rentrée. 

Et visiblement Emmanuel Macron a décidé de tendre la main. Au sortir de la réunion, les responsables syndicaux ont tous fait état, en rapportant les propos du chef de l’Etat, d'un souhait de voir plus de "dialogue" à l’avenir. "On a parlé du modèle social, de sa logique de 'je marche seul'", a indiqué Pascal Pavageau, secrétaire général de Force ouvrière sur LCI. "Nous avons demandé un retour aux fondamentaux de la démocratie sociale, ça semble être le cas. Le chef de l’Etat donné des signes encourageants. Il a dit clairement que la méthode retenue avait été trop à la hussarde, et n’avait pas été la bonne et qu’il fallait revenir aux fondamentaux avec les interlocuteurs de la démocratie sociale."  


"Sur la méthode, c’est plutôt positif si cela se concrétise", a encore estimé le leader de FO. "Par contre, on a bien senti qu’il n’y avait pas d’inflexion sur le fond." Son de cloche similaire du côté Philippe Martinez, le numéro un de la CGT : "Nous lui avons fait remarquer que ce genre de rencontre ne pouvait être utile que si on changeait de méthode, et donc pas avec la méthode de l'an dernier, qui était, en gros, 'je parle et ce que vous dites ne m'intéresse pas' (...). Le président a convenu que l'année dernière avait été à son rythme à lui et sans écouter beaucoup. (...) Parfois il en convient, mais il ne change pas."

On a senti qu'il y avait une volonté de revenir à un dialogueLaurent Berger, leader de la CFDT

"On a senti qu'il y avait une volonté de revenir - selon les termes du président de la République - à une République contractuelle, et à une forme de dialogue entre organisations syndicales et patronales et l'État", a quant à lui jugé Laurent Berger, le patron de la CFDT. Côté patronat, François Asselin (CPME) a vu dans cette réunion "un vrai tournant". Le président "a dit 'pendant la première année de mandat, il fallait débloquer certaines situations, je suis allé vite, je l'assume, et maintenant je pense à une autre séquence où je vais avoir besoin de m'appuyer sur les corps intermédiaires'", a-t-il décrit. 


S’ils saluent donc des "signaux" donnés, sur les dossiers qui s’annoncent, réforme de l’assurance chômage, retraites, ordonnances, ou encore santé au travail, les syndicats restent prudents, voire "extrêmement prudents", comme le répète Pascal Pavageau, secrétaire général de FO : "J'attends la feuille de route de septembre". 

Il y a toujours eu un fil de discussionL'Elysée

De son côté, l’Elysée refuse de parler de "changement de méthode", car il y a "toujours eu concertation". "On n'est pas passé d'un côté 'on ne discutait pas' à un côté ou d'un coup on rediscuterait. Il y a toujours eu un fil de discussion", estime l’Elysée, qui salue un "échange nourri, approfondi, constructif, qui a permis de discuter de l'ensemble des sujets au fond." "Le président a entendu la demande d'un échange plus multilatéral ", précise cependant l’Elysée. "La première année était la déclinaison rapide des engagements de campagne", mais "le président leur a dit qu'il a entendu ce qu'ils disaient."


Emmanuel Macron a ainsi annoncé qu'il y aurait à la rentrée des "bilatérales" avec le Premier ministre sur "un certain nombre de sujets" et une "multilatérale" sur l'assurance chômage et la santé au travail.  


C’est la première fois que le président recevait les huit leaders ensemble, après les avoir vus séparément en mai et octobre 2017. Certains syndicats lui avaient, à l'époque, reproché de changer de discours selon l'interlocuteur. Ce rendez-vous doit "jeter les bases d'un nouveau contrat social, celui du siècle qui s'ouvre", avait annoncé le président devant le Congrès la semaine dernière.  La première année de quinquennat a en effet été menée tambour battant sur le terrain social - ordonnances réformant le code du travail déjà en vigueur, adoption prochaine du projet de loi "avenir professionnel". 

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