"Il va finir par ne plus me supporter" : les critiques de Gérard Collomb sur Emmanuel Macron fuitent

Politique
DirectLCI
LE "NOUVEAU MONDE" D'EMMANUEL MACRON - Le ministre de l'Intérieur a réitéré lors d'un déjeuner avec des journalistes politiques, place Beauvau, ses critiques à l'égard d'Emmanuel Macron. Le ministre reproche le "manque d'humilité" de l'exécutif.

"Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler" : le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a formulé en petit comité de nouvelles critiques à l'égard du président Macron et l'action du gouvernement, selon des propos publiés par La Dépêche du Midi et confirmés lundi 24 septembre auprès de l'AFP par un participant. Le 6 septembre, lors d'un déjeuner avec des journalistes au ministère, le ministre a enfoncé le clou de sa critique, lancée le jour-même dans une interview, sur le "manque d'humilité" de l'exécutif, selon le récit qu'en a fait une journaliste de La Dépêche.


"Les provinciaux, et j'en suis, ont déjà une tendance naturelle à considérer que les Parisiens ont la grosse tête et les snobent, or des expressions comme la nouvelle grammaire de la politique ou la 'start-up nation', ils ne s'y reconnaissent pas", a regretté Gérard Collomb, visant deux expressions symboliques du "nouveau monde" politique porté par Emmanuel Macron et ses soutiens.

"Si tout le monde se prosterne devant Macron, il finira par s'isoler"

Interrogé sur le fait de savoir s'il a exprimé cette critique au chef de l'Etat, le ministre de l'Intérieur déplore, selon La Dépêche : "Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler. Ceux qui parlent franchement à Macron sont ceux qui étaient là dès le début : Ferrand, Castaner, Griveaux et moi..."  


"D'ailleurs, il va finir par ne plus me supporter. Mais si tout le monde se prosterne devant lui, il finira par s'isoler, car par nature l'Élysée isole", poursuit encore Gérard Collomb, fort de ses quelques décennies sur la scène politique. Dans l'affaire Benalla, où on se souvient que l'ancien maire de Lyon avait soigneusement évité de se mouiller sans prendre le soin de protéger les services de l'Elysée, il reproche également au chef de l'Etat de ne "pas être monté au créneau plus tôt".


Une semaine après ce déjeuner, l'ancien maire de Lyon a annoncé dans une interview à L'Express qu'il quitterait la place Beauvau après les européennes de juin 2019 pour se lancer dans la campagne pour la mairie de Lyon en 2020. Une annonce anticipée de départ qui est venue compliquer encore un peu plus la rentrée difficile d'Emmanuel Macron et a interrogé sur les liens entre le chef de l'Etat et un ministre censé être parmi ses plus proches soutiens. 

"Gérard Collomb n'a cessé d'être loyal"

Sollicité par l'AFP, le ministère de l'Intérieur s'est employé à minimiser la sortie de son patron. Les services de Beauvau ont indiqué ne pas avoir "l'habitude de commenter des propos rapportés, non tenus publiquement" et insisté sur la loyauté de Gérard Collomb vis-à-vis du chef de l'Etat. "Gérard Collomb n'a jamais cessé d'être loyal au Président, tout en faisant preuve avec lui en privé d'une franchise qui a toujours caractérisé leur relation", a fait valoir le ministère.


Selon les propos rapportés par La Dépêche, et dont un participant au déjeuner a confirmé la teneur, Gérard Collomb a également ponté du doigt les "relations dégradées" avec les collectivités locales, "alors que nous avons pris des mesures qui auraient dû les satisfaire". "On a fait une campagne sur le pacte girondin [soit une vision décentralisée de la démocratie, ndlr), il serait urgent de renouer avec cette promesse [...] On n'a pas bien traité un certain nombre de problèmes comme l'accueil des mineurs isolés, les 80 km/h", regrette encore celui dont le ministère inclut les collectivités locales. 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter