Incident diplomatique avec la Pologne : "Macron essaie de faire bouger les lignes"

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DÉCRYPTAGE - Emmanuel Macron a violemment critiqué vendredi le refus polonais de durcir la directive sur le travail détaché, évoquant une " nouvelle erreur" de Varsovie. Un bras de fer qui, selon le politologue Stéphane Rozès, permet au chef de l'Etat de politiser le débat en Europe.

Varsovie "décide d'aller à l'encontre des intérêts européens sur de nombreux sujets". En guise de conclusion d'une mini-tournée en Europe de l'Est, Emmanuel Macron a tiré à boulet rouge sur les dirigeants polonais. En cause : la directive sur le travail détaché, que Varsovie a refusé cette semaine de réformer.

Un "camouflet" pour le président Français. Il faut dire que celui-ci venait de convaincre les dirigeants tchèques, slovaques, roumains et bulgares de remettre sur la table cette directive. Datant de 1996, cette dernière permet à une entreprise de l'UE d'envoyer à titre provisoire dans d'autres pays de l'Union ses salariés en continuant à payer les cotisations sociales dans le pays d'origine. C'est là où les points de vue de Paris et Varsovie divergent : pour l'hôte de l'Elysée, la directive constitue une concurrence déloyale pour le marché du travail français et elle est injuste pour les travailleurs français. De son côté, la Pologne est le pays qui profite le plus de cette directive et est farouchement hostile à toute réforme. Il faut dire qu'environ 500.000 Polonais sont employés par des entreprises polonaises dans d'autres pays membres de l'UE.

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Devant le refus de la Pologne de se mettre autour de la table des discussions, Emmanuel Macron a ainsi sorti l'artillerie lourde. Varsovie se met "en marge de l'UE", a taclé le chef d'Etat français. Réplique de la Première ministre polonaise Beata Szydlo ? "Peut-être ses déclarations arrogantes sont-elles dues à son manque d'expérience et de pratique politique, ce que j'observe avec compréhension, mais j'attends qu'il rattrape rapidement ces lacunes et qu'il soit à l'avenir plus réservé". Ambiance.

Si cette passe d'armes frise la crise diplomatique, elle ne surprend guère Stéphane Rozès. Interrogé par LCI, le politologue estime en effet que, conformément à ses engagements durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron "essaie de faire bouger les lignes (…) Pour lui, la réussite de son quinquennat dépend pour partie de sa capacité à convaincre ses partenaires européens de donner à l'Europe une vocation. Pas seulement d'être le relai de la mondialisation chez nous, mais de constituer une Europe politique."

Selon le politologue, Emmanuel Macron a convaincu Merkel que "la refondation de l'Europe devrait passer par un approfondissement, quitte à faire une Europe à deux vitesses. Il profite du fait que certains pays pratiquant du dumping social (comme ceux de l'Europe centrale) aspirent à rentrer dans le premier cercle pour obtenir sur la question de la directive des travailleurs détachés une avancée. Et Stéphane Rozès de préciser : "Le chef de l'Etat politise les débats en Europe en disant aux pays européens, donc à la Pologne : "Si vous voulez faire partie du projet européen, il faut en respecter l'esprit."

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