INFO LCI - Une lettre adressée à Emmanuel Macron pour réformer le secret-défense

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ENQUÊTE – Selon nos informations, un collectif va adresser ce jeudi matin une lettre au président de la République pour demander une réforme du secret-défense auquel se heurtent plusieurs proches de victimes disparues dans des conditions mystérieuses…

Le juge Borrel, les journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon, Thomas Sankara, Medhi Ben Barka… Tous ont été enlevés, assassinés, disparus ou sont morts dans des conditions soit mystérieuses, soit dont la version officielle prête aujourd’hui à caution. Tous ont des proches qui veulent connaître la vérité des années plus tard. Mais ces derniers se heurtent au très verrouillé secret-défense.


Selon nos informations, ces proches, membres d’associations, chercheurs ou historiens réunis en collectif, adressent ce jeudi une lettre à Emmanuel Macron pour réformer le fonctionnement de la déclassification des dossiers confidentiels et revoir ce système du secret-défense. Dans cette lettre, dont LCI a eu connaissance des grandes lignes, le collectif se félicite de la promesse d’Emmanuel Macron de déclassifier les documents liés à l’assassinat de l’ancien président burkinabé, Thomas Sankara, en 1987.

Un rendez-vous avec Macron

Mais ils s’inquiètent que cette annonce ne soit pas suivie des faits. "D’autres présidents ont déjà fait ce type d’annonces sans que cela se traduise dans les faits. Soit la plupart des documents mis à disposition étaient déjà déclassifiés, soit ceux qui ne l’étaient pas étaient caviardés et donc inutilisables", constate Bachir Ben Barka, le fils de Mehdi Ben Barka, leader de l’opposition marocaine en exil enlevé en plein Paris en 1965.


Dans cette lettre, le collectif réclame une entrevue avec le président de la République afin de lui exposer ses pistes pour réformer le fonctionnement du secret-défense. "Aujourd’hui, la décision de déclassifier des archives est une décision politique. Il faut créer une juridiction du secret-défense. Il faut un juge qui ne dépende pas du gouvernement ou de l’Elysée et qui puisse décider en toute indépendance de lever ou non ce secret qui, je le rappelle, ne concerne que l’intérêt national", affirme à LCI Isabelle Borrel, la veuve du juge Bernard Borrel, assassiné en 1995 à Djibouti dans des conditions toujours troubles à ce jour.

Un recours devant la CEDH

Par ailleurs, toujours selon nos informations, Me Patrice Spinosi va déposer un recours ce jeudi  devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour contester le refus de Dominique Bertinotti, aujourd’hui mandataire des archives de François Mitterrand, de dévoiler certains documents concernant la période du génocide des Tutsis au Rwanda.


Aujourd’hui, le droit français considère que les documents archivés sous une présidence appartiennent au président de la République ou à son mandataire, quand il est mort. "C’est une atteinte au droit à l’information. La CEDH, dans d’autres décisions, a consacré le droit des personnes à avoir accès aux archives publiques", conteste Me Spinosi auprès de LCI. Si la CEDH allait dans son sens, elle forcerait la France à revoir son système d’accès aux archives.

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