VIDÉO - Qui sont les principaux protagonistes de l'affaire Benalla ?

ENQUÊTE - Cinq personnes ont été mises en examen depuis les révélations des agissements, le 1er mai place de la Contrescarpe à Paris, d'Alexandre Benalla, le chargé de mission de l'Elysée en charge de la protection d'Emmanuel Macron. Une affaire qui fait intervenir, de près ou de loin, toute une chaîne de commandement, et remonte jusqu'à l'Elysée. En voici les principaux protagonistes.

Qualifiées "d'affaire d'Etat" par l'opposition, les révélations des derniers jours sur les agissements d'Alexandre Benalla, le chargé de mission qui assurait la protection d'Emmanuel Macron, le 1er mai dernier place de la Contrescarpe à Paris, a fait apparaître une longue liste de protagonistes, du bas de la hiérarchie jusqu'au sommet de l'Etat. Voici les principaux noms qui reviennent dans cette enquête et dans ses développements médiatiques.

Alexandre Benalla

L'ancien bénévole du service d'ordre du PS qui a rejoint En Marche en 2016 est au coeur du scandale, après son identification par Le Monde dans une vidéo où il violente un manifestant, le 1er mai, porteur en toute illégalité d'un brassard de la police. Alexandre Benalla a été mis en examen le 22 juillet, notamment pour "violences en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité temporaire de travail" et "immixtion dans l’exercice d’une fonction publique en accomplissant des actes réservés à l’autorité publique".


L'homme a gagné la confiance d'Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle. Il a été promu "chargé de mission" auprès du chef de cabinet de l'Elysée après l'élection, profitant également d'avantages matériels. A 26 ans, il est soupçonné d'avoir assuré des missions de sécurité auprès du Président en parallèle des autorités de police et de gendarmerie compétentes en la matière, ce que conteste l'Elysée. Plusieurs témoins ont mis en avant son profil sulfureux et son goût pour les interventions musclées, avant même l'affaire du 1er mai. Dans un entretien au Monde, Benalla a reconnu une "grosse bêtise" commise le 1er mai, tout en assurant avoir voulu aider les forces de l'ordre dans une situation délicate. 

Vincent Crase

Ex-officier de réserve de la gendarmerie comme Alexandre Benalla, dont il est proche, Vincent Crase (l'homme debout sur la photo ci-dessus) a été mis en examen pour "violences en réunion" et "port d'arme prohibé", lors de sa participation à la manifestation du 1er mai. 


Employé du mouvement politique LaREM, reconverti dans la sécurité privée - il avait tenté de fonder une association dédiée avec Benalla en 2016 - , il était mobilisé ponctuellement par le commandement militaire de la présidence de la République, selon les informations fournies par le porte-parole de l'Elysée, Bruno Roger-Petit. 

Patrick Strzoda

L'ancien préfet de Bretagne devenu directeur de cabinet d'Emmanuel Macron a été entendu comme témoin, jeudi 19 juillet dans la soirée, par les enquêteurs en charge de l'affaire, puis auditionné par les commissions d'enquête du Parlement. Il avait affirmé auparavant au Monde avoir accordé la permission à Alexandre Benalla de se rendre en simple observateur aux cotés des forces de l'ordre, le 1er mai sur la place de la Contrescarpe. 


L'ex-préfet a également indiqué avoir averti Emmanuel Macron, alors en déplacement en Australie, dès le lendemain des faits. C 'est lui qui a prononcé la sanction à l'égard d'Alexandre Benalla, à savoir une suspension de quinze jours et une mutation (très théorique) à un poste administratif à l'Elysée. Pour certains, le fait de ne pas avoir saisi le procureur de la République constituerait une infraction à l'article 40 du code de procédure pénale. Le "dircab" d'Emmanuel Macron, 66 ans, vient juste de faire valoir ses droits à la retraite, qui sera effective en octobre. 

Simonin, Creusat, Hunault... Les policiers parisiens mis en examen

Trois policiers parisiens, le commissaire Maxence Creusat, le contrôleur général Laurent Simonin ainsi que le commandant de police, Jean-Yves Hunault, chargé de faire le lien entre la préfecture de police et l'Elysée, ont été suspendus le vendredi 20 juillet puis placés en garde à vue le lendemain, soupçonnés d'avoir communiqué des extraits d'images de vidéosurveillance à Alexandre Benalla le jour des révélations du Monde. Des images montrant le garde du corps d'Emmanuel Macron, le jour de son intervention sur la place de la Contrescarpe. C'est le préfet de police, Michel Delpuech, qui a indiqué avoir saisi le procureur de la République, "s'agissant de fonctionnaires relevant de son autorité".


Selon Alain Gibelin, le directeur de l'ordre public et de la circulation (DOPC), auditionné par les députés lundi 23 juillet, le contrôleur général Laurent Simonin est l'officier de police qui a permis à Alexandre Benalla de participer - théoriquement en tant qu'observateur - à l'intervention policière de la place de Contrescarpe. Une autorisation accordée alors qu'il n'était pas habilité à la délivrer. Et c'est aussi lui qui lui a fourni un casque de protection. 

Ismaël Emelien

Le conseiller spécial de l'Elysée fait partie du premier cercle d'Emmanuel Macron, à l'origine d'En Marche et éminence grise de l'Elysée. Selon les dires d'Alexandre Benalla, un "conseiller" du palais a été le destinataire des extraits de vidéosurveillance relatifs à la manifestation de la place de la Contrescarpe. 


L'Elysée a confirmé jeudi que Benalla avait bien remis à Ismaël Emelien ce document, tout en assurant que, ayant des doutes sur l'origine du document, il avait saisi le procureur de la République en vertu de l'article 40 du code pénal. Jeudi 26 juillet, Mediapart a exhumé des tweets de comptes pro-En Marche qui avaient brièvement diffusé ces extraits de vidéosurveillance, avant de les retirer. Le lendemain, LCI apprenait que le parquet de Paris avait étendu son enquête pour recel de détournement d'images de vidéo-surveillance et recel de violation du secret professionnel.

Philippe Mizerski

Un autre nom est apparu durant les investigations : celui du commissaire Philippe Mizerski, membre de l'état-major de la Direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC). Cet homme apparaît sur la vidéo du 1er mai, en civil, observant la scène où Alexandre Benalla frappe le manifestant. Une présence logique puisqu'il était personnellement chargé de veiller sur "les observateurs" Alexandre Benalla et Vincent Crase. En dépit de son rôle dans cette affaire, il n'a pour l'heure pas été entendu par les commissions d'enquête de l'Assemblée nationale et du Sénat.


A noter que la France insoumise cherche à comprendre la mission précise de ce commissaire car selon Jean-Luc Mélenchon et ses proches, Philippe Mizerski était tout près d'eux lors de la marche blanche en hommage à Mireille Knoll le 28 mars dernier.

Alain Gibelin

Lundi 23 juillet dans la soirée, les députés de la commission d'enquête sur l'affaire Benalla ont auditionné le directeur de l'ordre public et de la circulation (DOPC), Alain Gibelin. Outre l'invitation accordée par Laurent Simonin à Alexandre Benalla, sans en référer à sa hiérarchie, cet officier a confirmé le rôle important du "chargé de mission" dans le dispositif de sécurité autour du président de la République, le qualifiant "d'interlocuteur régulier".


Dans ses premières déclarations, il a par ailleurs laissé entendre qu'Alexandre Benalla était présent lors de réunions de coordination entre le 2 et le 18 mai, une période durant laquelle le garde du corps d'Emmanuel Macron était pourtant suspendu. Il est revenu rapidement sur ces déclarations, déclarant lors d'une nouvelle convocation par la commission d'enquête, le 26 juillet, qu'il avait confondu les dates, ayant mal compris la question. En outre, il a indiqué qu'il n'avait pas été informé de l'équipement dont a bénéficié Alexandre Benalla pour participer à la manifestation du 1er mai. 

Bruno Roger-Petit

Le porte-parole de l'Elysée Bruno Roger-Petit, est sous le feu des critiques. Il a affirmé devant la presse, peu après l'éclatement de l'affaire, qu'après sa suspension, Alexandre Benalla avait été muté à des fonctions administrations au sein de l'Elysée. En réalité, l'intéressé a continué à participer en première ligne à de nombreuses missions de protection du chef de l'Etat, non seulement lors de l'arrivée des Bleus sur les Champs-Elysées, mais également lors des sorties présidentielles les 13 et 14 juillet, comme le prouvent des clichés de presse.


Le refus de la majorité LaREM d'auditionner le porte-parole en commission d'enquête est l'une des raisons du départ des députés LR, qui souhaitaient l'entendre. 

Gérard Collomb

Gérard Collomb a été le premier responsable auditionné par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, lundi 23 juillet. Une audition au cours de laquelle le ministre de l'Intérieur a grandement minimisé son niveau de connaissance et de responsabilité dans cette affaire. Mis en cause par l'opposition pour n'avoir pas saisi le procureur de la République (cf. article 40 du code de procédure pénale) après avoir été informé des faits de violence commis par Alexandre Benalla, il a expliqué qu'il n'était pas dans son rôle de le faire. Ce qui n'a pas convaincu les députés de l'opposition.


Dans son entretien au Monde, Alexandre Benalla a estimé que les révélations sur l'affaire provenaient du cabinet du ministre de l'Intérieur, estimant que ce dernier n'était vraisemblablement pas au courant. 

Stéphane Fratacci

Directeur de cabinet de Gérard Collomb, il est, en même temps que son adjoint Jean-Marie Girier, informé le premier de la vidéo au ministère de l'Intérieur, le 2 mai, et informe donc l'Elysée puis la préfecture de son existence, qui prendront ensuite leurs dispositions pour sanctionner Alexandre Benalla. 

Jean-Marie Girier

Chef de cabinet de Gérard Collomb au ministère de l'Intérieur, il est présenté comme celui qui a embauché Alexandre Benalla. Une réputation qu'il a tenu à déconstruire lors de son audition par la commission d'enquête parlementaire du Sénat, assurant qu'il n'avait fait qu'"aviser" ce recrutement. Ancien directeur de campagne d'Emmanuel Macron, il était notamment interrogé sur ses liens avec Benalla, que son patron Gérard Collomb avait à peine admis connaître lors de son audition à l'Assemblée. Le ministre de l'Intérieur l'a désigné comme premier membre de son cabinet à avoir été informé de la vidéo, et celui qui a prévenu le cabinet de l'Elysée puis la préfecture, ce qu'il a confirmé en audition, tout en assumant de n'avoir pas saisi la préfecture. Comme les précédents auditionnés, il a jugé qu'il n'était pas à même d'activer l'article 40 (ce qui, rappelons-le, est impossible, seule le procureur de la République étant habilité à décider si un délit a été commis ou non).

Christophe Castaner

Employeur de Vincent Crase en tant que délégué général de La République en marche, il a été auditionné, mardi 31 juillet, au Sénat, pour mieux comprendre le rôle du 2e homme de la vidéo du 1er mai, également gendarme de réserve ponctuellement mobilisé par la présidence de la République pour des missions de sécurité.


Au cours de son audition, il a annoncé que Vincent Crase est en procédure de licenciement de LaREM. Christophe Castaner a aussi justifié le fait de pas avoir saisi la justice car Vincent Crase lui avait d'abord dit avoir agi en tant que gendarme réserviste et pas en tant que salarié de LaREM.  Alors qu'il avait affirmé le 23 juillet sur BFM qu'Alexandre Benalla s'occupait "de la logistique et notamment des bagages", dans le bus des Bleus sur les Champs-Élysées, il se défend d'avoir voulu minimiser l'affaire, même si Benalla a démenti lui-même s'être occupé des bagages.

Alexis Kohler

"Deuxième cerveau d'Emmanuel Macron", le secrétaire général de l'Elysée est celui qui a informé le président de la République, alors en déplacement en Australie, des faits incriminant Alexandre Benalla, l'informant en temps et en heure des sanctions prises par l'Elysée à son encontre. S'il a reconnu devant la commission d'enquête du Sénat que "la sanction a pu paraître insuffisante", il a toutefois combattu pied à pied l'idée qu'Alexandre Benalla n'avait pas été rétrogradé, estimant lui aussi que la saisine du procureur de la République pour ces faits via l'article 40 n'était pas appropriée.. sans guère convaincre ses auditeurs. 

Emmanuel Macron

Après avoir observé un long silence après les révélations du Monde, Emmanuel Macron a fini par prendre la parole devant sa majorité, affirmant qu'il assumait seul la responsabilité d'avoir embauché Alexandre Benalla, tout en attaquant les médias qui ont traité l'affaire. "Qu'ils viennent me chercher", a notamment lancé le président de la République. Jeudi, en marge d'un bain de foule, il a dénoncé "une tempête dans un verre d'eau". 

En vidéo

Emmanuel Macron : "Une tempête dans un verre d'eau"

Face à l'affaire Benalla, Emmanuel Macron a joué sur deux fronts, condamnant la "faute" grave de son chargé de mission, "une trahison" selon le chef de l'Etat, tout en rendant hommage à l'action du jeune homme à l'Elysée. 


Le président de la République ne s'expliquera pas sur l'affaire devant une commission d'enquête en raison de "la séparation des pouvoirs", selon l'Elysée. Certains, dans l'opposition, lui ont demandé à défaut de s'exprimer devant les Français, à la télévision. Le Président a toutefois promis que les conclusions de l'affaire seraient tirées en septembre, en termes d'organisation des services à l'Elysée. 

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Affaire Benalla : la première crise du quinquennat Macron

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter