Interdiction du glyphosate : François Ruffin explique comment il s’est fait "duper" à l'Assemblée

EN COLERE - Le vote sur l’interdiction du glyphosate, point important de la loi Alimentation, s’est fait à 2 h du matin. Le député FI accuse le président de l’Assemblée nationale de tout faire pour "saboter le parlement", en imposant aux députés un rythme effréné.

Visiblement, il a reçu "un paquet" de mails d’étonnement, de consternation, de critique. Il a décidé de répondre, directement, comme souvent à son habitude. Dans un billet publié sur son site, le député France insoumise François Ruffin explique son absence, ainsi que celle de nombreux députés FI, lors du vote sur le glyphosate. Un seul député insoumis était en effet présent, sur 17, lors du vote. De quoi susciter la déception d’électeurs et d’internautes, qui ont manifesté via des mails ou remarques sur les réseaux sociaux.


"Ils ont réussi, sur le glyphosate, un tour de force", indique François Ruffin. "Dans cette guérilla parlementaire, ils ont oeuvré pour bafouer la démocratie." Le député raconte le marathon des jours à rallonge, depuis que l’Assemblée examine le projet de loi Alimentation : "Nous siégeons de 9 h 30 le matin à 1 h du matin suivant. Samedi et dimanche compris. Avec, en parallèle, les missions et les commissions. (...) Dans ce tunnel continuel d’amendements, plus de deux mille au total, difficile de deviner quand vont passer les trucs importants. On fait le guet."

Guerre d'usure

Le député raconte que les amendements visant à interdire l’herbicide pour 2021 sont arrivés tard dans la nuit, de lundi à mardi. "Après sept jours de cette guerre d’usure, ce mardi, à 1 h moins deux minutes,  le président de Rugy décide, arbitrairement, de prolonger les débats. Comme si le glyphosate était un point anecdotique, ou justement parce qu’il ne l’est pas. Parce que, sinon, ça repoussait la discussion au mardi 16 h 30. Et alors, l’hémicycle serait plein, les débats animés sur cette promesse du président Macron, la passion soulèverait les rangs. Et ça, il ne faudrait surtout pas."


Le vote de l’amendement s’est donc fait au cœur de la nuit, à 2 h du matin. 63 députés opposés à l’amendement ont veillé jusque-là, dont les chefs de file des députés LREM, Richard Ferrand, des députés MoDem, Marc Fesneau et des députés LR, Christian Jacob. Le député LREM, Mathieu L'Orphelin, dépositaire d’un des amendements, grince d'ailleurs, sur Twitter.

L’interdiction été retoquée par les députés de la droite et du centre. Les groupes "insoumis", socialiste et communiste n'étaient représentés que par un député chacun. Les critiques insistent donc sur le fait que s’ils avaient été au complet, au moment du vote, l'interdiction du glyphosate, aurait théoriquement pu être votée. 


Des arguments que François Ruffin balaie. "On ne peut pas dire que les camarades Insoumis et moi-même soyons paresseux (matez les stats de nosdeputes.fr), ou qu’on s’en fiche du glyphosate." Surtout, il est sûr d’une chose : "On ne peut pas dire que l’amendement serait passé. Un coup de sonnerie, une suspension de séance, et les presseurs de bouton de la majorité rappliquaient, bien plus nombreux que nous." 


"On est 17 on ne peut pas être là tout le temps, mais eux (les députés LREM), ils fonctionnent par roulement, un tiers sont toujours là", explique-t-il dans une petite vidéo postée sur Twitter. "Un message, et ils rappliquent. C’est comme ça que ça fonctionne."

De si courts délais pour examiner les lois

Le député reconnaît "manquer d’expérience face à ces stratagèmes, et qu’il nous faille progresser. Que le gouvernement, allié au président de l’Assemblée, nous ait efficacement dupés : on peut le dire." Car c’est lui, pour François Ruffin, le vrai coupable : François de Rugy, le président de l’Assemblée, accusé "d’organiser le sabotage du parlement". Comment cela ? A la fois par "des prolongations nocturnes" qui épuisent les députés, mais aussi "en nous gavant de lois" : "Pour ce projet Agriculture, qui s’annonçait un marathon, de Rugy aurait pu bloquer deux semaines", estime François Ruffin. "On serait retournés chez nous le vendredi, en circo, les idées remises au clair. Mais non, il fallait faire vite. Au pas de charge. Parce que, derrière, arrive Elan, sur le logement, et là encore, on bouclera et bâclera en une semaine, samedi et dimanche compris."

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