Interdiction des pesticides tueurs d'abeilles : Hulot remporte son bras de fer avec Travert

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EN MARCHE... ARRIÈRE ? - Selon un document de travail que s'est procuré RMC, le gouvernement envisagerait de revenir sur les interdictions des pesticides tueurs d'abeilles et de l'épandage aérien. Information confirmée par le ministre de l'Agriculture, aussitôt infirmée par son collègue de la Transition écologique.

Le gouvernement s'apprêtait-il en train de reculer en matière d'écologie ? Selon un document de travail interministériel daté du 21 juin et que s'est procuré RMC, le gouvernement souhaiterait revenir sur deux dispositions écologiques : l'interdiction de l'épandage aérien - c'est-à-dire la pulvérisation par les airs de pesticides - et l'interdiction des néonicotinoïdes, plus communément appelés les pesticides tueurs d'abeilles. 


La raison : la France irait "plus loin" que ce qui est prévu par la réglementation européenne, or "le gouvernement veut abroger toutes ces dispositions nationales qui excèdent les normes européennes".

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ARCHIVES - Interdiction des pesticides pour les collectivités : quelles alternatives ?

On ne reviendra pas sur des acquisNicolas Hulot, ministre de la Transition écologique

Interrogé à ce sujet sur RMC/BFMTV, le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert a affirmé que sur l'épandage aérien, "c'est faux". "Des dérogations pourront être prises uniquement en cas de crises sanitaires graves et seulement si il y a des risques pour les populations environnantes".


Sur les pesticides tueurs d'abeilles en revanche, il a affirmé vouloir revenir sur la loi "qui n'est pas en conformité avec le droit européen". "Ce que nous souhaitons c’est que nous puissions bénéficier d’un certain nombre de produits dont le caractère dangereux n’est pas identifié et pour lesquels il n’existe pas de produits de substitution". Et d'affirmer qu'une proposition de loi pourrait être faite en ce sens.

Un souhait que ne partage visiblement pas le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot. Interrogé à ce sujet ce lundi matin, il a affirmé qu'il ne reviendrait pas sur cette loi. "Quand la santé est mise en cause, je ne veux faire aucune concession. On ne reviendra pas sur des acquis. Et d'ajouter, en contradiction avec les propos de Stéphane Travert, que "les arbitrages ont été faits". Les deux ministres doivent se rencontrer cette semaine pour en "débattre". Et en cas de désaccord ? "C'est le Premier ministre qui tranchera", a indiqué Stéphane Travert. 

Matignon au soutien d'Hulot

Alors que le désaccord Travert/Hulot a pris peu à peu de l'ampleur dans la matinée ce lundi, Matignon a, semble-t-il, déjà tranché. Dans un communiqué diffusé à mi-journée, le Premier ministre a appuyé les propos de Nicolas Hulot. "Le gouvernement a décidé de ne pas revenir sur les dispositions de la loi de 2016, indique le communiqué. Cet arbitrage a été pris à l'occasion d'une réunion tenue à Matignon le 21 juin dernier. (...) Un travail est en cours avec les autorités européennes." La partie n'était pas gagnée, avec un Premier ministre qui, député Les Républicains, avait voté en 2015 contre cette interdiction, relevait Le Parisien dans la matinée.

Le possible retour sur ces interdictions a fait hurler jusque dans les rangs de la majorité. Sur Twitter, Matthieu Orphelin, député REM dans le Maine-et-Loire, a dénoncé une "intox", affirmant que les "engagements d'Emmanuel Macron sont clairs" et qu'il n'y aura "pas de recul". 


L'ex-député et ministre Benoit Hamon s'est dit de son côté "stupéfait d'apprendre que le gouvernement pourrait revenir" sur ces interdictions. Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres, a affirmé sur RMC qu'il était "totalement inenvisageable de revenir sur l'interdiction des néonicotinoïdes".

La séquence a pris fin avec une nouvelle déclaration de Nicolas Hulot, on ne peut plus claire sur son engagement : "Je peux être très conciliant sur certains sujets qui ne vont pas se régler du jour au lendemain. [Mais pour] tout ce qui concerne la santé, je pense qu'on a fait trop de concessions et on découvrira le désastre assez rapidement. Et croyez moi, certains en sont déjà victimes sans savoir les relations de cause à effet." 

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