Interview du président par Jean-Pierre Pernaut : après le Macron des villes, place au Macron des champs ?

Politique
DÉCRYPTAGE - Jeudi 12 avril, Emmanuel Macron sera l'invité du Journal Télévisé de 13 heures sur TF1, présenté par Jean-Pierre Pernaut. Une interview bien loin des schémas classiques puisqu'elle sera tournée dans l'école d'un village, Berd'huis, dans l'Orne. D'un point de vue de communication politique, que signifie cette mise en scène ? Regards croisés d'un expert en stratégie de communication et d'une chercheuse au CNRS.

En pleine période de contestation sociale, Emmanuel Macron accordera une heure d'interview au Journal télévisé de 13 heures de Jean-Pierre Pernaut. Un cadre peu courant pour une interview politique, d'autant plus que celle-ci aura pour décor l'école d'une petite commune de l'Orne : Berd'huis. 


Et alors que les membres du gouvernement sont sur tous les fronts pour expliquer la réforme de la SNCF notamment, chaque symbole compte pour un exécutif dans la tempête. Alors d'un point de vue de communication politique, ça veut dire quoi, pour Emmanuel Macron, de faire un 13 heures sur TF1 ?  

La nouvelle image d'un président "attaché aux territoires"

"C'est parfaitement cohérent" estime Florian Silnicki, expert en stratégies de communication et fondateur de l'agence de communication de cris LaFrenchCom' : "C’est un choix anticipé, une stratégie pensée qui ne laisse rien au hasard et vise à surmonter l’image d’un président des riches, d'un président des villes" explique-t-il, ajoutant : "Avec ce rendez-vous, il tente de présenter une nouvelle image d’un président attaché aux territoires, pour ne pas dire au terroir."


Pour Florian Silnicki, l'objectif de cette interview "est double". D'abord, il s'agit donc de se donner "une nouvelle image personnelle". Est ensuite visé un "objectif de marketing électoral. Cette interview, c'est un rendez-vous avec les seniors, qui a en partie permis son élection. Il veut renouer le lien avec cet électorat impacté par les mesures comme la hausse de la CSG."

Un discours de politique large ?

La contestation sociale sera-t-elle pour autant au cœur de l'entretien ? Pas si sûr, selon Isabelle Veyrat-Masson, directrice de recherche au CNRS, rattachée à Paris Dauphine et spécialiste en communication politique. "Par le fait qu’il se déplace, Emmanuel Macron veut signifier qu’il ne fera pas de coup de comm', mais plutôt un discours de politique plus large, plus quotidienne, pour la France plus rurale qui a des problèmes de tous les jours." Selon la chercheuse, est ici en jeu un "double discours": le président "ne veut pas réagir aux conflits sociaux, il laisse le gouvernement gouverner et adopte une posture plus détachée du conflit social. Parallèlement, il s’adresse aux Français des villages, à la 'France de Jean-Pierre Pernaut' ".


D'ailleurs, le décor de l'interview devrait grandement contribuer à la composition de cette image d'un président sorti de la capitale. Proposée par Jean-Pierre Pernaut comme un "lieu de la République", l'école de la commune qui accueille des maternelles et des primaires donne aussi un symbole fort : celui de la "pédagogie", mot d'ordre de l'exercice pour le président. Surtout, "en politique, montrer c'est faire" reprend Florian Silnicki. "Donc se filmer depuis une école au cœur des territoires, c'est montrer qu'on y est et qu'on y agit."

Du Chirac chez Macron ?

Avant lui, un président en exercice a accordé une interview dans un JT du 13 heures. C'était en septembre 1995 : Patrick Chêne, journaliste sportif, recevait alors Jacques Chirac sur France 2. Pour notre expert en stratégie de communication, "il y a du Chirac en Macron". "Ou en tout cas, c'est ce que le président actuel cherche à montrer. Les baisses dans les sondages montrent qu'un sentiment de proximité a été perdu. L’enjeu, pour Macron, c’est de maintenir cette stature jupitérienne dont il s’est lui-même vanté, tout en évitant de s'éloigner de son électorat. À cet égard, le JT du 13 heures est une bonne temporalité : on peut parler moins vite, prendre plus de temps, c’est cohérent pour faire de la pédagogie." 


Une temporalité complètement inversée peu de temps après cette interview. Dimanche 15 avril, soit trois jours plus tard, Emmanuel Macron répondra cette fois aux questions de Jean-Jacques Bourdin (pour BFM TV) et d'Edwy Plenel (pour Mediapart). Une "communication en deux temps", "classique volonté de segmenter" la parole politique, estiment de concert Isabelle Veyrat-Masson et Florian Silnicki, pour s'adresser à deux publics bien distincts. Mais que ce soit à Berd'huis ou sur un plateau de télévision à Paris, les téléspectateurs resteront les seuls juges de la prestation d'Emmanuel macron. 

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