Consacrée, abandonnée, restaurée... La riche histoire de l'interview présidentielle du 14 juillet

Consacrée, abandonnée, restaurée... La riche histoire de l'interview présidentielle du 14 juillet
Politique

POLITIQUE - Emmanuel Macron donnera une interview télévisée, mardi 14 juillet lors d'un entretien télévisé. Après l'avoir abandonnée, il renoue ainsi avec une longue tradition instaurée par Valéry Giscard d'Estaing.

14 juillet 1978. Valéry Giscard d'Estaing, alors président de la République, accorde une interview télévisée à Yves Mourousi et Patrice Duhamel. En ce jour de "fête de la République", il se livre sur des sujets sensibles de l'époque. Il dresse un bilan de la situation des armées. Il expose aussi sa vision sur certaines questions politiques, à commencer par la durée du mandat présidentiel et la cohésion nationale. Cet entretien fait date, si bien que "VGE" renouvelle l'exercice jusqu’à la fin de son mandat. Progressivement, ce nouveau rituel politique s'impose comme un passage obligé pour les présidents de la République.

Dès 1982, François Mitterrand se plie à cet usage. En deux septennats, le socialiste se rend à douze entretiens du 14 juillet sur des sujets aussi centraux que variés. En 1989, il s'étend par exemple longuement sur le bicentenaire de la Révolution française, l'aide au développement et la possible réforme de la saisine du Conseil constitutionnel. En revanche, lors de son allocution de 1993, il se prononce aussi bien sur la nouvelle cohabitation que sur la lutte contre l'immigration et les grandes questions internationales.

Les tournants Chirac et Sarkozy

Avec son goût pour la petite phrase, Jacques Chirac confère une nouvelle dimension à l'intervention médiatique présidentiel du 14 juillet. En 2001, il écarte ironiquement la polémique sur le financement de voyages privés lors de son mandat de maire de Paris. Des accusations qui "font pschitt", dit-il. Trois ans plus tard, il recadre fermement Nicolas Sarkozy, ministre des Finances aux intentions présidentielles de moins en moins cachées, avec une formule restée célèbre : "Je décide, il exécute." 

Lors de son arrivée à l'Elysée en 2007, Nicolas Sarkozy rompt avec cette tradition qu'il avait fustigée quelques années auparavant. Il estime la période peu propice aux interventions médiatiques, en raison d'une faible actualité et de Français "déjà la tête en vacances". Il se tient à cette position durant tout son mandat, même s'il glisse quelques mots à l'issue du défilé du 14 juillet 2011 : "Ce que je peux souhaiter à tous les jeunes Français, c'est de comprendre, de trouver quel est le sens de sa vie." 

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Retour à la "normale" sous François Hollande

En totale opposition avec son prédécesseur, François Hollande reprend la coutume de l'interview télévisée du 14 juillet. Durant tout son mandat, il s'en sert notamment pour faire un point sur les défis de son quinquennat, sur ses priorités et leur avancement. En 2016, à quelques mois de l'élection présidentielle, il en profite pour recadrer Emmanuel Macron, ministre de l'Economie : "Il y a des règles, la solidarité, l’esprit d’équipe, la nécessité de servir jusqu'au bout […]. Dans un gouvernement, il n'y a pas de démarche personnelle, encore moins de démarche présidentielle." 

Le revirement d'Emmanuel Macron

Cette sortie n'aura pourtant pas freiné l'ascension de son ancien protégé vers les plus hautes sphères du pouvoir. Jusqu'à son revirement de cette année, Emmanuel Macron s'était toujours refusé à l'exercice médiatique du 14 juillet. Selon un article du Monde en 2017, l'Elysée considérait alors que la "pensée complexe" du président ne collait pas avec le jeu des questions-réponses des journalistes. 2020 sera finalement l'année d'un retour à la tradition. L'actuel président de la République s'adressera à la nation le 14 juillet prochain lors d'un entretien avec Léa Salamé (France 2) et Gilles Bouleau (TF1). 

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