Investiture LR aux municipales : Rachida Dati à Paris, un long parcours semé d'embûches

Politique

ELECTIONS - Rachida Dati a été désignée par son mouvement politique comme tête de liste de la droite parisienne aux municipales. Un scénario qui semblait impensable il y a quelques années, lorsque l'ex-ministre et députée européenne était au coeur des tensions qui déchiraient son parti. Retour sur les principaux épisodes de cette guerre de tranchée.

Voici douze ans qu'elle s'accroche à son fief parisien. Rachida Dati, investie officiellement mercredi par son mouvement pour conduire la liste LR dans la capitale, aura combattu contre vents et marées pour conserver son attache dans la capitale, et obtenir à la fin ce sésame encore impensable il y a quelques années. 

"Ce soir, nous prenons rendez-vous avec Paris", lançait-elle jeudi soir à l'occasion de son premier déplacement de candidate, un "café politique" dans le quartier de Ménilmontant (20e arrondissement). 

Pour une fois, la bataille était pliée en faveur de l'actuelle maire du 7e arrondissement. Seule concurrente, Marie-Claire Carrère-Gée n'a pas fait le poids devant la commission nationale d'investiture de LR, présidée par le député Eric Ciotti. Le maire du 6e arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, avait bien envisagé de tenter sa chance, mais il a jeté l'éponge après avoir considéré que les jeux étaient faits. "Sans la moindre surprise", a-t-il acté jeudi dans un communiqué laconique, "la CNI s'est prononcée pour désigner Rachida Dati comme tête de liste". 

"Je crois que c'est la meilleure candidate. De toute façon... Il n'y avait qu'elle à vrai dire", a persiflé son vieil ennemi Claude Goasguen après le vote, sur LCI. La veille, le député du 16e arrondissement prévenait déjà qu'en cas d'investiture en faveur de Rachida Dati, il y aurait une "fuite en avant" au sein de la droite parisienne. "Tout le monde va foutre le camp." On ne se refait pas...

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Dissidences et guerres internes

Car tout n'a pas été aussi paisible, loin de là, pour l'ancienne conseillère puis ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, depuis son parachutage à la mairie du 7e à l'initiative de l'ancien Président, en 2008.  Elle a 42 ans lorsqu'elle débarque dans cet arrondissement très bourgeois, avec un franc-parler qui tranche fortement avec les habitudes locales. Sous la pression de Nicolas Sarkozy, son camp politique - Philippe Goujon, alors patron de la fédération UMP, et Michel Dumont, le maire sortant du 7e - accompagne à contrecoeur ses premiers pas de candidate. Rachida Dati est vite contestée en interne. On lui savonne la planche. On la présente comme la candidate "aux Louboutin". Le Premier adjoint sortant, Christian Le Roux, envisage un temps de présenter une liste dissidente, avant de reculer. Dati, elle, n'en a cure. Elle emménage dans le quartier et le fait savoir. "J'ai toujours fait les choses pleinement et entièrement. Je m'engage dans le 7e, il me paraît évident d'habiter là où on se présente", explique-t-elle à l'époque. Elle l'emporte avec 57%, au terme d'une triangulaire imposée par une candidate du Modem. Qu'importe : elle tient son fief.

Jugée clivante et autoritaire en interne, Rachida Dati n'aura aucun répit avec ses opposants locaux. Surtout après l'échec de son mentor, Nicolas Sarkozy, à la présidentielle de 2012. La fin du quinquennat de ce dernier est marquée par son affrontement épique avec François Fillon, alors Premier ministre. Rachida Dati se lance dans une guerre de tranchée pour empêcher le parachutage confortable de ce dernier dans la 2e circonscription de la capitale, son propre fief, aux législatives de 2012. Le duel entre sarkozystes et fillonistes fait des dégâts à Paris. Jugeant Fillon "déloyal", "ingrat" et "mal élevé", Dati menace de se présenter contre lui, malgré les appels au calme de Nicolas Sarkozy. Bernard Debré, soutien de Fillon, lâche les coups publiquement. "Te voilà bien pourvue : député européen, conseillère de Paris, maire du 7e. Mais cela ne te suffit pas. Il faut, devant tes caprices, s'incliner ou disparaître", assène-t-il dans une lettre ouverte. Son parti la menace d'exclusion. Nadine Morano lui propose même d'aller se présenter ailleurs, en Saône-et-Loire... Finalement, consciente de ne pouvoir l'emporter face au Premier ministre sortant, Rachida Dati finit par lui laisser le terrain libre.

"Tu n'es pas en Seine-Saint-Denis"

Qualifiée dans son camp de "grenade dégoupillée", Rachida Dati passe d'une guerre à une autre. Courant 2013, Nathalie Kosciusko-Morizet décide de quitter l'Essonne pour se présenter aux municipales de 2014 à Paris. Un parachutage qui vient contrecarrer son projet de se présenter face à Anne Hidalgo. A nouveau, l'état-major de son camp pousse Dati vers la sortie, à grand renfort d'intimidation. 

L'intéressée se défend par tous les moyens. Brice Hortefeux, qui soutient la candidature de NKM, "a été un très mauvais ministre de l'Intérieur", lâche-t-elle. Mediapart révélera plus tard ses échanges par SMS avec cet ancien ministre, qu'elle qualifie de "facho" et de "voyou". "Bonjour, le guignol", lui adressera-t-elle encore quelques années plus tard, selon un récit du Monde auquel elle raconte, amusée, avoir donné un coup de poing à Brice Hortefeux, parce qu'il la traitait "d'intrigante", à la sortie d'un ascenseur. 

Alors que Rachida Dati envisage sérieusement d'affronter NKM à la primaire UMP pour les municipales, au printemps 2013, Claude Goasguen monte à son tour au front pour l'en empêcher. "Tu ne vas pas te présenter à ces primaires parce que tu n'es pas en mesure d'être maire de Paris", cogne ce dernier lors d'une réunion, dans un échange épique relaté par le Canard enchaîné. Il ajoute : "Tu ne vas pas faire la loi ici, tu n'es pas en Seine-Saint-Denis. Ne ramène pas dans la capitale tes moeurs du 9-3". Réponse de Rachida Dati : "Tu te prends pour quoi pour me parler sur ce ton ? Tu t'y crois autorisé parce que j'ai refusé de coucher avec toi ?" Plus tard, Claude Goasguen s'excusera officiellement... "pour avoir ainsi parlé de la Seine-Saint-Denis, qui est un beau département". 

Avec NKM, c'est plutôt la guerre froide. En mai 2013, Rachida Dati renonce à se présenter aux primaires. Mais elle assistera, aux premières loges, à l'échec de la candidate UMP face à Anne Hidalgo. Avec, au passage, quelques commentaires bien sentis sur la stratégie de NKM, "une candidate qui n'est pas une élue parisienne", avec laquelle "les militants ont le sentiment de ne pas être entendus"... Et un soutien final qui s'apparente au baiser de la mort : 

Elle-même échappe à la lame de fond qui balaye la droite aux municipales de 2014 et parvient à se faire réélire dans le 7e, avec 55,47% des voix. Elle n'aura toutefois pas échappé à une nouvelle triangulaire, confrontée à une dissidence savamment orchestrée dans son propre camp. 

Candidate malgré tout

Les choses ne s'arrangent pas après les municipales. La droite parisienne, en passe d'imploser, continue de régler ses comptes. Une bonne âme révèle au Canard, en juillet 2014, un audit financier interne de l'UMP pointant des factures de téléphone portable de plus de 10.000 euros par an pour l'ancienne ministre. Celle-ci conteste, affirmant "qu'aucun frais personnel n'a été pris en charge par l'UMP". 

S'ensuivent des révélations sur les cotisations de Rachida Dati à son parti. Claude Goasguen - encore lui - dévoile qu'elle a contracté une dette de 5000 euros à l'égard de l'UMP. Opportunément, son groupe au conseil de Paris adopte une disposition permettant d'exclure ceux qui refuseraient de rembourser leurs arriérés de cotisation. "J'ose espérer que Rachida Dati aura l'intelligence de se soumettre", attaque Goasguen. "5000 euros, ce n'est pas grand-chose pour elle. On a tous des problèmes financiers, et Rachida Dati probablement moins que nous." Des menaces mises à exécution : la maire du 7e est suspendue de son groupe en septembre 2015. 

Un an plus tard, Rachida Dati soutient Nicolas Sarkozy à la primaire LR pour la présidentielle et continue de tirer à vue sur ses adversaires en lice, NKM et François Fillon. La suite, on la connaît : la victoire de François Fillon à la primaire, suivie de sa débâcle à la présidentielle. A Paris, la droite implose sous l'effet de la victoire d'Emmanuel Macron et de LaREM. Rachida Dati se consacre alors à son mandat européen et se fait plus discrète. Elle vante régulièrement son bilan à la mairie du 7e arrondissement et concentre ses attaques sur la maire sortante, Anne Hidalgo. 

Stratégie gagnante : son parti finit par l'adouber. Sans grande conviction toutefois. Une partie de son camp prône l'alliance avec les macronistes pour battre la majorité sortante. Une autre partie semble se résigner à une défaite. Quant à Rachida Dati, même soutenue par l'état-major, elle va devoir livrer campagne avec, sur sa tête, l'épée de Damoclès d'une enquête pour "abus de bien sociaux" dans l'affaire Renault-Nissan et le risque d'une mise en examen en pleine campagne. Comme François Fillon avant elle. Paris est décidément une longue bataille. 

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