Irak : les critiques de la France sur Bruxelles sont-elles fondées ?

Politique
DirectLCI
FACT CHECKING - Laurent Fabius a critiqué ce mardi l'inaction de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton sur le dossier irakien. Lundi, le porte-parole du PS Olivier Faure proposait que l'activisme de la France soit récompensé en retranchant ses engagements militaires de son déficit budgétaire. Metronews s'est penché sur ces déclarations.

Haro sur Ashton. Alors que la France a décidé de faire preuve de volontarisme dans le dossier irakien, la majorité socialiste et le gouvernement pointent l'impuissance de Bruxelles à agir. Dont la Haute représentante à la politique extérieure et de sécurité, la Britannique Catherine Ashton, serait l'incarnation. Lundi sur RTL , le porte-parole du PS Olivier Faure a ainsi accusé l'UE de "manquements" vis-à-vis des engagements militaires français. Mardi matin, le ministre des Affaires étrangères a renchéri sur France Info en des termes inhabituels : "J'ai demandé à madame Ashton de réunir au plus vite le conseil des Affaires étrangères pour qu'on prenne au plus vite des décisions sur ce point. Et moi je redemande que ce soit fait d'urgence. Quand il y a des gens qui crèvent, il faut revenir de vacances". Des déclarations que nous avons décortiquées.

On aimerait entendre Mme Ashton, connaître son visage, sa voix", "souvent muette"
Dès sa nomination en 2009, la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité pour l'UE n'a cessé d'entendre ce même reproche. Le choix de cette économiste Britannique, que l'on savait discrète et inexpérimentée, avait d'ailleurs fait dire à l'époque à Michel Rocard, l'ancien Premier ministre socialiste, que les chefs d'Etat de l'UE cherchaient surtout à "empêcher que l'Europe devienne une entité capable de faire vraiment de la politique à leur place". Sur le dossier irakien, elle n'est pourtant pas muette. Dimanche, Catherine Ashton a ainsi dénoncé des actes commis par les djihadistes de l'Etat islamique dans le nord de l'Irak qui "peuvent être considérés comme des crimes contre l'humanité". "Cela doit être examiné rapidement afin que leurs auteurs soient tenus pour responsables", ajoutait son communiqué, appelant toutes les parties "à respecter le droit humanitaire international, à assurer l'accès humanitaire et à faciliter l'acheminement de l'aide". Que dit de plus la France, qui apporte une aide humanitaire dans le Nord de l'Irak tout en refusant d'intervenir militairement au côté des Etats-Unis ?

"La France ne va pas s'engager seule partout (…), il est nécessaire aujourd'hui que l'Europe notamment prenne le relais"

Si l'Europe ne peut guère lancer d'action concrète sur le terrain, c'est d'abord parce que le budget de la PESC (politique extérieure et de sécurité commune) se monte à 9,4 milliards d'euros (en 2013), soit trois fois moins que celui de la France seule. Quant aux opérations militaires, elles restent à la charge des Etats membres. On peut le regretter, souhaiter des changements, mais c'est aux Etats-membres de les engager, pas à sa représentante qui n'a statutairement aucun pouvoir de décision sur les politiques générales de l'UE. Et en matière de politique extérieure, les décisions de Bruxelles doivent se prendre à l'unanimité : c'est écrit dans le traité de Lisbonne. Là encore, nul ne l'ignorait lors de la nomination de Catherine Ashton, comme le reconnaissait le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes de l'époque, Pierre Lellouche : "Nous allons avoir un service, mais nous n'avons pas de politique étrangère commune" .

"Déficit : l'UE devrait tenir compte des engagements militaires français"
Fustigeant, donc, l'inaction de l'UE, Olivier Faure pointe un deuxième "manquement" de Bruxelles : "La France, alors qu'elle intervient, voit ses dépenses militaires imputées sur les fameux 3% qu'elle doit respecter pour le déficit". Sous-entendu explicité par la suite sur Twitter : il faudrait déduire le coût des opérations militaires de la France à l'extérieur (Opex) de son déficit, afin de lui rendre vraiment justice des actions menées au nom des "valeurs européennes contre le terrorisme à travers le monde". Un point crucial, alors que Paris prépare déjà les esprits au fait que son engagement de réduire son déficit budgétaire à 3% du PIB, comme le prévoit la règle bruxelloise, ne sera une nouvelle fois pas tenu cette année. En 2013, celui-ci s'élevait ainsi à 4,3% du PIB (soit 87,6 milliards d'euros). Pour être juste, il faudrait donc, selon Olivier Faure, en retrancher le coût des opérations extérieures de la France. En moyenne, celui-ci s'élève chaque année à environ un milliard d'euros, a déjà calculé Le Monde . Pour 2013, année chargée (Mali, Centrafrique), il a atteint 1,2 milliard d'euros. Une rapide soustraction suivie d'un produit en croix permet de faire le calcul proposé par Olivier Faure : si l'on retranche le coût des Opex du déficit français en 2013, le déficit corrigé s'élève à... 4,2% du PIB. On a gagné 0,1%, et on est toujours loin du compte.

VIDEO - L'intervention d'Olivier Faure sur RTL :

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter