"J'ai essayé de casser la fatalité" : le Défenseur des droits Jacques Toubon revient sur son mandat

"J'ai essayé de casser la fatalité" : le Défenseur des droits Jacques Toubon revient sur son mandat
Politique

INTERVIEW - Invité politique d'Elizabeth Martichoux vendredi 3 juillet, Jacques Toubon est revenu sur son passage au poste de Défenseur des droits, qu'il va quitter le 16 juillet. Répondant aussi bien aux critiques qu'aux éloges, il a partagé sa vision de cette institution et de son avenir.

Face aux louanges, il insiste : "Je n'ai fait que mon travail." A quelques jours de la fin de son mandat, le Défenseur des droits est revenu sur sa mission, ce vendredi sur LCI. Après six ans à la tête de cette institution, bien des choses ont changé. Critiqué par son ancienne famille politique et salué par la gauche, qui se méfiait lourdement de sa nomination, mais tout le monde s'accorde pour dire que Jacques Toubon a largement surpris à ce poste. 

"Il faut simplement voir la réalité"

Ancien ministre chiraquien, il a renforcé le rôle de "vigie" de ce poste créé il y a neuf ans et occupé par l'ancien maire de Toulouse Dominique Baudis. A quelques jours de son départ, prévu le 16 juillet, son travail est salué. C'est notamment le cas de Libération, qui titre sur ce "Défenseur inespéré" ou des députés insoumis, pas précisément de son bord, d'Ugo Bernalicis à Clémentine Autain. Mais face aux louanges, Jacques Toubon reste humble. Estimant qu'il n'a fait que son "travail", il rappelle que celui-ci tient à répondre à une simple question. Celle de "savoir si la République tient, à l'égard de tous et de toutes, la promesse qu'elle nous fait", à savoir l'égalité, la liberté et l'accès au droit. "Moi, à ma petit place, j'ai essayé de faire en sorte que cette promesse soit mieux tenue."

Une mission simplement résumée, pour un poste aux compétences très larges. Il comprend notamment les relations entre les usagers et les services publics, la lutte contre les discriminations, les droits de l'enfant, la déontologie des forces de l'ordre, ou encore la protection des lanceurs d'alerte. Via ses rapports et avis consultatifs, l'ancien ministre de la Justice a renforcé ce poste. Résultat, après six ans, les réclamations ont explosé, augmentant de 40%. Mais derrière ce chiffre, faut-il voir une plus grande identification du Défenseur des droits ? Ou le fait que de plus en plus de Français voient leurs droits piétinés ? Jacques Toubon penche pour la seconde option. "C'est d'abord parce que la relation avec les services publics s'est dégradée", regrette-t-il sur LCI. Phénomène sur lequel il avait d'ailleurs déjà alerté. Selon l'un de ses rapports sur "l'évanescence" des services publics, si toutes les formalités administratives venaient à être numérisées, il y aura "20 à 25% de personnes en France qui vont être larguées, laissées pour compte", résume t-il. "On dit toujours : 'il n y'a plus personne derrière les guichets'."

Il regrette le débat "idéologique" au sujet des violences policières

Autre dossier brûlant sur lequel Jacques Toubon a été interrogé ce vendredi matin sur LCI, les contrôles au faciès, dont il a dénoncé dans un rapport la "dimension systémique". Oui, "faute de traçabilité" et de "textes de procédure pénale" qui précisent qu'il est interdit de discriminer lors d'un contrôle d'identité, "on a aujourd'hui une partie de la population qui est 20 fois plus contrôlée que le reste de la population". Cependant, si ce verbe haut a agacé bon nombre de forces de l'ordre et ce jusqu'au ministère de l'Intérieur, avec Christophe Castaner, qui l'avait accusé de mener "un combat manifestement plus personnel que collectif", l'ancien ministre de Jacques Chirac argue que ce rapport est, au contraire, "surtout" un "élément pour donner de la sécurité juridique aux policiers et aux gendarmes". Regrettant que ce dossier soit soumis à "une sorte d'affrontement idéologique", entre pro et anti-forces de l'ordre, Jacques Toubon appelle à "entamer une réflexion et mener une action pour modifier ce qu'on appelle pompeusement la 'doctrine du maintien de l'ordre". Un travail nécessaire afin d'éviter de rester dans une "position de déni" qui serait "de nature à aggraver les problèmes". "Pendant six ans, j'ai essayé d'objectiver les situations, et à partir de là vous pouvez agir."

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Face à un tel mandat, ses anciens détracteurs concèdent aujourd'hui une erreur. Comme cet élu LFI qui, sur Twitter, a salué l'"indépendance" et la "pugnacité" de l'homme qui était pourtant ancien cadre du RPR. Un avis qui n'est pas partagé par sa famille politique. Sur LCI, le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau avait fustigé mercredi 1er juillet ses "positions très idéologiques, à l'opposé d'ailleurs de toute sa carrière politique", et avait même soupçonné le chiraquien de vouloir "se racheter sur le tard." Mais lui se défend de tout virage "idéologique". Si sa trajectoire crispe son ancienne famille politique, il admet seulement agir sans plus se "poser la question de savoir ce que les uns et les autres en pensent". Comme lors de sa dernière conférence de presse, qui a eu lieu ce mercredi, Jacques Toubon a en effet rappelé que le Défenseur des droits n'avait pas à suivre le "principe de réalité" appliqué par les gouvernants. "C'est pour ça que j'ai fait mon travail à la fois tel que je suis et tel qu'est le droit." 

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Restera donc à  Claire Hédon, qui succédera à Jacques Toubon le 16 juillet, à poursuivre ce travail. Sur LCI, son prédécesseur a lancé encore une fois un appel. A la veille de son départ, il encourage une dernière fois les Français à saisir l'institution. Notamment ceux qui se sentent le plus laissés pour compte. "Car quand vous vous sentez discriminé, ça veut dire que vous ne vous reconnaissez plus dans la République."

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