Jacques Chirac maire de Paris (1977-1995) : quel bilan ?

Politique

Toute L'info sur

La mort de Jacques Chirac

ÉDILE - Avant d'être élu deux fois président de la République, il avait été élu trois fois maire de Paris, de 1977 à 1995. Que retenir de ce mandat, qui lui a servi de véritable tremplin pour sa carrière présidentielle ?

"Pour nous les Parisiennes et les Parisiens, il sera à jamais notre Maire, aimant passionnément sa ville et ses habitants" a déclaré Anne Hidalgo à l’annonce du décès de celui qui fut maire de la capitale pendant 18 ans, un record. Lorsqu’il prend ses fonctions en mars 1977, Jacques Chirac est le premier maire élu au suffrage universel de la ville, et le premier à occuper cette fonction depuis… Jules Ferry en 1871. Il a ensuite été réélu deux fois, et a fait de l’Hôtel de Ville l’antichambre de l’Elysée. Il ne l'a d'ailleurs quitté que la veille de sa prise de fonction à la tête de l'Etat en 1995.

Lire aussi

Avant l’élection de Jacques Chirac en 1977, Paris est géré par un préfet, avec un conseil municipal ayant pour simple rôle celui d’une chambre d’enregistrement. Mais en 1975, le Président Valéry Giscard d’Estaing modifie son statut pour doter la capitale d’un maire de plein exercice. Il souhaite y faire élire Michel d’Ornano, chef de file des Républicains Indépendants (RI). Mais en août 1976, Jacques Chirac claque la porte du gouvernement, et en décembre 1976 créé le RPR. Son entourage le convainc de se présenter aux futures municipales : il annonce sa candidature en janvier 1977, deux mois avant le scrutin. "Je viens dans la capitale de la France parce que dans notre histoire, depuis la Révolution de 1789, chaque fois que Paris est tombé, la France a été vaincue", déclare le natif du 5e arrondissement. Il remporte l’élection avec 49,5% des voix au second tour, contre 4,5% pour d’Ornano. 

Paris doit aider Jacques Chirac à asseoir le RPR dans le paysage politique. Son nouveau mandat doit aussi lui permettre d’ériger un contre-pouvoir au pouvoir central dans une ville qui a souvent joué ce rôle.

"Ca se terminait toujours par un bon gueuleton."

"Il s’est toujours intéressé à la gestion de Paris", raconte son successeur Jean Tiberi. "Il recevait le lundi matin une équipe restreinte, il avait un bon cabinet. Il faisait des arbitrages budgétaires, participait aux grandes inaugurations. Pour le reste, il nous faisait confiance", ajoute-t-il. Jean-François Legaret, actuel maire du 1er arrondissement, se rappelle également : il "s’est impliqué en faisant ça à la Chirac, au pas de chasseur, avec des immersions dans les quartiers. Et ça se terminait toujours par un bon gueuleton."

Dès son arrivée au pouvoir, Jacques Chirac stoppe un projet initié par l’Elysée : la construction d’une autoroute urbaine de 2x3 voies qui devait relier l’A10 à Montparnasse, la radiale Vercingétorix. Mais il créé les "axes rouges" en dédiant au trafic automobile de grandes avenues parisiennes. Toujours en opposition à Giscard d’Estaing, il fait détruire la transformation des Halles enclenchée par l’Elysée, et lance à la place le projet des parapluies de Willerval, détruits en 2010. 

Le maire de Paris s’attaque également à la propreté des rues de la capitale, en lançant notamment les "motocrottes", engins chargés de nettoyer les déjections canines. Ces engins sont rangés définitivement en 2003, en raison de leur coût élevé et de leur efficacité décevante. En 1988, il promet que "dans cinq ans", il sera possible de se baigner dans la Seine redevenue propre. Ce n’est toujours pas le cas vingt ans après.

Lire aussi

Palais omnisports de Paris-Bercy et Samu social

Jacques Chirac équipe la ville de crèche, choie les retraités de la ville en leur offrant tous les ans une boîte de chocolats, et dote la capitale d’une grande salle de spectacle, le palais omnisports de Paris-Bercy, inaugurée en 1984. En 1993, Xavier Emmanuelli propose au maire de créer un dispositif d’urgence sociale dans la capitale. En novembre, les premières équipes mobiles du Samu social sillonnent les rues pour apporter leur aide aux sans-abris. Dans le même temps, ses opposants lui reprochent de vider la capitale de ses habitants, en multipliant les m2 de bureaux, ce qui accélère encore la crise du logement.

Paris devient le fief de Jacques Chirac : il place ses hommes et distribue les avantages en nature, comme les voitures de fonction pour les élus. Mais en fin de mandat, l’édile est rattrapé par les "affaires" : "frais de bouche" du couple Chirac, trafics d’influence dans les marchés publics, corruption aux HLM de Paris, fraudes électorales dans le 3e arrondissement. Longtemps protégé par son immunité, Jacques Chirac est condamné en 2011, quinze ans après les faits, à deux ans d’emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris dans une affaire d’emplois fictifs de permanents RPR payés par la ville. Il est reconnu coupable d'avoir utilisé les fonds de la mairie de Paris au profit d’une vingtaine de permanents et chargés de mission du RPR.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter