"Je suis condamné à bouffer sans arrêt" : la bonne chère, l'autre passion de Jacques Chirac

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La mort de Jacques Chirac

APPÉTIT - Proximité avec les éleveurs au salon de l'Agriculture, marionnette aux Guignols, style au quotidien... Jacques Chirac avait acquis au fil des ans l'image d'un bon vivant. Retour sur une "coolitude".

"Mangez des pommes !" En 1995, au cœur de la campagne présidentielle, le slogan officiel de Jacques Chirac – "La France pour tous" – tombe vite dans l'oubli au profit de celui-ci, inventé par les Guignols de Canal +. Inspiré par le pommier qui illustrait au même moment ses affiches de campagne, la formule colle encore aujourd'hui à l'ancien président qui vient de décéder, et qui restera dans l'imaginaire collectif comme un bon vivant dont le goût notable pour la bonne chère, la bière et les gueuletons, a marqué les esprits.

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Un goût de la vie qui s'explique notamment par le lien entre Jacques Chirac et la Corrèze. Une région qu'il a bien connue durant son enfance, lui qui a été scolarisé à Sainte-Féréole durant la Seconde Guerre mondiale, et où il reviendra à la fin de ses études pour conquérir son premier mandat. "La Corrèze était sa première expérience politique de terrain et il s'est attaché à un certain nombre de personnes et notamment des agriculteurs", a expliqué ce jeudi François Guillaume, président du premier syndicat agricole, la FNSEA, de 1979 à 1986. 

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"Un agriculteur face à Chirac, c'était comme ma petite-fille face à Justin Bieber"

En 1972, c'est logiquement que son premier maroquin ministériel est celui de l'Agriculture. Le lien avec le monde agricole ne sera jamais coupé : durant 39 ans, Jacques Chirac n'a jamais manqué qu'un seul salon de l'Agriculture. Sauf en 1979, en raison d'une hospitalisation consécutive à un accident de voiture. "Au salon, un agriculteur face à Chirac, c'était comme ma petite fille face à Justin Bieber", a constaté ce jeudi son ancien ministre de l'Agriculture Philippe Vasseur. Caresses aux vaches, bises à de vieilles connaissances, photos souvenirs… les passages du chef de l'Etat dans les allées du Salon sont devenus cultes. "Pour moi, c'est le grand moment de l'année", avait lâché en 2008 le principal intéressé. 

Une appétence authentique que de nombreuses personnalités politiques ont cherché à imiter, en tentant de battre les records de présence au célèbre Salon. Mais qui pouvait franchement arriver à la hauteur gargantuesque de celui qui n'avait pas peur de se faire servir "une entrecôte de 800 grammes quand il visitait le marché de Rungis, au petit matin", ainsi que s'en rappelle Jean-Louis Debré ?

"Quand j'ai faim, je deviens agressif"

Un appétit qui ne s'arrêtait pas aux portes du Salon. Les biographies du président regorgent ainsi de confidences des chefs de l'Elysée racontant comment ce dernier, surveillé par son épouse Bernadette, devait ruser pour se faire livrer les escargots de Bourgogne dont il raffolait. Dans sa biographie "La Tragédie du président", Franz-Olivier Giesbert décrit Jacques Chirac comme un "ogre" à l'appétit "gargantuesque et protéiforme". La fameuse "tête de veau ravigote", les "cinq ou six bières quotidiennes" et "les deux baguettes et demie dévorée en plus des repas" symbolisent un homme qui décrit son addiction à la nourriture : "Je suis condamné à bouffer sans arrêt. Quand j'ai faim, ce qui m'arrive plusieurs fois par jour, je deviens agressif et même hargneux. Alors, j'essaie de fermer ma gueule le temps qu'il faut et puis je vais manger un morceau vite fait pour retrouver ma bonne humeur".

Un rapport à la nourriture qui aurait pu le conduire devant les tribunaux. En 2002, le Canard Enchaîné révèle ainsi le contenu d'un rapport de l'Inspection générale de la Ville de Paris consacré aux "frais de bouche" du couple Chirac à la mairie (où il a été élu de 1987 à 1995). Durant ces quelques années, environ 2,13 millions d'euros auraient été dépensés, concernant "presque exclusivement des dépenses d'alimentation ou de tabac" destinées à la consommation personnelle du couple et de leurs invités privés, selon le Canard à l'époque. Le palmipède évoque les dépenses de fruits et légumes, qui auraient représenté jusqu'à l'équivalent de cent kilos de… pommes par jour. L'affaire, portée devant la justice, s'est terminée en 2005 par un non-lieu.

L'image d'un bon vivant et d'un personnage sympathique ne s'explique pas seulement par son coup de fourchette. En 1995, sa marionnette aux Guignols est même accusée d'avoir favorisé son élection, car elle l'aurait représenté de façon trop joviale et bienveillante. Depuis son retrait de la vie politique, il est même devenu "à la mode", une figure de pop culture. Un simple tour sur les réseaux sociaux montre plusieurs comptes, alimentés par des images d'archives. 

Pieds sur la table, cigarette à la bouche, saut par-dessus le portique du métro… Jacques Chirac est devenu une incarnation du "cool" à la française. Jusqu'à devenir une "marque", de petites entreprises créant ces dernières années des t-shirts à son effigie. Nul doute que ces derniers vont réapparaître ces prochains jours. 

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