"Je vais inviter M. Collomb à venir ici..." : l'incompréhension du maire de Stains, privé de Police de sécurité du quotidien

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INSÉCURITÉ - La ville de Stains (Seine-Saint-Denis) faisait partie des villes candidates pour expérimenter le nouveau dispositif de PSQ (pour Police de sécurité du quotidien), qui a été dévoilé ce jeudi par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Comme un certain nombre d'autres communes, son dossier n'a pas été retenu, au grand dam du maire de la ville, Azzédine Taïbi.

Le ministère de l'Intérieur a levé ce jeudi le voile sur les contours de la police de sécurité du quotidien, promesse de campagne du candidat Macron. Une "police sur-mesure", "mieux équipée", "davantage connectée" mais aussi "plus proche des attentes de nos concitoyens", pour reprendre les mots de Gérard Collomb. Ainsi, d'ici à janvier 2019, trente quartiers difficiles bénéficieront de "moyens supplémentaires". "Un renfort de 15 à 30 policiers à chaque fois, sans pour autant que soient constituées de nouvelles brigades spécialisées", a-t-il indiqué. 


Ces quartiers de "reconquête républicaine" sont ciblés en zone police : entre autres, Trappes (Yvelines), Gros Saule à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le Mirail à Toulouse, le Neuhoff à Strasbourg ou les quartiers nord de Marseille. D'ici la fin du quinquennat, trente autres quartiers seront concernés, a indiqué Gérard Collomb, lors d'une allocution devant de nombreux élus et membres de forces de sécurité à l'Ecole militaire, à Paris.

Située dans le département de la Seine-Saint-Denis, la commune de Stains, l'une des plus pauvres de France et aussi l'une des plus touchées par les faits de violences, était donc candidate pour expérimenter ce nouveau dispositif. Mais sa candidature n'a pas été retenue au grand dam de son maire, Azzédine Taïbi. LCI a l'a contacté, et l'élu PCF n'a pas caché sa déception.

LCI : La commune de Stains était candidate pour expérimenter la police de sécurité du quotidien. Vous n’avez pas été retenu parmi les 60 sites pilotes. C'est une déception pour vous ?

Azzédine Taïb : C’est une déception pour moi, en tant que maire, mais aussi pour tous les Stanois. La ville de Stains avait candidaté très rapidement et possédait à mon sens tous les éléments requis. Je comprends très bien que Stains n’est pas la seule ville où s’accumulent un certain nombre de difficultés liées à la délinquance. Je me réjouis pour les autres communes qui ont été retenues. J’ai appris que Sarcelle avait été retenue, ainsi que des quartiers à Garges et à Sevran. Pour ne rien vous cacher, il y a pour ma part une grande incompréhension. D’autant qu’on ne connaît pas les critères qui ont permis de définir le choix des communes retenues pour accueillir la PSQ. J’ai prévu d’adresser d'ici lundi un courrier au ministre de l’Intérieur pour lui faire part de ma déception et l’inviter à Stains pour qu’il mesure les difficultés que rencontrent nos commissariats.

LCI : Quelle relation entretient la police avec la population des quartiers sensibles de votre commune ?

Azzédine Taïb : Nous avons un commissariat de circonscription, c’est-à-dire sur deux communes, Stains et Pierrefitte-sur-Seine, sur un arrondissement d’à peu près 70.000 habitants. Nous avons 127 agents tout au plus. C’est très peu. Et c’est même moins que dans certaines communes, où il n’y a pas autant de difficultés que celles que nous rencontrons ici, à Stains. Nos forces de police doivent faire face à une délinquance du quotidien, assez pénible et difficile à vivre pour les habitants. Nous devons leur apporter des réponses de sécurité et de justice. De notre côté, au niveau de la ville, nous assumons nos responsabilités pour apporter des réponses de prévention et de médiation. L'Etat doit lui aussi jouer son rôle pour garantir la sécurité des citoyens

LCI : En quoi la PSQ aurait pu être d’une aide pour vous ?

Azzédine Taïb : En tant que maire et habitant de Stains, j'attendais beaucoup de la mise en place de cette police de proximité. Nous avons initié depuis déjà de nombreuses années un véritable travail de prévention et d’éducation. Néanmoins, nous avons besoin de davantage de moyens en matière de répression de la délinquance. Après 21 heures, il n'y a qu'une seule voiture qui circule sur les deux communes. Neuf fois sur dix, quand les habitants appellent le commissariat pour qu'une patrouille se déplace. On leur répond : "Désolé, l'équipe est déjà sur une autre affaire". Et ce n'est pas de la faute des agents. En fait, ils n'ont pas d'autre choix que de prioriser selon la gravité des faits de violence qu'ils rencontrent.

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