Jean-Paul Delevoye au gouvernement : quel calendrier pour la réforme des retraites ?

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La réforme des retraites, dossier explosif pour l’exécutif

NEGOCIATEUR - La nomination de Jean-Paul Delevoye au gouvernement intervient à deux jours d'un nouveau round de négociations autour de la réforme controversée des retraites. Le haut-commissaire, qui garde ce titre au sein de l'exécutif, devra convaincre les partenaires sociaux dans le contexte d'une rentrée sociale agitée, mettre de la cohérence dans le gouvernement mais aussi ferrailler au Parlement.

Mettre l'expérience aux premières loges pour tenter de déminer une rentrée sociale agitée. La nomination au gouvernement de Jean-Paul Delevoye, jusqu'ici haut-commissaire à la réforme des retraites, comme délégué auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, intervient alors que doit débuter, dès les jeudi 5 et vendredi 6 septembre, un nouveau cycle de négociations à Matignon autour du régime "universel" qu'Emmanuel Macron souhaite mettre en place pour 2025.

Ce n'est pas un hasard si Emmanuel Macron a choisi de nommer au gouvernement celui qui, durant dix-huit mois, s'est prêté à un "tour de France", selon ses propres mots, à la rencontre des syndicats, des élus et des citoyens, pour tenter de concilier des points de vue souvent éloignés sur le sens à donner à cette réforme, jusqu'à la remise d'un rapport fin juillet. Réputé pour ses talents de négociateur - il avait déjà été missionné en 2003, au sein du gouvernement Raffarin, sur la réforme des retraites des fonctionnaires -, Jean-Paul Delevoye devrait alléger la charge de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, mobilisée sur d'autres dossiers chauds, comme la crise des urgences et la PMA. C'est lui qui la défendra au Parlement, et non sa ministre de tutelle. "Ce n'est pas une question d'incarnation mais un souci de suivi de dossier", avance-t-on à Matignon. "Agnès Buzyn a déjà fort à faire notamment avec la bioéthique et la pauvreté." 

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Un choix "naturel"

"Si le président de la République l'a choisi, c'est que c'est l'homme de la situation", saluait ainsi, mardi 3 septembre, la ministre des Outre-mer Annick Girardin, interrogée par LCI. Un choix "naturel", a également défendu, auprès de LCI, une source à l'Elysée. "C'est une personnalité dotée d'une très grande expérience, dont ministérielle. La qualité du rapport qu'il a produit et la méthode [employée] avec les partenaires sociaux, cela justifie sa nomination." L'entourage d'Edouard Philippe, également sollicité par LCI, a également défendu "un choix simple et naturel", saluant "une personnalité qui a de l'expérience". 

Sa fonction transversale - il reste haut-commissaire -, devrait également permettre de mettre un peu d'ordre dans les déclarations contradictoires au sein de l'exécutif, certains ministres comme Agnès Buzyn ayant évoqué au printemps la possibilité d'un report de l'âge légal de départ à la retraite, en contradiction avec l'engagement pris par Jean-Paul Delevoye et par Emmanuel Macron lui-même. Selon les informations recueillies par LCI, le Monsieur Retraites du gouvernement aura la charge de coordonner la réforme, en lien avec l'ensemble des ministres concernés, ces derniers devant ensuite la porter dans leur secteur. 

Un "Grand débat" bis

Surtout, il aura la mission de conduire cette "concertation citoyenne" annoncée fin août par Emmanuel Macron. Ce dernier a en effet vanté un "changement de méthode" consécutif à la crise des Gilets jaunes, souhaitant qu'un "grand débat" - écho à la concertation nationale engagée durant l'hiver dernier - fasse de la réforme des retraites le symbole de cette nouvelle façon de réformer "en incluant davantage les Françaises et les Français". 

Qu'importe, pour l'heure, aux yeux de l'exécutif, que le chef de l'Etat ait semblé retoquer l'une des principales propositions du rapport Delevoye, à savoir l'âge pivot à 64 ans pour toucher une pension à taux plein, au profit d'une prise en compte de la durée de cotisation. L'idée est de garder les portes ouvertes le plus longtemps possible pour laisser du champ à la négociation. "Le rapport Delevoye exposait deux options. Il ne s'agit pas d'enterrer l'âge pivot mais de mieux prendre en compte ceux qui commencent à travailler tôt", avait ainsi édulcoré la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, le 28 août, à l'issue du Conseil des ministres. 

Cette semaine, c'est Edouard Philippe, qui avait pourtant entériné la mise en place de l'âge pivot lors de son discours de politique générale, recevra les syndicats et le patronat, afin de leur présenter le calendrier de cette concertation prévue dans les prochaines semaines. 

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Un projet de loi pour 2020

Si Jean-Paul Delevoye aime prendre son temps pour discuter, l'exécutif, qui compte bien aboutir à un projet de loi au Parlement en 2020 - voire "dans les mois qui viennent", a espéré Edouard Philippe, un peu moins. Convaincu qu'il y aura bien une réforme au bout du compte, l'entourage du haut-commissaire a indiqué à LCI que trois étapes avaient été définies pour y parvenir malgré la possible tempête sociale. D'abord, les premières propositions seront posées sur la table pour ouvrir le débat. Ensuite, les concertations et la construction du projet de loi. Enfin, la mise en application de la réforme, mais là encore "avec des discussions et des concertations". Au sein du gouvernement, Jean-Paul Delevoye pourra conduire lui-même les discussions au Parlement. 

Avant de se heurter à l'opposition politique, le chef d'orchestre du régime "universel" de retraite n'aura pas de répit. Dans les prochains jours, il devra tenter de reprendre la main auprès des syndicats, dont une partie s'oppose frontalement à la réforme. Une moisson de manifestations attendent déjà le haut-commissaire fraîchement nommé : le 13 septembre dans les transports franciliens, le 16 au sein des professions autonomes, le 21 dans tout le pays à l'appel de FO et le 24, à l'initiative de la CGT et de Sud Rail.

On note que Jean-Paul Delevoye n'aura pas le titre de ministre ou de secrétaire d'Etat au sein du gouvernement. Sa mission devrait donc se limiter à la réforme en cours. "C'est un portefeuille qui n'est pas censé durer", a indiqué à LCI une source dans l'entourage du chef de l'Etat. Avant de préciser : "même si on ne sait pas combien de temps prendra la réforme. Peut-être deux ans, ou même jusqu'à la fin du quinquennat". 

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