Jean-Pierre Jouyet, l'ami du pouvoir

Politique
POLITIQUE – Révélé par deux journalistes du Monde, le déjeuner entre François Fillon et le secrétaire général de l'Elysée afin d'amplifier les ennuis judiciaires de Nicolas Sarkozy illustre les liens entretenus par Jean-Pierre Jouyet avec toute la classe politique.

A l'Elysée, François Hollande travaille avec son meilleur ami. Nommé secrétaire général de l'Elysée en avril 2014, au lendemain de la lourde défaite de la gauche aux élections municipales, Jean-Pierre Jouyet occupe l'un des postes les plus stratégiques de la République. Celui de dernier rempart avant l'accès direct au président de la République. Très informé, il a un bureau qui jouxte celui de François Hollande.

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Le chef de l'Etat et Jean-Pierre Jouyet se sont connus en 1980, à 23 ans. Tous deux venaient d'intégrer la prestigieuse "promotion Voltaire" de l'ENA, comme Dominique de Villepin, Ségolène Royal ou encore Michel Sapin. Le hasard a conduit François Hollande et son nouvel acolyte à faire leur service militaire dans la même caserne de Coëtquidan, en Bretagne, comme l'a rapporté Le Monde dans un portrait consacré à Jean-Pierre Jouyet en août 2014. Tout juste diplômé, François Hollande laisse à son ami sa place à la prestigieuse Inspection des finances, préférant la Cour des comptes. Chacun poursuivra sa carrière de son côté, profitant des vacances pour se retrouver avec femmes et enfants.

"Une blessure, une trahison"

La grande proximité entre les deux hommes connaîtra tout de même une fissure. En 2007, quand Nicolas Sarkozy remporte l'élection présidentielle, il nomme Jean-Pierre Jouyet au quai d'Orsay comme secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes. "Au début, quand j'étais secrétaire d'Etat, je lui envoyais des SMS, il ne me répondait pas, je ne comprenais pas pourquoi. Il ne m'a plus parlé du jour au lendemain […]. Comme il s'agissait des affaires européennes, je pensais que le poste était uniquement technique, je n'avais pas vu l'aspect politique", concède aujourd'hui au Monde l'actuel secrétaire général de l'Elysée.

"Pour lui, c'était une blessure, une trahison, je l'ai compris trop tard. Si j'avais su que ça le peinerait à ce point, je n'aurais jamais accepté ce poste." Il quitte le gouvernement en 2008 à l'occasion d'une nomination à la tête de l'Autorité des marchés financiers. Avec François Hollande, les liens se ressoudent aussitôt : "Tout est redevenu comme avant avec François. Les dîners, les vacances, les réveillons du Jour de l'an."

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Cet aller-retour entre la droite et la gauche se produit également sur le plan privé. Dans l'appartement du couple Jouyet, rue Raynouard (XVIe arrondissement), le Tout-Paris politique et économique se succède pour des dîners très prisés. L'ex-ministre UMP Rachida Dati y croise des PDG du CAC 40 tandis que François Hollande s'y réfugie parfois les vendredis ou samedis soir lorsqu'il se sépare de Valérie Trierweiler. Lorsqu'ils sont tous attablés, Brigitte Taittinger-Jouyet n'hésite pas à déclarer qu’elle est "de droite". "Emmanuel Macron [l'actuel ministre de l'Economie, conspué par l'aile gauche du PS, ndlr] est plus à gauche que moi", répond alors son mari, qui n'est pas encarté.

"Je l'ai gêné une fois, cela n'arrivera plus jamais"

Sa proximité avec la droite n'a pas empêché Jean-Pierre Jouyet de rejoindre François Hollande à l'Elysée. "L'aboutissement de [s]a vie publique et d'une vie avec lui", détaillait-il au Monde cet été. "Pendant les réunions, je suis secrétaire général, après je redeviens le copain, on sépare ce qui est public et ce qui est privé de façon plus simple que ce que je croyais", jure Jean-Pierre Jouyet, encore touché par l'incidence de sa nomination auprès de Nicolas Sarkozy en 2007. "Je l'ai gêné une fois, cela n'arrivera plus jamais", promettait-il il y a trois mois. L'imbroglio dans lequel l'a plongé la révélation de l'organisation d'un déjeuner entre lui et François Fillon dément cette promesse.

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