Justice, politique, administratif : les trois volets de l'affaire Benalla

ENQUÊTE - Une semaine après les premières révélations de l'affaire Benalla, celle-ci semble se scinder en trois volets : le premier lié à ce qui entoure le 1er mai, le deuxième sur la place de Benalla à l'Élysée, et le troisième lié à l'usage des bandes de vidéosurveillance volées.

Après une semaine d'auditions à l'Assemblée nationale et au Sénat, l'affaire Benalla semble prendre trois directions distinctes, reliées néanmoins entre elles par certains protagonistes. Une affaire à tiroirs, donc, avec un volet judiciaire et administratif lié aux événements du 1er mai, un volet politique lié au rôle d'Alexandre Benalla au sein de l'Élysée, et un troisième volet judiciaire et politique lié à l'utilisation des images de vidéosurveillance volées.

Le volet judiciaire et administratif : les événements du 1er mai

C'est le point de départ de l'affaire Benalla. Ce premier volet interroge la légalité des actes d'Alexandre Benalla et de Vincent Crase, le 1er mai, sur la place de la Contrescarpe et les raisons pour lesquelles ils se sont retrouvés présents en tant qu'observateurs - et équipé d'insignes policiers dans le cas de Benalla - sans y avoir été autorisés par la hiérarchie de la préfecture de police.


La justice est saisie concernant ces faits : Alexandre Benalla a été mis en examen des chefs de "violences en réunion n'ayant pas entraîné d'incapacité temporaire de travail", "immixtion dans l'exercice d'une fonction publique en accomplissant des actes réservés à l'autorité publique" et "port et complicité de port prohibé et sans droit d'insignes réglementés par l'autorité publique". Vincent Crase est pour sa part mis en examen pour "violences en réunion n'ayant pas entraîné d'incapacité temporaire de travail, immixtion dans l'exercice d'une fonction publique en accomplissant des actes réservés à l'autorité publique et port prohibé d'arme de la catégorie B". Un cadre de la Direction de l'ordre public (DOPC), Laurent Simonin, a pour sa part été mis en examen (entre autres) pour "complicité de port illégal d’insigne", car il est suspecté d'avoir fourni à Benalla le brassard policer que ce dernier arborait le 1er mai. 


L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a également ouvert une enquête administrative sur ces faits, à la demande du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Elle devait rendre son rapport ce vendredi. Un point important reste à éclaircir dans ce volet. Alors qu'il apparaît que Laurent Simonin aurait invité Benalla à accompagner les policiers en tant qu'observateur, plusieurs protagonistes affirment que le directeur de la DOPC, Alain Gibelin, subordonné direct du préfet de police de Paris, était au courant de cette venue avant le 1er mai.

Le volet politique : la position de Benalla à l'Élysée

Très vite, l'affaire Benalla s'est cristallisée sur ce volet, où il n'est pas question d'infraction pénale, mais de relations de pouvoir au sein de l'Élysée. À de nombreuses reprises, les commissions d'enquête parlementaires à l'Assemblée et au Sénat ont interrogé le véritable rôle d'Alexandre Benalla auprès d'Emmanuel Macron. Des questions qui émergent en raison du décalage entre la fonction officielle d'Alexandre Benalla, décrite par la hiérarchie élyséenne, et les différents éléments montrant qu'il outrepasse ce rôle.


Dans le détail, il s'agit de comprendre pourquoi Alexandre Benalla disposait d'un permis de port d'arme alors que son rôle officiel est de coordonner différents services en cas de déplacement du Président. Autre question : pourquoi est-il le seul chargé de mission à l'Élysée à disposer d'un appartement sur le site du Quai d'Orsay, dont il a reçu les clés après sa rétrogradation qui ne le conduisait plus qu'à accompagner les déplacements privés du chef de l'Etat et à gérer des événements internes au palais.


La question de la légèreté et de l'effectivité de la sanction infligée à Benalla dans les jours qui suivent le 1er mai se pose également. La sanction telle qu'elle a d'abord été annoncée - 15 jours de mise à pied sans salaire et une rétrogradation - est déjà jugée très légère par certains. Mais il apparaît que Benalla a finalement pu travailler sur plusieurs gros événements publics, et qu'il a touché son salaire, car seul son reliquat de congés lui a finalement été retranché. En bref, Alexandre Benalla a-t-il été "protégé", comme l'affirme la journaliste Ariane Chemin, qui a révélé l'affaire ?

Le volet politico-judiciaire : qu'est-il arrivé aux images de vidéosurveillance volées ?

C'est un volet présent dès le début de l'affaire, mais qui a pris une ampleur surprenante à partir le jeudi 26 juillet. Il apparaît d'abord que plusieurs policiers pourraient être impliqués dans le recel d'images de vidéosurveillance enregistrées le 1er mai sur la place de la Contrescarpe. Ces trois policiers, dont Laurent Simonin, sont mis en examen pour "détournement d'images issues d'une vidéo protection" et "violation du secret professionnel", car soupçonnés d'avoir fourni à Alexandre Benalla ces images le mercredi 18 juillet (jour de la révélation de l'affaire dans Le Monde) afin qu'il assure sa défense.


Alexandre Benalla est pour sa part mis en examen pour "recel de violation du secret professionnel" et "recel de détournement d'images issues d'un système de vidéo protection". C'est d'ailleurs pour ces nouvelles accusations que l'Élysée a fini par le licencier le vendredi 20 juillet. 


À ce jour, l'aspect judiciaire de cette "deuxième affaire" de trafic de vidéo s'arrête ici. Mais, jeudi 26, il est révélé que l'Élysée a eu en sa possession les bandes de vidéosurveillance. "L'un des fonctionnaires en cause reconnait avoir tenté de récupérer, dès le jeudi 19 juillet au matin, les bandes auprès d'Alexandre Benalla. Ce dernier leur aurait alors expliqué ne plus les avoir en sa possession et les avoir remises à Ismaël Emelien, conseiller spécial du président de la République", indique BFMTV. L'Élysée admet avoir eu en sa possession la vidéo, visionnée par plusieurs membres du cabinet. Mais affirme avoir contacté au plus vite la justice quand le cabinet s'est rendu compte de l'origine illégale des images. 


Plus tard, ce même jeudi 26, Benalla accuse dans Le Monde l'Élysée d'avoir tenté "diffuser" la vidéo "et de la fournir à des gens, pour montrer la réalité des faits". Et dans la soirée, Mediapart révèle que des comptes Twitter pro-LaREM ont diffusé sur Twitter puis supprimé le 19 juillet ces images de vidéosurveillance.

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