L'affaire Benalla n'est "pas un sujet" ? La communication du camp Macron à l'épreuve des chiffres

Politique
BULLE OU PAS - Les Français se désintéressent de l'affaire Benalla, juge l'exécutif lorsqu'on l'interroge sur les agissements de son collaborateur et les accusations qui lui sont faites de l'avoir couvert. Ce n'est pourtant pas ce que disent certaines statistiques.

"Je peux vous confirmer que les gens, au marché, sur le terrain, dans les parcs pour enfant, dans les forêts, ce n'est pas un sujet  qui les intéresse. Ils en ont entendu parler, ils peuvent l'évoquer brièvement, mais les sujets de préoccupation, c'est comment je trouve du travail, comment je fais garder mes enfants, comment j'achète quoi, avec quoi ?"


Cette saillie, signée Marlène Schiappa mercredi 25 juillet sur France Info, résume une partie de la communication de l'exécutif et de la majorité depuis le 18 juillet. A en croire les fidèles d'Emmanuel Macron, l'affaire Benalla n'en serait pas vraiment une, et les Français s'en désintéresseraient. 

Ce qu'espérait d'ailleurs un conseiller d'Edouard Philippe qui, dans Le Parisien, assurait que l'affaire Benalla ne "faisait le buzz que dans le microcosme parisien". Un argumentaire repris par Emmanuel Macron lui-même lors de son déplacement, le soir même, à Bagnères-de-Bigorre.


"Arrêtez de vous exciter comme ça sur cette affaire ! [...] J'ai tout dit sur cette affaire. Les gens, est-ce qu'ils parlent de ça ? [...] Les gens, ils sont fatigués par la chaleur. ll faut du calme", a commenté le président dans une séquence le même jour.

"Il n'y a que vous que ça intéresse", avait-il encore répondu à LCI le lendemain des révélations du Monde, à l'occasion d'un déplacement en Dordogne. Que les journalistes ? Pourtant, si les professionnels de l'information se penchent en effet intensément sur l'affaire, trois éléments viennent contredire l'appréciation du président et de sa secrétaire d'Etat.

Réseaux sociaux et recherches internet

Ainsi que l'indiquait le chercheur Nicolas Vanderbiest, le volume de tweets sur les premiers jours de l'affaire, du 18 au 23 juillet (1,5 million, ndlr) a, de très loin, dépassé, ceux déclenchés avec d'autres hashtags "MeToo" (en France, ndlr), "BalanceTonPorc" et même "JeSuisCharlie". Par ailleurs, comme aperçu sur les Google Trends, qui recense les recherches sur le célèbre moteur, l'intérêt pour Alexandre Benalla concurrence sans problème la recherche "Tour de France" et bat à plate couture celles sur Christophe Froome et la canicule.

Audiences en flèche

Les différentes auditions des protagonistes de l'affaire Benalla par les commission d'enquête de l'Assemblée nationale et du Sénat ont permis à leurs diffuseurs, chaînes d'information en continu - dont LCI - et médias parlementaires (LCP, Public Sénat), de voir leurs audiences prendre un sérieux coup de fouet. Un signe : LCP, la chaine parlementaire a battu un record d'audience pour la diffusion des auditions d'une commission d'enquête à l'Assemblée nationale à l'occasion de la venue de Gérard Collomb. 

Sondages unanimes

La mesure de l'intérêt du public se juge aussi aux réponses données par les personnes interrogées lors des sondages. Selon la mesure d'OpinionWay pour LCI, 59% des Français ont considéré qu'elle revêtait bien le caractère d'une affaire d'Etat, et 72% qui jugent l'affaire "très grave".

 Pour une étude BFM-Elabe, 80% des Français, toutes catégories sociodémographique et politique confondues, ont été choqués par l'affaire. Enfin, le premier sondage, paru dans Le Point a fait état des effets pour la popularité d'Emmanuel Macron : - 4 points depuis par rapport à juillet 2018, ce qui ne donne plus que 32% de Français à faire confiance au président. Un chiffre à relire au regard d'un autre, donné dans le sondage LCI, selon lequel 70% des Français l'estiment incapable d'unir les Français.

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