"L'APL favorise la hausse des loyers" : l'argument de la majorité en faveur de la baisse de ces aides est-il crédible ?

Politique
DÉCRYPTAGE - La baisse des aides au logement agite le cénacle politique et ceux qui en bénéficient depuis son annonce, samedi 22 juillet. En creux, c'est aussi l'économie du logement qui est analysée, au vu d'un effet remarqué.

C'est le débat qui agite la sphère politique et l'ensemble de la société depuis que, samedi 22 juillet, le gouvernement a confirmé que les aides au logement baisseraient de cinq euros par mois à compter d'octobre prochain, pour économiser environ un demi-milliard d'euros sur l'ensemble de la prochaine année 2018. Mais au-delà du débat comptable et de l'effort que représente cette somme en moins pour les foyers concernés les plus modestes, c'est aussi l'argument déployé par des soutiens de la mesure qui pose question.

Loi de l'offre et de la demande

"Les APL ont fait preuve de leur inefficacité et ont conduit à une inflation des loyers", indiquait ainsi le 23 juillet sur France Inter Jean-Noël Barrot, le député MoDem de la 2e circonscription des Yvelines. Un argument repris le 25 juillet par le ministre de la Cohésion des Territoires Jacques Mézard, qui d'ailleurs n'hésite pas à qualifier ce système d'allocation de "pervers". "D'après les études, quand on met un euro de plus aux APL, ça fait une hausse de 75 centimes des loyers." 


Un argument tout droit tiré de quelques études, dont l'une publiée sur l'Insee, en 2012, et qui répond à la logique suivante : les locataires étant en situation de payer un loyer plus élevé, demandent à accéder à des appartements de meilleur standing. De cette façon, selon l'ancestrale loi de l'offre et de la demande (qui veut que le prix d'un bien augmente quand le nombre de demandeurs augmente plus vite que le nombre de biens disponibles), ces mêmes appartements voient leurs prix augmenter.

L'APL a bon dos

Logique, sur le papier. Mais inutile dans le contexte, selon Pierre Madec, économiste spécialiste du logement à l'OFCE. Qui fait d'abord remarquer : "Au début des années 2000, les loyers ont augmenté, en moyenne, deux fois plus vite que les aides au logement." Une façon de dire que l'APL a bon dos, comme il l'explique à LCI : "C'est un fait connu. Mais les auteurs de ces études ne disent jamais que les aides au logement, en étant baissées, favoriseraient la baisse des loyers. Par exemple, au Royaume-Uni, où l'aide au logement a baissé, les loyers n'ont pas bougé". "Evidemment, lui répond indirectement Jean-Noël Barrot. Mettez-vous à la place d'un propriétaire. Ce n'est pas parce que son locataire va voir son APL baisser qu'il fera baisser le loyer. D'ailleurs, encore faudrait-il qu'il sache que son locataire touche l'APL."


En d'autres termes, l'accessibilité et la chèreté du logement ne prendront pas fin avec la baisse des APL. "Ce qui pourrait faire baisser les prix, avance Jean-Noël Barrot, c'est d'augmenter les offres de logement dans les zones tendues." Comme ces fameux 200.000 logements vides ou sous-occupés à Paris ? "Il faut inciter les propriétaires à mettre en location, mais on doit aussi s'attaquer à la rénovation des passoires thermiques", diagnostique le député MoDem. 

Et l'encadrement des loyers ?

Un constat sur lequel le rejoint Pierre Madec, en insistant sur "la production de logements abordables". Mesure qu'il suggère d'accompagner d'un autre dispositif, l'élargissement de la loi Alur, qui oblige, à Paris et à Lille, pour lutter contre les loyers abusifs, à les encadrer. "Ses premiers résultats sont très positifs et n'ont pas produit d'effet de blocage chez les propriétaires." 

Ce qui aurait aussi le mérite de bloquer le fameux effet inflationniste observé sur les loyers. 


La proposition est toutefois regardée avec méfiance par Jean-Noël Barrot, qui craint un effet de découragement chez les investisseurs locatifs : "Spontanément, j'ai une réserve [...]. La personne qui a acheté sa maison ou son appartement il y a deux ans pourrait être influencée dans sa décision si on lui dit d'encadrer." Des investisseurs qui, fait remarquer Pierre Madec, bénéficient pourtant de nombreuses aides à l'achat, comme le dispositif Pinel, 240 millions d'euros en défiscalisation l'année de sa création en 2014. "Il serait plus facile d'aller chercher les 400 millions d'économies du gouvernement dans ce dispositif. Ou alors, il faut assumer que ces économies seront supportées par les populations les moins favorisées."

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