L'appel de Christian Estrosi à s'allier à Emmanuel Macron salué par... le RN

Le maire de Nice Christian Estrosi le 30 août 2019
Politique

PRESIDENTIELLE - Le maire de Nice a appelé la droite à passer une alliance avec Emmanuel Macron en vue de la présidentielle 2022. Si la proposition de Christian Estrosi ajoute aux divisions de sa famille politique, elle est applaudie par le RN qui y voit une "clarification". Des voix au gouvernement ont salué cette "main tendue".

Christian Estrosi a lancé mardi une petite bombe sur le terrain déjà miné de la droite. Dans une interview au Figaro, le maire de Nice a appelé sa famille politique à "passer un accord avec Emmanuel Macron" en vue de l'élection présidentielle de 2022. 

"A droite, nous avons connu des candidats qui s'imposaient naturellement comme Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, voire Edouard Balladur, mais aujourd'hui, il n'y en a pas. Ce temps est fini", juge l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy dans cet entretien au Figaro. "Il existe beaucoup de talents chez nous, mais, soyons honnêtes, aucun d’entre nous ne s’impose pour concourir à la présidentielle", poursuit-il. "Le fonctionnement de nos appareils politiques ne leur donne aucune chance de succès."

"Pour ne pas gâcher tous les talents de la droite", conclut-il, "passons un accord avec Emmanuel Macron pour qu’il soit notre candidat commun à la présidentielle et que ceux-ci puissent participer au redressement de notre pays. Bien évidemment, il y a des conditions et cela doit se faire sur la base d’un projet commun."

Une "blague de mauvais goût"

La prise de position de Christian Estrosi a été diversement appréciée dans sa famille politique, notamment sur l'aile droite du mouvement. "Si c'est une blague, elle est de mauvais goût", a commenté le sénateur LR Alain Houpert, qui avait parrainé la candidature de Laurent Wauquiez pour la présidence du parti en 2017. Le député du Lot Aurélie Pradié, figure de la nouvelle génération LR, a fustigé les propos du maire de Nice, l'accusant de "pactiser" et de remplacer "l'honneur" par "la lâcheté". 

"Avec Hollande, voilà déjà huit ans que Macron enfonce la France dans la décadence... Alors jamais !", a rétorqué pour sa part l'ancienne sarkozyste Nadine Morano. 

Plus mesuré, le sénateur Roger Karoutchi - proche historique de Nicolas Sarkozy - a appelé sur Twitter le maire de Nice à la prudence politique. "Christian Estrosi dit, à 20 mois de l'élection, que la droite n'a pas de candidat capable de gagner et qu'il faut rallier Macron. C'est oublier que celui-ci, à 4 mois de l'élection de 2017, n'avait aucune chance. Et sur la sécurité, l'immigration, l'autorité de l'Etat, quoi de commun ?"

"Ce n'est pas le moment", a également répondu prudemment le député du Nord Daniel Fasquelle. "Que la droite travaille d'abord sur son programme et sur son candidat en sachant qu'Emmanuel Macron n'est pas le candidat naturel de la droite."

"J'ai un léger désaccord d'analyse avec Christian Estrosi", a ironisé pour sa part François Baroin, possible candidat pour la droite, selon des propos relatés par Le Parisien. "Sur le fond, on n'aurait pas fait la même politique, ultra-technocratique, centralisatrice..."

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Une sortie saluée par le RN

Si la proposition ne réjouit pas une droite déjà éclatée en différentes chapelles, est a été accueillie avec une certaine satisfaction à l'extrême droite, où l'on veut déjà se préparer à une réédition du duel de second tour de 2017. "Oui, toute clarification est bienvenue", lui a ainsi lancé le vice-président du RN Jordan Bardella. "Laissez les électeurs LR choisir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Vous avez raison, le parti LR est désormais de trop." Le conseiller de Marine Le Pen Franck Allisio, ancien LR passé au RN en 2015, a également jugé qu'une telle clarification permettrait "aux électeurs de faire un vrai choix entre Marine et Macron". "Au moins, il est clair", s'est aussi réjouit Thierry Mariani, ancien ministre sarkozyste passé au RN. "L'histoire est écrite : voter Macron dès le premier tour ou au second tour. Aux militants, reste le choix de s'y résigner ou de rejoindre Marine Le Pen."

Le maire de Béziers Robert Ménard a fustigé de son côté "l'archétype de cette droite châtrée qui ne cherche plus qu'à singer son maître", une "droite capitularde" qui n'a "plus d'idées depuis 40 ans". "Tant mieux finalement, on va enfin pouvoir reconstruire", a-t-il conclu. 

Roselyne Bachelot appelle à "saisir" la main tendue

Si les réactions sont jusqu'ici timides au sein de la majorité, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, a jugé sur LCI qu'il fallait "saisir" la main tendue par le maire de Nice, car "il faut vraiment combattre ensemble parce que le pays est dans de grandes difficultés". 

"On tend la main à toutes les bonnes volontés, à tous ceux qui ont envie de nous aider", a également répondu le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, sur France Info. "Je suis toujours satisfait quand des personnalités qui aujourd'hui ne font pas partie de la majorité, apportent leur soutien au président de la République, mais pour moi, l'important c'est de soutenir l'action qui est menée, la question de la présidentielle n'est pas à l'ordre du jour aujourd'hui", a toutefois prévenu le secrétaire d'Etat issu de la gauche. 

Beaucoup plus circonspect, le vice-président LaREM de l'Assemblée nationale Hugues Renson, lui-même issu de la droite chiraquienne, a vu dans la proposition de Christian Estrosi une candidature "au prix de l'humour politique". Illustration des importants débats internes à venir au sein de la majorité sur les alliances en vue des échéances électorales, le macronisme étant né du dépassement des clivages. 

Lors des élections municipales, la majorité avait hésité un temps à présenter un candidat à Nice, avant de laisser le champ libre au maire sortant. Christian Estrosi a pris soin, de son côté, de maintenir le dialogue avec le gouvernement depuis 2017. Preuve qu'il a toujours l'oreille attentive de l'exécutif, il a obtenu du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, en juillet, un important renfort de police au lendemain d'une fusillade dans un quartier de sa commune. 

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