L'Assemblée nationale vote contre la vente de protoxyde d'azote aux mineurs

Des capsules de protoxyde d'azote jonchant le sol

NOUVELLES DROGUES - L'Assemblée nationale a adopté ce jeudi en première lecture une proposition de loi contre l'usage "détourné et dangereux" de produits courants, notamment le protoxyde d'azote, un gaz euphorisant à risque.

"C'est de la mort en capsule." Dès 2019, Dominique Baert, maire de Wattrelos (Nord) prenait un arrêté municipal pour interdire la vente et la possession du protoxyde d'azote aux mineurs. L'élu, depuis imité par de nombreux édiles, dénonçait alors les effets nocifs de cette nouvelle drogue, de plus en plus en vogue chez les jeunes. Alors que les avertissements se multipliaient, notamment de l'Anses, l'Assemblée nationale a adopté ce jeudi, à l'unanimité en première lecture, un texte visant à lutter contre l'usage détourné des produits courants, en tête desquels figure le protoxyde d'azote. 

La proposition de loi votée fin 2019 au Sénat ciblait à l'origine le seul protoxyde d'azote, ou "gaz hilarant", mais a été élargie à "la lutte contre les usages détournés et dangereux" de produits de consommation courante par les jeunes. Les députés se disent notamment favorables à la mise en place d'une amende de 15.000 euros pour sanctionner "le fait de provoquer un mineur à faire un usage détourné d’un produit de consommation courante pour en obtenir des effets psychoactifs, même non suivi d’effet". 

Pour ce qui est du protoxyde d'azote en particulier, le texte entend mettre en place une interdiction de "vendre ou d’offrir gratuitement à un mineur du protoxyde d’azote, quel qu’en soit le conditionnement". Les sites de commerce en ligne devront de leur côté spécifier l’interdiction de vente aux mineurs de ce produit.

Des conséquences parfois graves pour la santé

Depuis plusieurs années, ces petites capsules, habituellement utilisées dans les siphons de chantilly, connaissent un succès grandissant auprès des jeunes en quête d'un produit euphorisant rapide. Une nouvelle drogue d'autant plus accessible qu'elle demeure en vente libre dans le commerce et sur internet. "Ça a un effet désinhibant, hilarant assez immédiat, mais qui cesse très vite", expliquait il y a quelques mois à TF1 Jean-Raphaël Bourge, de l'association Action Barbès. 

Pourtant, ce produit peut également être à l'origine d'effets secondaires nocifs. "Ce qu'on est en train d'observer est assez inquiétant : les jeunes ont sûrement la sensation de ne pas être en danger en consommant ce gaz, alors que c'est exactement le message contraire qu'il faut faire passer", souligne la toxicologue Cécilia Solal. De nombreux symptômes ont déjà été observés en cas d'usage abusif : asphyxie, perte de connaissance, brûlures de froid, de détresse respiratoire ou même des paralysies. 

Selon une étude de l'Anses, entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2019, 66 intoxications au protoxyde d'azote ont été enregistrées (plus de la moitié des patients avait entre 20 et 25 ans). Parmi eux, 42 présentaient "au moins un symptôme neurologique ou neuromusculaire" (tremblements, fourmillements, contractions involontaires...) et cinq personnes ont été confrontées à "des symptômes de gravité forte", dont des convulsions. 

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Face à ce phénomène, les parlementaires ont donc finalement décidé de passer à la vitesse supérieure. "C'est un vrai enjeu de santé publique", souligne Agnès Firmin-Le Bodo (groupe Agir). "Ce fléau sévit sur l'ensemble du territoire", ajoute la députée Isabelle Florennes (MoDem), alors que le phénomène se concentrait initialement dans le nord du pays.  Le texte modifié doit désormais repartir au Sénat.

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