L'interpellation violente d'un producteur à Paris suscite l'indignation dans l'opposition comme dans la majorité

Cette affaire dans laquelle l'image joue un rôle important, intervient au moment même où le gouvernement envisage d'encadrer la diffusion d'images de policiers dans le cadre d'une nouvelle loi dite de sécurité globale.

RÉACTIONS - L'IGPN a été saisie après la diffusion par Loopsider d'images de l'interpellation très violente, samedi à Paris, d'un producteur de musique. L'affaire a suscité des réactions politiques de toutes parts, avec en toile de fond la controversée proposition de loi sur la sécurité globale. Gérald Darmanin sera auditionné lundi à l'Assemblée. Emmanuel Macron "suit de très près" les développements de cette affaire.

Les images, particulièrement violentes, de l'interpellation d'un producteur de musique à Paris, samedi dernier, ont provoqué de vives réactions dans la classe politique jeudi, faisant irruption dans le débat au sujet de la controversée proposition de loi sur la sécurité globale votée en première lecture vendredi dernier. 

Après la diffusion de cette scène par Loopsider, où l'on voit plusieurs policiers s'en prendre à la victime, Michel, dans son local professionnel, et proférer des insultes à caractère raciste, l'IGPN a été saisie et le préfet de police Didier Lallement a demandé, sur ordre de Gérald Darmanin, au directeur de la police nationale une suspension à titre conservatoire des policiers impliqués. 

 "Je souhaite que la procédure disciplinaire puisse être conduite dans les plus brefs délais", a réagi rapidement le ministre de l'Intérieur jeudi matin sur Twitter. Quelques heures plus tard, les policiers mis en cause ont été suspendus "à titre conservatoire". "Si la justice conclut à une faute, je demanderai la révocation des trois policiers, ils ont sali l'image de la République", a expliqué Gérald Darmanin jeudi soir sur France 2. Le ministre sera auditionné lundi par la commission des lois de l'Assemblée nationale au sujet de cette affaire. 

Le président de la République "suit de très près la situation", a indiqué l'Elysée jeudi soir, signe que la gravité des faits est perçue au sommet de l'Etat. Emmanuel Macron et Gérald Darmanin se sont entretenus à ce sujet dans la journée, précise la même source. 

Le texte sur la sécurité globale en procès

Les faits ont suscité une vague d'indignation à  gauche, qui y a vu une illustration de la nécessité de pouvoir filmer les forces de l'ordre, une possibilité que l'article 24 de la proposition de loi controversée sur la sécurité globale veut encadrer. "Insoutenable. Intolérable. Scandaleux", a ainsi dénoncé le patron du PS Olivier Faure. "Une fois encore c’est la vidéo qui permet de déjouer les mensonges et c’est pourquoi la loi sécurité globale est liberticide. Sans vidéo, Michel serait l’agresseur et les policiers la victime. Il est temps d’accepter de traiter le sujet du racisme dans la police, de retirer l’article 24 de la loi #SecuriteGlobale, de rendre l’IGPN absolument indépendante."

"Sans cette caméra, Michel aurait certainement été condamné pour agression sur des policiers", a également jugé l'ancienne ministre écologiste Cécile Duflot. "Alors qu'il s'agit ni plus ni moins que de l'inverse, en pire, une agression raciste ultraviolente, en bande, par des policiers. Nier l'existence de violences policières est une faute."

Le député LFI Jean-Luc Mélenchon a vu dans ces images la "preuve terrible du caractère vital du droit à filmer l'action policière". "Sur ces images, ce n'est pas un police républicaine mais une milice barbare hors de contrôle", a-t-il ajouté, appelant à la démission du préfet de police Didier Lallement. 

Pour l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot, elles montrent "des violences et un racisme insupportables et inacceptables dans la police de la République" que "la loi sécurité globale veut dissimuler alors que nous devons urgemment nous y attaquer". Le secrétaire nationale du PCF, Fabien Roussel, a quant à lui appelé à "réformer" la police nationale. 

"15 minutes d’inhumanité... La violence et le racisme n’ont pas de place, ni dans notre société, ni dans les rangs de nos forces de l’ordre, garants de la sécurité. Total soutien aux victimes et ferme condamnation à l’égard de ces agissements qui ne doivent plus rester impunis", a en outre réagi le député Cédric Villani. 

Des condamnations qui se sont également exprimées à droite de la droite, à l'instar du maire de Béziers Robert Ménard. Pour ce dernier, "ces images et les propos tenus par les policiers sont inacceptables, intolérables" et "il faut de l'ordre dans ce pays, mais sans injustice"

"L'Etat de droit n'est pas négociable"

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a exigé la vérité sur les faits. "Profondément choquée", l'édile socialiste a estimé que "toutes les conséquences doivent être tirées de ces faits d'une exceptionnelle gravité", affirmant que "l'État de droit n'est pas négociable". Son premier adjoint, Emmanuel Grégoire, a estimé que la saisine de l'IGPN n'était "pas suffisante", et que c'était "à la justice de se saisir de ce dossier". Ce qui est désormais le cas, une enquête pour "violences" et "faux en écriture publique" ayant été ouverte par le parquet de Paris. 

Lire aussi

Les réactions sont également venues de la majorité présidentielle elle-même, où les remous sont palpables. "À travers l'agression insoutenable de Michel, ce samedi à Paris, c'est notre humanité qui est atteinte", a ainsi jugé le chef de file des députés macronistes Christophe Castaner, ancien ministre de l'Intérieur. "Tolérance zéro contre le racisme et contre cette violence, qui n'ont pas leur place dans notre République." Pour l'eurodéputé LaREM Stéphane Séjourné, ex-conseiller d'Emmanuel Macron, "il est temps que le préfet de police fasse en sorte que ceux qui font respecter la loi la respectent eux-mêmes".

Interrogé jeudi soir sur LCI, le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti s'est dit "forcément scandalisé par ces images", promettant qu'une réponse serait "apportée à ces violences". "Il faut faire attention", a-t-il toutefois expliqué. "Dire que la République a un problème avec les violences policières ce n'est pas vrai, mais chaque violence policière est un problème pour la République." 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : "Pas d'évolution des restrictions nationales cette semaine", annonce Gabriel Attal

EN DIRECT - Trump quitte la Maison Blanche, Biden salue "un jour nouveau pour l'Amérique"

En plein couvre-feu, il tombe en panne et se fait arrêter par la BAC

La vitamine D protège-t-elle des formes graves du Covid-19 ?

Non-respect du couvre-feu : les dénonciateurs rémunérés ? Des internautes tombent dans le piège

Lire et commenter