La députée Martine Wonner, l'experte macroniste passée au mouvement antivax

La députée Martine Wonner, le 21 juillet 2021.

ITINÉRAIRE - Élue sous l'étiquette macroniste, tendance sociale, en 2017, Martine Wonner était surtout connue pour ses domaines d'expertise, la psychiatrie et la grande précarité. La crise sanitaire du Covid-19 a fait d'elle une opposante de la majorité et une égérie des opposants au vaccin et de la sphère complotiste.

Sur le papier, rien ne laissait imaginer que Martine Wonner se retrouverait un jour en tête de cortège d'un mouvement de contestation contre les mesures sanitaires et les vaccins contre le Covid-19. En quelques mois, la députée du Bas-Rhin, qui avait été élue en 2017 sous l'étiquette de la majorité présidentielle, est devenue, sur fond de pandémie de Covid-19, une égérie des mouvements antivax, fustigeant la politique sanitaire du gouvernement et relayant des informations erronées au sujet du Covid-19, reprises par la sphère complotiste. Son compte Twitter, créé en 2017, affiche plus de 66.000 abonnés. Sur Facebook, où elle relaye toutes ses prises de position, près de 30.000 abonnés et une récente conférence de presse suivie en ligne par plusieurs milliers de personnes. 

Rien de commun, en apparence, entre l'experte en psychiatrie adoubée par ses collèges de l'Assemblée nationale au début du quinquennat et cette députée portée par les réseaux sociaux, mais politiquement isolée, huée sur les bancs du Palais Bourbon, mercredi 21 juillet, après avoir appelé samedi dernier des manifestants anti-pass sanitaire à "envahir les permanences parlementaires". Une sortie qui lui a valu l'exclusion du groupe parlementaire Libertés et territoires et un appel à saisir la justice de la part du patron des députés LaREM, Christophe Castaner. 

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Novice en politique - elle ne s'est engagée officiellement qu'après l'élection d'Emmanuel Macron, Martine Wonner, 57 ans, est elle-même étroitement liée au monde médical. Titulaire d'un doctorat de psychiatrie à l'université Louis-Pasteur de Strasbourg, elle a commencé sa carrière comme médecin conseil au sein de l'Agence régionale de l'hospitalisation de Lorraine et d'Alsace. Entre 2006 et 2011, elle a occupé un poste de direction au sein de la Générale de Santé - un leader de l'hospitalisation privée - avant de devenir consultante chez Korian, une entreprise française qui gère notamment les maisons de retraite médicalisées. 

Enfin, elle a été la directrice médicale du Samusocial de Paris à partir de 2013, puis elle a intégré le groupe médical privé Sinoué - spécialisé dans la santé mentale -, avant de se présenter aux élections législatives de 2017 sous l'étiquette LaREM. Une candidate macroniste pur jus, issue de la société civile, riche de ses compétences. Parmi ses domaines de prédilection : la prise en charge des soins psychiatriques en ville, l'un de ses combats, mais aussi la lutte contre la grande exclusion, mission première du Samusocial. 

Figure de "l'aile gauche"

Au Palais Bourbon, Martine Wonner, qui se définissait en 2017 comme "libérale et sociale", s'est rapidement illustrée par ses prises de position à l'aile gauche de la majorité présidentielle. Celle qui saluait encore, en octobre 2017, "la détermination d'Emmanuel Macron" pour faire avancer l'accord européen sur les travailleurs détachés, s'est rapidement démarquée des mots d'ordre de la majorité à l'Assemblée nationale. 

Elle avait notamment fait partie des députés abstentionnistes lors du vote de la loi asile-immigration, en avril 2019, puis lors du vote de la loi anticasseurs en février 2019, jusqu'à la ratification du Ceta - l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, en juillet 2019. Tenante d'une aile progressiste chez LaREM, elle avait participé avec une vingtaine de députés à la création d'un "collectif social-démocrate" au sein de la majorité à l'été 2019. 

Alors qu'Emmanuel Macron envisageait une réforme d'ampleur de la psychiatrie, champ particulièrement malmené du système de soins, la députée avait connu ses lettres de noblesse en publiant, en septembre 2019, un rapport sur le sujet coécrit avec la députée LFI Caroline Fiat. Les deux parlementaires y décrivaient avec sévérité les retards de diagnostic, la suroccupation des lits et le recours croissant à l'hospitalisation sans consentement des patients. Le rapport suggérait notamment de "sortir la psychiatrie de l'hôpital" en redéployant les personnels de la filière vers la ville à l'horizon 2030. Les conclusions avaient d'ailleurs provoqué la colère de certains représentants des psychiatres hospitaliers, qui dénonçaient une vision "outrancièrement catastrophiste" de leur domaine d'intervention. 

Le tournant du Covid

C'est bien la crise du Covid-19 qui a soldé le divorce entre la députée et la majorité présidentielle. Déjà en porte-à-faux sur la réforme des retraites, elle avait refusé, fin avril 2020, d'adouber le plan de déconfinement présenté par l'exécutif. "Comment le législateur peut-il se prononcer en sérénité sur un plan de déconfinement fondamental pour les mois à venir, alors qu'il ne le découvrira que quelques minutes avant le vote ?" avait-elle dénoncé. 

Son vote lui avait valu, fin mai 2020, l'exclusion du groupe LaREM. "Je suis détachée de tout cela", assurait-elle alors, fustigeant "les plus libéraux" qui, au sein de la majorité, "ne pensent qu'à la reprise économique et exercent une forte pression pour mettre en œuvre le déconfinement". Mais ce divorce semble scellé quelque chose. 

La députée trouve refuge quelque temps au sein du groupe Écologie, démocratie, solidarité conduit par Matthieu Orphelin, mais elle le quittera à nouveau, le député écologiste lui ayant demandé de retirer des tweets "problématiques", "relayant un site d'extrême droite" ou "laissant entendre que les articles du Monde sont orientés pour faire vendre des vaccins à Bill Gates".

Dérapages en série

Martine Wonner intègre alors le groupe Libertés et territoires, mais une partie de son combat se mène désormais hors du Palais-Bourbon. Avec son collectif Laissons les médecins prescrire, elle prend le contrepied de la majorité des experts en défendant l'hydroxychloroquine dans le traitement du Covid, vante un protocole médical alternatif jugé dangereux qui lui vaudra une plainte d'un collectif de médecins auprès de l'Ordre des médecins ou accuse des soignants utilisant le Rivotril, un médicament utilisé en soins palliatifs, de "crime contre l'Humanité". À la tribune de l'Assemblée, elle refuse le masque et arbore une visière non réglementaire. Surtout, elle fustige les vaccins à ARN messager, allant jusqu'à affirmer que "seul le vaccin chinois fonctionne". 

"Elle a viré presque complotiste, personne ne la regrette", expliquait récemment une source parlementaire à l'AFP. "Elle est trop contente qu'on lui fasse de la publicité, même négative." Son ancien employeur, le Samusocial de Paris, tient à préciser à LCI qu'il "ne partage pas ses positions et met au contraire tout en œuvre pour sensibiliser les personnes en situation de précarité à la vaccination". 

Il n'empêche : privée de groupe parlementaire, critiquée par la quasi-totalité de ses collègues, Martine Wonner ne cesse de gagner en audience dans les sphères antivax. Au point de vouloir, désormais, créer son propre mouvement, "Ensemble pour les libertés", avec cette première proposition : "dissoudre les partis politiques"

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