La droite a été la seule à réformer les retraites ? C'est faux

Initiée par la socialiste Marisol Touraine, la réforme des retraites initiée en 2013 avait conduit à des manifestations à travers le pays.

MÉMOIRE COURTE - Chef de file des députés LR, Damien Abad milite pour une réforme des retraites. Il a assuré que la droite était la seule à avoir osé s'attaquer à cette question ces dernières décennies. Les faits viennent pourtant le contredire.

À la tête du groupe Les Républicains de l'Assemblée nationale, le député de l'Ain Damien Abad a un avis tranché sur les chantiers à mener. Interrogé ce jeudi par France Info, on lui a demandé s'il réformerait les retraites à la place du gouvernement actuel. Sans hésitation, il a répondu par l'affirmative. "Bien entendu, il fallait même le faire avant", a-t-il lancé, enjoignant Jean Castex et ses ministres à l'action.

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L'élu a poursuivi son intervention en mettant en avant le volontarisme de sa famille politique, assurant qu'il y "a 18 mois que les Républicains ont présenté un contre-projet sur la table". Et d'ajouter que "les seuls qui ont réformé les retraites jusque-là, c'est la droite". Selon lui, "ça a toujours été la droite, car il faut avoir ce courage politique là", une affirmation trompeuse puisque les gouvernements successifs engagent presque toujours une réforme des retraites, y compris lorsque la gauche est au pouvoir. 

La dernière en date portée par les socialistes

Suite à cette déclaration, Damien Abad s'est rapidement vu rétorqué que les socialistes avaient eux-aussi engagé une réforme des retraites lorsqu'ils étaient à la tête de l'État. Sous la mandature de François Hollande, un texte porté par la ministre Marisol Touraine avait en effet été défendu puis adopté, en 2014. Parmi les points clés de cette réforme figurait l'augmentation progressive de la durée de cotisation en vue d'obtenir une retraite à taux plein. De l'ordre d'un trimestre tous les 3 ans, jusqu'à atteindre 43 ans à l'horizon en 2035 (contre 41,5 ans avant la réforme).

Sur le site du gouvernement, on trouve encore aujourd'hui une publication mettant en lumières certains aspects de cette évolution législative. "Entré en vigueur le 1er janvier 2015, le compte pénibilité est une mesure forte de la loi", peut-on notamment lire, et "prend en compte 10 facteurs de pénibilité pour aménager le parcours du travail avant la retraite". Par ailleurs, "les petites retraites (moins de 1.200 euros) bénéficieront de plus d'une prime exceptionnelle. Depuis le 1er septembre 2015, le droit opposable à la retraite est entré en vigueur : les futurs retraités du régime général toucheront leur dû automatiquement et sans délai."

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Lorsque l'on remonte dans le temps, on constate également que sous la présidence de François Mitterrand, une réforme des retraites avait été conduite.En période de cohabitation, le texte avait cependant été porté par Edouard Balladur, alors Premier ministre. Dans les grandes lignes, il s'agissait surtout de porter progressivement de 37,5 ans à 40 ans (de 150 à 165 trimestres) la durée de cotisation pour les salariés du secteur dans le privé pour une retraite à taux plein.  Une décote de 10 % par année de cotisation manquante se voit également créée.

Un sujet de préoccupation majeur à droite

Si Damien Abad affirme à tort que la droite est la seule à s'attaquer à des réformes de notre système de retraite, il faut toutefois  reconnaître que les gouvernements successifs dirigés par des le RPR ou l'UMP ont régulièrement cherché à légiférer sur le sujet. Alors à Matignon, Alain Juppé a défendu en 1995 un plan de redressement de la Sécurité sociale. Ce dernier prévoyait entre autres de réformer les retraites des agents de l'État ou des services publics. Les grèves massives inciteront le chef du gouvernement à reculer sur la question des retraites, tout en défendant malgré tout les autres mesures prévues initialement.

En 2003, François Fillon est quant à lui arrivé à ses fins. Défendant une volonté de rééquilibrage du système, la réforme allongeait de la durée de cotisation, portée à 40 ans en 2008 pour les fonctionnaires. De quoi aligner ces derniers sur le régime général. Le texte prévoyait  aussi de faire évoluer ces années de cotisations en fonctions des potentiels gains d'espérance de vie dans le futur.

Sous Nicolas Sarkozy, notons enfin que deux réformes ont été menées sur la question de retraites. En 2007 tout d'abord, portant sur les  régimes spécifiques aux sociétés de service public (qu'il s'agisse d'EDF, de la RATP, de la Banque de France ou de la SNCF). Elle a été suivie en 2010 par un texte de plus grande portée, défendu par Eric Woerth. Il entérinait le principe d'une retraite à 60 ans, en vigueur depuis les années Mitterrand. Pour sa part, l'âge légal de départ s'est vu reculé de deux ans, pour aboutir peu à peu à 62 ans. De même pour l'âge du départ à taux plein, défini à 67 ans en 2022.

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