La France a-t-elle le déficit public le plus élevé de la zone euro ?

Politique
TROU DANS LA CAISSE - Le député LR, Guillaume Larrivé, affirme que la France a le déficit public le plus élevé de la zone euro. "A La Loupe" a sorti sa calculatrice pour comparer les finances publiques de la France et de nos voisins européens.

Sans surprise, la politique actuelle du gouvernement ne convainc pas les Républicains. Peu avant le discours de politique générale du Premier ministre, Guillaume Larrivé avait ainsi déjà fait son choix : il voterait contre. Au micro de BFMTV, il justifiait notamment sa décision par le manque de gestion des finances publiques d'Edouard Philippe et ses ministres. "La France a le déficit public le plus élevé de la zone euro, a-t-il lâché. La situation de la dette nécessite de revoir la périphérie de l'action de l'Etat. Nous sommes dans les mains de nos créanciers financiers."


Un discours qui n'est pas nouveau au sein de son parti. Le mois dernier, la conseillère nationale LR Marie Andria s'offusquait sur Twitter : "Selon la Commission européenne (7 mai 2019), la France a cette année le déficit public le plus élevé de tous les pays de la zone euro (-3,1% du PIB). Cela n'était jamais arrivé. C'est le résultat d'une politique de gribouille."

Que nous disent les chiffres ? Tout d'abord, les derniers chiffres officiels disponibles ne permettent pas de connaître de manière certaine le déficit public sur 2019, il ne s'agit que de projections. Ce que l'on connaît avec exactitude concerne les années 2018 et antérieures. Selon l'Insee, la France a connu l'année dernière un déficit de 59.563 milliards d'euros, soit 2,5% du PIB. Si le pays reste en deçà de la barre fatidique des 3%, il fait tout de même figure de mauvais élève que ce soit dans la zone euro, où la moyenne affiche un excédent budgétaire de 0,5% du PIB, mais également dans l'ensemble de l'Union européenne (+0,6%). 


Pour pouvoir se comparer à nos voisins européens, on s'attache au pourcentage du PIB (le PIB fluctuant en fonction de la taille des pays). Seuls Chypre (membre de la zone euro) et la Roumanie (hors zone euro) montrent un déficit supérieur au nôtre avec respectivement 4,8% et 3% du PIB, d'après les données fournies par Eurostat. Nous sommes à égalité avec l'Espagne (2,5% également), l'Italie n'est pas loin avec 2,1%. Le Royaume-Uni affiche quant à lui un déficit public de 1,5% du PIB, la Grèce de 1,1%, le Portugal de 0,5%. L'Allemagne est à l'inverse excédentaire (+1,7%), tout comme la Belgique (0,7%).

La France a déjà fait bien pire

Ferons-nous pire en 2019 ? C'est effectivement ce que craint la Commission européenne, qui projette, au vu du programme de stabilité de la France, que ce déficit atteigne 3,1%. Chypre devrait elle être toute proche en baissant son déficit de 4,8 à 3%. L'Espagne devrait rester stable.


Il convient toutefois de noter que ce déficit estimé de 3,1% est loin d'être un record. Sans tenir compte de l'après crise économique de 2008 - époque à laquelle le déficit s'est envolé : 7,2% en 2009 jusqu'à redescendre progressivement et passer sous le seuil des 3% en 2017 (2,8%) -, la France a déjà enregistré des déficits publics supérieurs à 3% par le passé, notamment de 2002 à 2005, comme le dévoile le tableau ci-dessous.

Enfin, si l'on compare les déficits publics entre pays, il convient également de s'intéresser à la dette publique. En 2018, la France cumule 2315,3 milliards d'euros de dette, soit 98,4% du PIB. Ce taux a grimpé en flèche depuis 2008 (68,1%). Cette fois, nous comptons davantage de "mauvais" élèves parmi nos voisins de la zone euro. La grande "championne" est sans surprise la Grèce (181,1% du PIB), suivie de l'Italie (132,2%), du Portugal (121,5%), de Chypre (102,5%), de la Belgique (102%) et de l'Espagne (97,1%).


Nous figurons toutefois en queue de peloton, la moyenne de l'ensemble de la zone euro étant située à 85,1% du PIB et pour l'ensemble de l'UE à 28 à 80%. Un taux qui a perdu 2 points depuis 2017.

Pour se rassurer, il faut se tourner de l'autre côté de l'Atlantique : "Les États-Unis ont vu leurs dépenses publiques progresser de près de 110 % entre 2000 et 2017, contre une hausse de 70 % pour la France", souligne Nicolas Goetzmann dans les colonnes du Figaro. Selon ce spécialiste de la macroéconomie, tout "l’enjeu est de faire en sorte que le PIB augmente plus vite que la dépense".  


A ce niveau, les projections ne sont pas très heureuses. La France devrait enregistrer 1,3 point de croissance en 2019, soit un peu moins qu'en 2018 (1,5%). L'Allemagne devrait de con côté glisser de 1,5% de croissance à 1,1 quand l'Italie risque de chuter à 0,2% (contre 1% en 2018).

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