La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon bientôt confrontés à leurs premiers frondeurs ?

Politique
REPORTAGE - Des militants et sympathisants insoumis réclamant plus de démocratie et de transparence au sein du mouvement se réunissent samedi et dimanche à Paris pour discuter de leur avenir, qu’ils pourraient décider de poursuivre en dehors de La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon tient-il là ses premiers frondeurs ?

Certes, que le collectif insoumis démocrates (CID) tienne son assemblée fondatrice et démocratique la même semaine que celle qui a vu Jean-Luc Mélenchon faire la Une des médias pour ses coups de gueules contre les policiers, les magistrats et les journalistes est un hasard du calendrier. Mais l'image qu'a donné de lui le leader de La France insoumise (LFI) ces derniers jours pourrait bien pousser plus rapidement vers l'indépendance ces militants et sympathisants insoumis qui doivent décider ces prochaines heures de leur souhait de se réclamer encore du parti. 

Clémentine Langlois, ancienne candidate LFI aux législatives et co-fondatrice du Collectif insoumis démocrates (CID), est la plus sévère avec Jean-Luc Mélenchon. "Personnellement, je pense que monsieur Mélenchon sabote le mouvement en agissant ainsi. Est-ce qu’il le fait exprès ou pas c’est une autre question. Un leader politique se doit d’être responsable, de rassembler, d’être inclusif et de respecter les engagements qu’il a pris vis-à-vis de ses militants. Pour cela il faut commencer par respecter la démocratie que nous avons défendue dans le programme présidentiel", explique celle qui a été bannie de LFI le 12 septembre dernier pour avoir réclamé plus de démocratie au sein du mouvement, et qui fait donc un lien entre la verticalité du parti et les agissements de son leader. 

Un problème d'organisation

"Je ne connais pas personnellement Jean-Luc Mélenchon mais des images effarantes que j'ai pu voir ces derniers jours [..], je suis très très inquiète. Il a des comportements hyper violents, à la fois verbalement et physiquement. Or il est censé être un adulte responsable", ajoute Clémentine Langlois, estimant également que si l'organisation de La France insoumise avait été plus démocratique, il n'y aurait pas eu de problèmes avec les comptes de campagne. "Nous aurions pu vérifier les comptes globalement et nous aurions tous les informations, il n’y aurait pas de débat."

Nous contestons la structure très pyramidale du mouvementChristophe Cailloux, co-fondateur du Collectif des insoumis démocrates

Les autres personnes auxquelles nous avons eu accès pour parler de Jean-Luc Mélenchon et du fonctionnement de La France insoumise ont été beaucoup plus mesurées et prudentes, préférant axer leur discours sur le CID et son rôle. "Nous contestons la structure très pyramidale du mouvement, où les militants ne participent à aucun vote sur les sujets majeurs", nous explique Christophe Cailloux, ancien directeur de campagne dans le Calvados pour les législatives, lui aussi exclu de LFI. "Que ce soit sur l'évolution du programme, les stratégies politiques, les élections internes de nos porte-paroles nationaux et locaux : nous ne décidons de rien. Or nous voulons que la direction de La France insoumise se pose toutes ces questions." 


Le CID doit décider, ce dimanche 21 octobre, quel statut adopter, quel fonctionnement mettre en place, et s'il souhaite rester au sein du mouvement. Le risque de scission est bien là. Mais le collectif se voit-il comme "frondeur" ? "Si vous souhaitez utiliser ce terme, pourquoi pas", répond Christophe Cailloux. "Je pense que dans toute formation politique il faut qu’il y ait des débats. S’il y en a c’est qu’il y a des divergences de points de vue, ce qui est normal dans une formation politique représentant sept millions d’électeurs. Il faut pouvoir les exprimer, en débattre et les trancher par des votes. il s'agit d'un fonctionnement démocratique normal mais pour l’instant Jean-Luc Mélenchon n’accepte pas trop ça."

Une défiance partagée envers les médias

Il y a pourtant une chose sur laquelle les membres du CID continuent d'être d'accord avec le leader de La France insoumise : la défiance envers les médias. Ainsi, ce samedi 20 octobre, lorsque nous nous sommes présentés devant les locaux où se tenait l'assemblée du collectif, nous avons été priés de rester sur le trottoir. Sur les quelques dizaines de personnes présentes, seules trois sont venues parler à la presse, pourtant invitée à venir les rencontrer dans le cadre de cette réunion. 


Christophe Cailloux, désigné par ses camarades comme le "porte-parole" les défend : "Ils ont peur du bashing. En ce moment, beaucoup d’articles de presse sont écrits contre Mélenchon sur les histoires de perquisition. Ils ne veulent pas être instrumentalisés par la presse pour taper sur Mélenchon. Nous sommes tous des militants, certains sont toujours actifs au sein de La France insoumise. Nous ne sommes que quatre à avoir étés exclus, les quatre administrateurs du site. Les autres font encore officiellement partie du mouvement. Ils ont le droit de défendre La France insoumise et de ne pas vouloir être instrumentalisés par la presse pour causer du tort à Mélenchon."

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