RIC, passes d'armes et temps de travail : les cinq moments à retenir de "La Grande confrontation"

Politique
MOMENTS FORTS - Mercredi 24 avril, six chefs ou représentants de partis, de La France insoumise à LaRem en passant par le Modem et le PS, étaient présents sur LCI, à la veille de la conférence de presse d'Emmanuel Macron, à la sortie du Grand débat. Retour sur cette soirée en 5 séquences.

Durant les plus de trois heures qu'aura duré "La Grande confrontation", mercredi 24 avril sur LCI, Olivier Faure, Marine Le Pen, Adrien Quatennens, Stanislas Guérini, Laurent Wauquiez et François Bayrou ont eu l'occasion de balayer bon nombre de sujet. Il fut question d'impôts, de prime d'activité, de pouvoir d'achat, de dose de proportionnelle aux prochaines législatives. Il y eut aussi des moments de tension, d'autres plus inattendus et de fortes confrontations politiques. LCI revient pour vous sur cinq moments à retenir de cette émission.

Travailler plus ou moins, telle est la question

La clivage était assez clair, mercredi 24 avril, sur la question du temps de travail. D'un côté l'attelage de la sociale-démocratie, de la gauche antilibérale et de l'extrême droite. De l'autre, la majorité libérale et la droite conservatrice. Qu'il s'agisse d'augmenter la durée hebdomadaire, reporter l'âge de départ à la retraite ou le nombre de jours travaillés, le plateau était divisé en deux. C'est François Bayrou et Stanislas Guérini qui ont sonné la charge, en s'alarmant des financements à trouver pour assurer la prise en charge de la dépendance. Le délégué de La République en marche s'inquiétant "des 5 millions de plus de 85 ans à partir de 2050", il a milité pour faire travailler les Français "un jour de plus", comme devrait l'annoncer le président Macron en conférence de presse, ce jeudi. L'ancien strauss-kahnien est rejoint par François Bayrou qui, voyant l'espérance de vie augmenter, dit tout le bien qu'il pense de la réforme des retraites à venir, qui doit soumettre les pensions des Français au calcul par point. 


De l'autre côté, Marine Le Pen comme Adrien Quatennens partagent un constat : le décalage entre le nombre de chômeurs et la quantité d'emploi en France. "Il y a une pénurie de travail", juge l'élu insoumis, qui appuie fort en dégainant un chiffre : "Une offre d'emplois pour 100 chômeurs". De quoi l'amener à plaider pour un partage du temps de travail, et la semaine de 32 heures. Le calcul par points des pensions de retraite n'a pas ses faveurs : "Si vous arrivez à 62 ans et que votre retraite est une pension de misère, qu'allez-vous faire ? Vous allez continuer à travailler". Même rejet de la réforme à venir par Olivier Faure, qui perçoit le risque d'une mauvaise prise en compte de la pénibilité.

Wauquiez et Le Pen rejouent Sarkozy et Le Pen

Le débat a été aussi l'occasion pour Laurent Wauquiez et Marine Le Pen de rejouer un grand classique de la droite et de l'extrême droite, "Qui a copié l'autre et qui est le moins crédible ?", popularisé par Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen en leur temps. La président du RN accusa ainsi son homologue des Républicains de piquer ses propositions en matière de répression de l'immigration mais aussi en matière de fiscalité, filant la métaphore jusqu'à le comparer, avec ses compagnons de la droite, à "des Chinois de la vie politique". Les intéressés apprécieront, mais Laurent Wauquiez ne s'est pas privé du plaisir d'un petit coup bas en rappelant à Marine Le Pen : "Vous n'avez retenu aucune leçon de votre débat de la présidentielle", jugé par tous - y compris par la finaliste malheureuse - comme une prestation catastrophique. 

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"Chinois de la vie politique" : l'échange entre Marine Le Pen et Laurent Wauquiez

Le Pen et Bayrou, même combat

"Ce sera à marquer d'une pierre blanche, mais je ne suis pas en désaccord avec Marine Le Pen." Ainsi commentait le président du Modem son accord - le deuxième de la soirée, faisait remarquer Olivier Faure - avec son homologue du Rassemblement national sur ce que l'Etat pouvait faire pour inciter les grandes entreprises à modérer les salaires qu'elles versent à leurs grands patrons. Ou, en tout cas, pour que cela n'impacte pas le contribuable.


Explication, alors que l'évocation du salaire de François-Henri Pinault, patron du groupe Kering, avait permis d'arriver à une rare - et relative -  homogénéité sur le plateau : les entreprises qui font des profits sont imposées sur ces derniers. Lorsqu'elles versent des salaires mirifiques à un ou plusieurs de ses dirigeants, les sommes qui partent dans ces salaires sont déduites des profits à déclarer et l'impôt qu'elles payent s'en trouve mécaniquement diminué. D'où la proposition du Béarnais - qui, comme Marine Le Pen, n'était pas nécessairement choqué par la hauteur desdits salaires - pour forcer les entreprises à la modération. Ce qui reste quand même assez éloigné de l'échelle de salaires d'un à vingt proposée par Adrien Quatennens.

RIC : Bayrou contre Macron

Jamais avare de dissonances dans l'unisson présidentiel, le maire de Pau a à nouveau fait résonner sa petite musique particulière. Cette fois, il s'agissait du RIC, le référendum d'initiative citoyenne, sujet pour le moins sensible puisqu'il s'agit de la revendication-phare des Gilets jaunes. Un sujet sur lequel Emmanuel Macron et l'exécutif, après avoir longtemps semblé contre, sont prêts à évoluer. Tout du moins au niveau local. "Je suis contre", a avancé son principal allié politique, citant l'exemple de la pyramide du Louvre ou du musée Beaubourg qui, juge-t-il, n'auraient jamais été érigé dans la capitale s'ils avaient été soumis à un référendum parisien. Le RIC au niveau national, qui "hérisse" Edouard Philippe et n'a pas les faveurs du Président, reçoit en revanche celles du Béarnais.

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Grande confrontation : François Bayrou se dit contre le RIC local

Quatennens et Le Pen, opposition frontale sur l'immigration

Un échange extrêmement vif a opposé les deux députés, dont les formations, à l'opposé de l'échiquier politique, sont souvent rapprochées du fait de leur opposition régulière au pouvoir en place. Mêlant question migratoire et changement climatique, il a mis en exergue les lourdes différences entre les deux partis politiques. Interrogé sur le sujet, Adrien Quatennens a commencé par se faire l'avocat du "devoir d'humanité vis-à-vis des réfugiés. [...] Le problème n'est pas qu'ils viennent chez nous, le problème c'est qu'ils soient obligés de partir de chez eux. [...] Le Giec nous dit que si nous n'endiguons pas le climat, ce ne sont pas 67 millions de personnes qui vont être contraintes de partir mais 250 millions. Qu'est-ce que vous allez faire ? Les rejeter à la mer ? Non, personne ici ne le fera."


Une tirade face à laquelle Marine Le Pen reprend son habituel discours, opposant pauvreté en France et immigration faisant valoir, elle, le "devoir d'humanité à l'égard du peuple français". Une "incantation", pour son jeune collègue de gauche, qui reproche à la présidente du Rassemblement national de produire un discours "inconséquent". Très remonté, il poursuit : "Des gens franchissent déjà la mer méditerranée, il y en a 30.000 qui sont mortes depuis le début des années 2000. Vous pouvez sécuriser vos frontières, le changement climatique n'en connait pas !"

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Grande confrontation : Marine Le Pen et Adrien Quatennens s'écharpent sur l'immigration

Amenée sur un terrain, l'écologie, où elle est moins audible, Marine Le Pen finit par balayer les statistiques inquiétantes sur le réchauffement climatique : "Le temps qu'on règle le problème du climat, je veux que les Français soient protégés. Et pour l'instant ils ne le sont pas."

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