La majorité d'Emmanuel Macron, "caporalisée"... et bientôt frondeuse ?

TENSIONS - Une séquence largement diffusée ce mercredi a montré les premières tensions visibles parmi les députés LREM, lorsque la présidente de la commission des lois a vivement critiqué l'attitude de certains collègues. Au sein de cette pléthorique majorité, un semblant de contestation semble poindre, entre accusations de "caporalisation" et conflits internes.

Un président de la commission de Défense, Jean-Jacques Bridey (ex-PS), qui regrette publiquement le choix de couper 850 millions d'euros dans le budget des armées. Des députés qui s'insurgent contre des propos rapportés du vice-président de groupe Gilles Le Gendre, les appelant à se méfier des journalistes. D'autres qui rechignent à voter telle quelle la suppression de leur réserve parlementaire et de leur indemnité de frais de mandat, réforme pourtant portée par l'exécutif et par eux-mêmes lors des législatives... D'autres, enfin, qui râlent  contre la "caporalisation" de la majorité, visant tout particulièrement le président du groupe Richard Ferrand, qui serrerait la bride un peu trop fort. Un mois à peine après l'élection des 308 députés LREM à l'Assemblée nationale, un petit vent de révolte semble déjà se lever sur les bancs du Palais Bourbon. Si l'on est bien loin des "frondeurs" de l'ancienne majorité socialiste, certains agacements se disent désormais à haute voix. 


Les tensions, aussi. Ce mercredi, lors de longs débats sur le projet de loi "pour la confiance dans notre vie démocratique", la présidente LREM de la commission des lois, Yaël Braun-Pivet, croyant le micro éteint, se lâche contre ses collègues jugés trop passifs : "On a une responsable de texte qui est inexistante, c'est comme si elle était à Nouméa sur une chaise longue [...] Et on a un groupe qui dort, qui ne sait pas monter au créneau, qui est vautré", lâche-t-elle à son vice-président. Sollicitée à propos de cet épisode qui fait tâche pour l'image de cohésion que veut se donner le groupe, la députée n'a pas donné suite. 

Macron resserre les rangs

Ces tensions récentes n'ont probablement pas échappé à Emmanuel Macron, que certains députés de la majorité désespéraient de rencontrer un jour. Le chef de l'Etat s'est rendu à l'improviste, le 19 juillet, au ministère des Relations avec le Parlement, où Christophe Castaner réunissait la majorité, MoDem compris. "Il n'y a pas de caporalisme ici, il n'y a pas d'ordre jupitérien, comme diraient certains", a ironisé le Président. "Emmanuel Macron est très lucide sur la situation, et la confiance des députés envers le Président reste totale", assure Philippe Folliot, député centriste du Tarn réélu sous l'étiquette LREM, auprès de LCI. Un député qui pour autant "s'exprime librement" et n'a pas eu la langue dans sa poche pour regretter la coupe de 850 millions d'euros dans le budget des armées, tout en renvoyant la responsabilité de ce tour de vis à François Hollande. 


De fait, Emmanuel Macron échappe clairement aux critiques émanant de sa majorité. C'est la discipline interne imposée à ses membres qui fait grincer des dents. Un règlement intérieur plutôt rigoureux, dévoilé par Le Canard enchaîné, selon lequel un député peut par exemple être exclu pour avoir simplement cosigné un amendement ou une proposition de loi émanant d'un autre groupe parlementaire. "Ce groupe est totalement caporalisé", soupire un député LREM "expérimenté" sollicité par LCI. "Les postes à responsabilité ont été pris par les proches de Richard Ferrand. Et ce dernier n'a pas été élu, mais nommé président de groupe [un seul candidat, un vote à main levée, ndlr], sans quoi il y aurait eu une centaine de votes blancs. Il y a un problème de légitimité au départ. En outre, pour qu'un groupe fonctionne, il faut de l'affect. L'autre jour, lors de la réunion chez Christophe Castaner, le président du groupe n'a pas dit bonjour aux députés..." 

Soutien en séance, jalousies en interne

Le même député, pessimiste, assure qu'un "vent de fronde se développe" au sein de la majorité. Pour l'heure, les signes de mécontentements restent discrets. En séance, les députés macronistes abondent dans le sens des réformes du gouvernement, quitte à être taxés de "godillots" par l'opposition. 

En interne, plusieurs clivages semblent traverser l'opulent groupe LREM. Un député macroniste issu de la droite, sollicité par LCI, juge que la part belle a été donné aux anciens socialistes aux postes de commande de l'Assemblée. D'autres, comme le radical de gauche Alain Tourret, qui briguait la présidence de la commission des lois, se sont plaints ouvertement de la montée en grade trop rapide à leurs yeux des députés "novices" de la majorité au détriment de ceux qui avaient une longue expérience.


Tout en assurant à sa majorité qu'il n'était pas question de "caporaliser" le débat parlementaire, Emmanuel Macron a appelé les députés LREM à "garder cette culture du respect mutuel et du travail avec le gouvernement, parce que ce sera en soi un changement profond par rapport à ce qui a été vécu ces dernières années". A condition, bien sûr, que chacun, dans ce vaste ensemble hétéroclite, y trouve son compte. 

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