La social-démocratie, "un pari risqué" selon Stéphane Le Foll

La social-démocratie, "un pari risqué" selon Stéphane Le Foll

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INTERVIEW – A l'occasion des deux ans de François Hollande à la tête de l'Etat, Metronews a interrogé le porte parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, pour dresser un bilan des actions du gouvernement et tracer les contours de l'An III.

Quels regrets le gouvernement peut-il avoir après deux années passées au pouvoir ?
Nous avons peut-être sous-estimé la crise de la zone euro. Sa profondeur a plombé beaucoup plus que nous ne l'avions pensé la capacité d'une reprise économique. Le fait que cette zone soit enfin stabilisée est un atout essentiel. Nous n'avons pas non plus assez insisté sur la situation très dégradée de la France au moment de l’élection présidentielle de 2012, que ce soit en termes de déficit budgétaire, de déficit commercial ou de celui de l'assurance maladie.

Quelle est selon vous la plus belle réussite de ce gouvernement ?
Il y a un choix qui a été fait dès le départ et qui est fondamental, c'est le budget européen. Ce n'était pas un pari gagné d'avance. Nicolas Sarkozy était parti sur une base d'environ 600 milliards d'euros, nous sommes parvenus à un peu plus de 800 milliards d'euros. Cela doit être mis au crédit du président de la République, car les conséquences que cela induisait pour les collectivités locales, pour la politique agricole commune étaient capitales. S'agissant des réformes sociétales, il y a bien évidemment le vote de la loi autorisant le mariage pour tous. Nous avons créé un droit nouveau pour les homosexuel(le)s sans en retirer aucun à quiconque.

François Hollande avait aussi promis l'ouverture de la PMA aux couples homosexuels, avant qu'elle ne soit enterrée par Manuel Valls. Peut-on parler de renoncement ?
La position du gouvernement est très claire : il n'y aura pas de débat sur la PMA dans le cadre de la loi Famille. Ce n’est pas un renoncement du Président de la République puisqu’il ne s’est jamais engagé sur ce point dans les 60 engagements pris devant les Français.

Le droit de vote des étrangers devait être présenté au lendemain des municipales. Où en est ce texte ?
C'est un sujet sensible, avec de nombreux enjeux. Ce texte implique par exemple une modification de la Constitution et donc une majorité des 3/5e du Parlement pour l'adopter. Or, nous pouvons anticiper le résultat qui serait non. Je pense que l'on a d'autres choses à faire avant de s'engager sur ce débat pour faire progresser l’intégration.

L'inversion de la courbe du chômage avant la fin 2013 était un engagement fort du Président. Est-elle toujours garantie ?
Il faut d'abord souligner que cette inversion a été réalisée pour les jeunes. Nous avons cependant échoué à ce jour pour la globalité des chômeurs, surtout chez les seniors. Il faut maintenant passer à la deuxième étape. Cela passe par les emplois d'avenir, les politiques de l'emploi aidé et par le pacte de responsabilité qui doit relancer la compétitivité et la croissance. Se fixer l'objectif de la baisse de cette courbe avant la fin 2013 était clairement un risque mais le Président voulait mobiliser tout le monde. Nous sommes maintenant conscients qu'il faut poursuivre ces efforts.

François Hollande a annoncé dimanche que le "retournement économique" arrivait et que la "redistribution" allait pouvoir s'opérer. Avez-vous une date plus précise ?
Les Français ressentiront cette redistribution lorsqu'il y aura une confiance un peu plus forte dans l'avenir et un retour de la croissance. Une fois présente, cette confiance déclenchera un cercle vertueux qui favorisera la baisse du chômage et le retour de la consommation. Les mesures du pacte de responsabilité vont en tout cas dans ce sens.

L'année 2014 a été l'occasion pour le Président de s'avouer enfin social-démocrate et de tout miser sur la politique de l'offre. Ne craignez-vous pas de perdre davantage encore votre électorat de gauche ?
C'est un pari risqué, il l'a dit lui-même. Ce n’est pas facile pour la gauche d'aujourd'hui, de sortir de l'idée que la seule politique économique qui soit valable est une politique keynésienne de relance par la demande. François Hollande souhaite privilégier la compétitivité des entreprises. Est-ce une politique de gauche ? Je veux rappeler qu'il y a trois critères socialistes : la production contre la rente, la question de la solidarité et la lutte contre les inégalités. Or, notre politique ne va à l'encontre d'aucun de ces trois critères.

Comment définiriez-vous le cap du gouvernement pour les trois prochaines années ?
Notre objectif est de redonner de la confiance à un pays qui l'a perdue en proposant une politique économique et sociale pour redresser l'économie. Nous devrons également assurer une mutation de notre développement vers la transition énergétique et écologique.

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