Laïcité : débat stérile (voire puéril) entre Copé et le directeur du CCIF

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DIALOGUE DE SOURDS - Lundi soir, le député-maire de Meaux et candidat à la primaire de la droite, Jean-François Copé, a débattu (ou plutôt tenté de débattre) à Sciences Po avec le directeur du Collectif Contre l'Islamophobie en France (CCIF), Marwan Muhammad. Mais les deux hommes ont essentiellement passé leur temps à s’invectiver.

Le candidat à la primaire de la droite, Jean-François Copé, dont l’un des axes de campagne est de créer "un Code de la laïcité et des cultes", était l’invité de Sciences Po Paris lundi soir. A l’occasion de son "grand oral" organisé par des associations étudiantes (Sciences Po TV et La Péniche), il a été invité à débattre une vingtaine de minutes avec Marwan Muhammad, le directeur du Collectif Contre l'Islamophobie en France (CCIF). Inconnu du grand public, cet ingénieur de formation est l’une des voix qui monte dans la communauté musulmane. Mais ses prises de positions et sa supposée proximité avec certains islamistes font de lui une figure controversée.


D’ailleurs, Jean-François Copé l’a accusé lundi soir d’être "un cheval de troie du discours islamiste". Alors que le CCIF se dépeint comme une association apolitique et aconfessionnelle, le député-maire de Meaux a fait la liste d’un certain nombre d’éléments troublants à ses yeux. "Vous dites que l’islam a la particularité d’être une religion qui a pour vocation à régir toutes les sphères de la vie sociale. Je suis désolé de vous dire, ce n’est pas la République Française ça", assène-t-il. "De la même manière, vous vous êtes insurgé – j’ai halluciné quand j’ai découvert ça – contre la fermeture d’une école confessionnelle musulmane toulousaine dont l’académie a estimé que son projet ne respectait pas celui de l’Éducation nationale. Il est vrai que le directeur de cette école était le mentor de la propre sœur de Mohamed Merah", fait encore observer l'ancien ministre.


Pour se défendre, Marwan Muhammad accuse le parlementaire LR de mener "des procès d’intention". "Vous me mettez en cause pour des déclarations qui ne sont pas les miennes, pour des prises de positions qui ne sont pas les miennes", assure-t-il. 

"Je ne condamne pas les choix personnels des uns ou des autres d’être homosexuel ou d’être polygame" Marwan Muhammad

Jean-François Copé fait par ailleurs remarquer que le CCIF a eu comme invité d’honneur lors de ses dîners plusieurs religieux controversés, dont l’imam de Brest, connu pour avoir dit à des enfants qu’ils seraient transformés en porc s’ils écoutaient de la musique. "A notre dîner, tout le monde est invité, rétorque alors Marwan Muhammad. Selon lui, "même les pires idéologies, les pires opinions se régulent dans un dialogue et une argumentation où l’on explique sur quoi on n’est d’accord, sur quoi on n’est pas d’accord, sur quoi on avance ensemble".


Pourtant, l’instant suivant, il abandonne son sens du dialogue et tacle sèchement Jean-François Copé. "Vous parliez de tel ou tel imam. Jusqu’à preuve du contraire, ils n’ont jamais été inquiétés par la justice. Et c’est bien dommage, car vous auriez pu dans la salle d’attente des juges auprès desquels vous êtes si souvent convoqué, faire connaissance", plastronne-t-il, déclenchant quelques réactions amusées dans le public.


Concernant l’imam de Brest, Marwan Muhammad assure néanmoins ne pas partager ses propos et ses opinions. Avant de poursuivre :  "Mais je trouve terrible que, incapable de me citer et de me mettre en défaut sur mes positions et le travail de mon association, vous soyez obligé d’avoir recours à des disqualifications par capillarité". Suit une métaphore de cour de récré. "Je pourrais utiliser le même procédé si par exemple je disais, vous étiez dans la piscine de Ziad Takieddine (un homme d’affaire sulfureux dont le nom apparaît dans plusieurs dossiers dont l’affaire Karachi, ndlr). Ziad Takieddine n’a jamais condamné les agissements des Pokémons. Et donc, vous cautionnez la pokémonisation de la société française".

Décidément, vous avez drôlement du mal à prendre des positions républicaines" Jean-François Copé

Plus sérieusement, Jean-François Copé dit déceler dans les propos de Marwan Muhammed "un double langage". Il se lance donc dans une série de petites questions destinées à savoir ce que pense vraiment son contradicteur. "La polygamie, vous êtes pour ou contre ?". Le directeur du CCIF refuse d’apporter une réponse tranchée en expliquant qu’il "ne se prononce pas sur des questions qui ne (le) regardent pas". L’ancien président de l’UMP revient toutefois à la charge. "Personnellement, je ne cautionne pas la polygamie, je ne la pratique pas, cela ne m’intéresse pas […] Mais je ne condamne pas la polygamie", répond finalement Marwan Muhammad.


"La pénalisation de l’homosexualité, vous en pensez quoi ?", demande ensuite Jean-François Copé. Là encore, le patron du CCIF ne veut pas vraiment répondre. "Je ne m’ingère pas dans les questions de couple, dans la manière dont les couples vivent […] Je ne condamne pas les choix personnels des uns ou des autres d’être homosexuel ou d’être polygame, cela ne m’intéresse pas", explique-t-il.


Finalement, Marwan Muhammad reproche à Jean-François Copé de se mettre "dans la position d’un imam" en voulant "dicter le religieux, donner des normes ou dire ce qu’est ou non l’islam". Pour la route, Jean-François Copé lui demande s’il condamne les caricatures du prophète. "Cela ne m’intéresse pas", répète encore son interlocuteur, soulignant toutefois que son association n’a jamais porté plainte pour blasphème. "Décidément, vous avez drôlement du mal à prendre des positions républicaines", conclut le député-maire de Meaux.

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