Laïcité, modèle social, Hollande et Valls... Macron se dévoile enfin

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IDÉES - Dans un entretien fleuve accordé à Challenges, l’ancien ministre de l’Économie livre son analyse de la situation politique de la France. Il y décrit la méthode qui, selon lui, permettra au pays d'affronter les défis qui l'attendent. Et il en profite au passage pour répondre à ses détracteurs.

"Il y a désormais plusieurs France"


Selon Emmanuel Macron, le pays vit "une période de fracturation" et "ces déchirures qui traversent notre pays produisent une crise profonde et perturbent notre imaginaire collectif". L’un de ses objectifs sera de "réconcilier ces différentes France : celle qui vit la mondialisation et les grandes transformations à l’œuvre comme une chance et celle qui en a peur". Pour cela, il est indispensable de redéfinir une destinée nationale commune. "La clef est d’expliquer le cours du monde et de réunir ces France divisées dans une aventure où chacune d’entre elles pourra trouver sa place".

Le modèle social français est "assez injuste"


L’ancien ministre de l’Économie désire réformer profondément le modèle social français, dont il déplore "l’approche corporatiste" et son caractère "injuste" car les "avantages ne sont pas les mêmes pour tous les citoyens". "Nous restons confinés dans une approche étatiste de la solidarité, une approche insuffisamment mobile débouchant sur une société de statut", explique-t-il. Lui aspire à "une société du choix" où "l’État garantit un socle, des protections individuelles et où les Français ont la possibilité de choisir leur vie, de s’émanciper".

Comment lutter contre le désintérêt des Français à l’égard de la politique 


Emmanuel Macron distingue trois strates dans le discours politique : "La strate idéologique, qui permet de donner du sens et des perspectives ; la strate technocratique qui détaille les moyens techniques d’exécution et la strate de la réalité et du quotidien". Or, la classe politique a abandonné la première et la troisième strates à ses yeux. "Le discours présidentiel, a lui aussi, saturé cet espace technocratique qui ne parle plus à personne. Il n’offre plus d’explications du monde et il n’est pas concret, ne concerne pas les Français". Pour réconcilier les Français avec la politique, "il faudra en passer par une cohérence idéologique relevant les défis contemporains", affirme-t-il.

 "La laïcité française est une liberté avant d’être un interdit"


Cet entretien à Challenges est aussi, pour Emmanuel Macron, l’occasion de livrer sa conception de la laïcité. "Il faut préserver comme un trésor la conception libérale de laïcité qui a permis que dans ce pays, chacun ait le droit de croire ou de ne pas croire", explique-t-il. A ses yeux, "l'Etat est laïc, pas la société". Néanmoins, "l'État impose, et heureusement, des règles de vie en société comprenant le respect intransigeant de certaines valeurs : l'égalité entre les hommes et les femmes", précise l’ancien ministre. Pragmatique, il défend l’interdiction des signes religieux à l’école mais refuse de bannir le voile à l’université car cela "renforcerait le communautarisme".


Plus généralement, il dénonce un certain laïcisme qui tente de brider "le besoin d’une transcendance religieuse ou spirituelle". "On demande à des croyants, aux musulmans en particulier, d’être 'discrets' ou d’être 'modérés'. Ce sont des expressions bien curieuses. Pour un croyant, la foi ne se modère pas, elle se vit, parfois intensément. Or l’Etat n’a rien à faire dans le mystère de l’âme", assure Emmanuel Macron. "La République édicte des règles de vie commune qui doivent être scrupuleusement respectées, mais n’a pas vocation à réglementer notre intimité spirituelle", résume-t-il.

"Certaines tendances d’un islam particulièrement rétrograde sont à l’œuvre dans notre société"


Si le leader d’En Marche se pose en défenseur des cultes, il ne minimise pas les dangers de l’islam radical. "Ne soyons pas naïfs : certaines tendances d’un islam particulièrement rétrograde sont à l’œuvre dans notre société", souligne-t-il. Et ce n’est pas un hasard si "les salafistes se sont installés dans les quartiers abandonnés par la République", dit-il. "Ce communautarisme musulman existe dans des cités, des quartiers où la solidarité, la présence économique et sociale de l’Etat, ont reculé, provoquant un surcroît d'isolement, donc un désespoir qui bien vite a dégénéré en repli identitaire, analyse-t-il. Pour en finir avec ces dérives, l’État doit, selon lui, aider les musulmans à "structurer l'islam en France" et surtout ne "plus considérer les Français de confession musulmane comme un corps étranger". "Le politiquement correct rappelle sans cesse qu’ils sont Français avant tout. Il est temps d’agir en cohérence avec cette affirmation", demande l’ex-ministre. 

Macron tacle Hollande…


Une fois n’est pas coutume, Emmanuel Macron se montre sévère avec le chef de l’État. "François Hollande ne croit pas au président jupitérien. Il considère que le Président est devenu un émetteur comme un autre dans la sphère politico-médiatique", explique le potentiel candidat à l'élection présidentielle de 2017. "Pour ma part, je ne crois pas au président normal. Les Français n'attendent pas cela. Au contraire, un tel concept les déstabilise, les insécurise", ajoute-t-il. "Pour moi, la fonction présidentielle dans la France démocratique contemporaine doit être exercée par quelqu'un qui, sans estimer être la source de toute chose, doit conduire la société à force de convictions, d'actions et donner un sens clair à sa démarche", déclare l’ancien conseiller.


 Il plaide pour l'invention d'une "nouvelle forme d'autorité démocratique fondée sur un discours du sens, sur un univers de symboles, sur une volonté permanente de projection dans l'avenir, le tout ancré dans l'Histoire du pays". Pour lui, "une présidence de l'anecdote, de l'événement et de la réaction banalise la fonction". "Ce type de présidence ne permet pas de se réconcilier avec le temps long et le discours du sens", déplore-t-il, alors qu'à "l'inverse, dans une présidence de type gaullo-mitterrandien, la recherche d'un champ, d'une focale, éloigne du quotidien et installe un rapport différent à l'actualité".

... et répond à Valls


L’ancien ministre répond également à ses détracteurs, et en premier lieu à Manuel Valls, qui l’a récemment accusé d’être un "populiste light". "Ils croient ainsi m’insulter car pour eux, vouloir se rapprocher du peuple est la dernière offense. Ils font une erreur d’incompréhension sémantique : un véritable populiste flatte le peuple dans ses bas instincts, il lui ment, le pousse aux extrêmes. Pour ma part, j'essaie de m'adresser à l'intelligence des citoyens, et je le fais sans m’encombrer des barrières que le système place entre les politiques et le peuple", assure-t-il. "Ecouter le peuple, c’est entendre ce qu’il veut, ce à quoi il est prêt. Cette connexion est l’essence de la démocratie. Or cette dernière a été prise en otage", ajoute-t-il. 

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Manuel Valls au sujet d'Emmanuel Macron : "on ne peut pas trahir

"Le système politique, je ne cherche pas à le respecter parce que je ne lui appartiens pas"


Sans doute fatigué par les caricatures faites de lui, Emmanuel Macron tient à rappeler les convictions qui l’animent. "Je ne suis pas membre du Parti socialiste, mais je suis de gauche. Etre de gauche, c'est une histoire, un imaginaire politique, des convictions, des indignations, un regard. Je suis un produit du système méritocratique français, pas un produit du système politique français. Je ne suis dans le monde politique que depuis deux ans et je n'en ai jamais accepté les moeurs", dit-il. "Le système politique, avec ses codes et ses usages, je ne cherche pas à le respecter parce que je ne lui appartiens pas. Ça ne me pose donc aucun problème de transgresser ses codes. Je dirais même ceci : ma volonté de transgression est d’autant plus forte que j’ai vu le système de l’intérieur. J’en connais les mérites, mais aussi les failles et les maladies", précise l’ancien ministre.

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