L'aquarium socialiste en ébullition à La Rochelle

Politique

UNIVERSITÉ DU PS - Au terme d'une semaine noire pour le gouvernement et la majorité socialiste, la traditionnelle université d'été du parti, qui s'ouvre vendredi à La Rochelle, promet cette année des débats animés. Tour d'horizon des acteurs en présence et des enjeux de ce rendez-vous.

Il y a les années fastes et les années fades. L'édition 2014 de l'université du parti socialiste ne sera ni l'une ni l'autre. Loin du calme qui avait suivi la tempête en 2012, quand les socialistes jouissaient de leur retour au pouvoir, loin aussi de l'engouement qu'avait suscité l'an dernier la venue de deux ministres, Manuel Valls (Intérieur) et Christiane Taubira (Justice), qui avaient su surmonter leurs divergences pour galvaniser les troupes. Cette année, le raout traditionnel du parti vient clore une semaine noire pour la majorité et le gouvernement. Une tragédie dont les acteurs se retrouveront à compter de vendredi en face de l'aquarium de La Rochelle, avec chacun une partition différente à jouer.

Les "frondeurs" s'organisent
Cette université d'été doit être la leur. Au terme d'une année parlementaire agitée, les députés dits "frondeurs" misent sur ce rendez-vous pour compter leurs troupes et passer à une phase plus construite de leur mouvement. Partis à 86, début avril, lors de "l'Appel des 100" en faveur d'un rééquilibrage du pacte de responsabilité vers les ménages, ils étaient 41, fin avril, lors du plan d’économie de 50 milliards et 33, au début de l'été, lors du budget rectificatif de la Sécurité sociale. Aujourd'hui que François Hollande et Manuel Valls ont définitivement tourné le dos, en composant le nouveau gouvernement, aux options qu'ils portent, les frondeurs ne s'avouent pas vaincus. Samedi, ils tiendront une réunion publique en marge de l'université, "pour une politique plus juste et plus efficace" et "pour respecter les engagements pris devant les Français". Dotant, pour l'occasion, leur mouvement d'un nom plus dynamique : "Vive la gauche !"

Les "loyaux" font front
C'est la réponse du berger à la bergère. Arrivant à point nommé la veille du rendez-vous de La Rochelle, plus de 200 députés ont signé jeudi dans Le Monde "L'appel des 200" . Dès l'intitulé, le message est limpide: si les frondeurs ont réussi jusqu'à présent à crier fort, les élus de la majorité fidèles à la ligne tracée par François Hollande sont plus nombreux... Deux fois plus nombreux. Emmenés par le président du groupe PS à l'Assemblée Bruno Le Roux et par le président de l'Assemblée Claude Bartolone, les signataires rappellent donc que le mode de régulation des débats, c'est "la majorité". Quant au "débat entre godillots et déloyaux", écrivent-ils, il "n'a pas de sens, si ce n'est notre affaiblissement collectif". Appelant à la "cohérence" et au "rassemblement", ils font allégeance à la ligne Hollande : "Nous nous inscrivons dans ce chemin." Signe qu'ils sont déterminés à ne pas laisser le champ libre aux frondeurs : alors que l'an dernier, le Président avait interdit à ses fidèles de se réunir à La Rochelle, ils le feront cette année. Nom de code : "les amis de Stéphane Le Foll". Pour ne pas dire les amis de François Hollande.

Ministres et ex-ministres poursuivent le débat

Politique de l'offre ou de la demande, rigueur budgétaire ou relance de la consommation, social-démocratie ou socialisme orthodoxe... Ceux qui n'ont pas eu leur saoul de débat économique en début de semaine, lors de la séquence qui a mené à a démission du gouvernement Valls I, seront servis à La Rochelle. Samedi matin, lors de la table ronde consacrée à l'économie, le désormais ex-ministre Arnaud Montebourg a en effet maintenu son intervention programmée de longue date. Mais puisqu'il est hors de question de laisser le micro au seul dissident, le toujours ministre des Finances Michel Sapin prendra également la parole. "Il y aura du débat", confirme-t-on du côté de l'organisation... De même, les spectateurs de la plénière consacrée à l'égalité entendront l'ex-ministre de l'Education, Benoît Hamon, ainsi que sa remplaçante Najat Vallaud-Belkacem. Dernière ministre débarquée du gouvernement, Aurélie Filippetti a confirmé sa venue à La Rochelle mais elle a annulé son intervention, laissant le champ libre à celle qui lui a succédé à la Culture : Fleur Pellerin.

Valls (re)teste sa popularité
Ce sera le point d'orgue de ce week-end : en tant que Premier ministre, il reviendra dimanche à Manuel Valls de clore l'université d'été. Comme ministre de l'Intérieur, il avait réveillé l'édition 2012 en défendant avec force sa ligne sécuritaire. L'an dernier, il avait réussi à transformer les quelques sifflets qui l'avaient accueilli - sur fond de polémique à propos notamment du regroupement familial - en chaleureuse ovation. "Soyez fiers de ce que nous faisons", avait-il alors lancé aux militants, martelant pour qui en doutait qu'il était "de gauche" et "socialiste". Un message qu'il va devoir se réemployer à faire passer auprès des militants déboussolés par les divisions. L'enjeu, pour le Premier ministre : que l'accueil à La Rochelle n'apparaisse pas trop pâle à côté de la standing ovation qui lui a été réservée, mercredi, à une autre université d'été... celle du Medef .

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