Laurent Wauquiez et l'Europe : le grand retournement (de veste)

Laurent Wauquiez et l'Europe : le grand retournement (de veste)

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FACT CHECKING - Le nouveau Wauquiez est arrivé. Pourfendeur de la "pensée unique", contre l'Europe à 28, le député UMP de la Haute-Loire a dénoncé haut et fort l'élargissement de l'Union européenne lundi sur France 2. Quitte à faire volte-face par rapport aux positions qu'il défendait il y a à peine trois ans.

Laurent Wauquiez, l'euro-tartuffe ? Même s'il n'est pas candidat aux élections européennes, le député UMP de Haute-Loire donne de la voix, quitte à sérieusement brouiller les lignes prônées par son propre parti. Dans "Europe, il faut tout changer", son livre paru cette semaine, comme dans sa tribune publiée avec Henri Guaino dans Le Figaro , le maire de Puy-en-Velay ne cesse de dénoncer l'élargissement européen, prônant le retour à une Europe à 6. Alain Juppé a eu beau qualifier ses idées de "stupides", rien ne semble l'arrêter. Invité de Mots Croisés sur France 2 lundi, il a pu développer ses arguments... que metronews a comparés avec les positions qu'il défendait il y a tout juste trois ans, quand il était ministre des Affaires européennes de Nicolas Sarkozy. Le contraste est saisissant.

- Il dénonce l'élargissement...
Sur le plateau d'Yves Calvi, face au porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll, Laurent Wauquiez répète en boucle son nouveau message : "L'Europe à 28 ne marche plus". "Trop de pays, une Europe qui ne protège pas", pointe le député UMP, qui assure avoir toujours eu cette position. "Les fédéralistes naïfs sont aujourd'hui les pires ennemis de l'avenir européen", écrit-il même dans son livre.

… qu'il défendait en 2011
Dans une interview livrée au Monde le 26 juin 2011 , Laurent Wauquiez tenait pourtant un discours bien différent. "La France gagne quand elle est sur des positions résolument pro-européennes", déclarait-il à propos de l'entrée de la Croatie. Et d'enfoncer le clou : "Au moment où l’édifice européen semble se fissurer, il est en fait en train de se renforcer. Car, sur beaucoup de dossiers, nous sommes au pied du mur, et l’on s’aperçoit que la seule porte, c’est une porte européenne".
Dans un discours tenu au Sénat le 24 juin , Laurent Wauquiez argumentait en ces termes : "Nous ne devons jamais oublier les enjeux historiques purs et simples et notamment la préservation de la paix sur le continent européen (…) L'Europe est un profond facteur de stabilité. Et si nous le mesurons, c'est bien sur la Croatie."

- Il dénonce l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie...
"J'ai clairement pris position pour dire que faire entrer la Roumanie et la Bulgarie dans l'espace Schengen est une erreur profonde", jure Laurent Wauquiez sur France 2 lundi.

… qu'il soutenait en 2010
Il a donc oublié son interview donnée au Figaro en juin 2010 . "Il n'y a pas d'ambiguïté : la Bulgarie et la Roumanie ont, à terme, vocation à rentrer dans l'espace Schengen", assurait-il à l'époque. "Cela constituera le prolongement de leur adhésion à l’Union européenne, point qui ne fait aucun doute", développait-il l'année suivante dans un discours devant les députés.

- Il défend les anti-euro...

Peut-on se passer de l'euro ? Si Laurent Wauquiez n'en est pas (à ce stade, du moins) à prôner la fin de la monnaie unique, il fustige ceux qui empêchent de se poser la question. "D'abord, cela ne doit pas être un débat interdit. Je note systématiquement dans les positions, pardon, mais trop de superbe, trop de tonalité consistant à dire 'circulez'", déplore-t-il face à Stéphane Le Foll.

...qu'il traitait de poujadistes
Et pourtant, le 9 mai 2011 lors d'un débat organisé par Fondapol , le même Laurent Wauquiez fustigeait les eurosceptiques en des termes assez durs : "Tous les eurosceptiques ont fait leur fonds de commerce sur l'euro, c'est devenu le bouc émissaire parfait de l'Europe, tout le monde attaque, quand on veut se faire une clientèle anti-européenne, tout le monde attaque l'euro avec un mélange de démagogie et de poujadisme qui laisse songeur".

- Il critique le traité de Lisbonne...

Enfin, le député UMP rappelle sur France 2 le rejet exprimé par les Français lors du référendum de 2005, fustigeant le fait que leur vote ait été écrasé par le traité de Lisbonne. "On fait un référendum sur le traité constitutionnel européen. Les Français répondent non. La réalité c'est que l'on met quand même en œuvre la quasi-totalité du traité constitutionnel".

… que son gouvernement a signé
Mais l'ex-ministre oublie de préciser - Stéphane Le Foll le fait pour lui - que c'est Nicolas Sarkozy lui-même qui a œuvré pour faire signer le traité de Lisbonne en 2007 , qui palliait la non-ratification du traité.

VIDEO - Laurent Wauquiez a-t-il perdu la mémoire ?

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