Le 49-3 dégainé, une motion de censure rejetée et à la fin, tout le monde gagne

Le 49-3 dégainé, une motion de censure rejetée et à la fin, tout le monde gagne

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ASSEMBLEE – Au terme de deux heures de débats convenus, les députés ont rejeté jeudi soir la motion de censure proposée par l'UMP contre le gouvernement Valls. Sans suspense, la journée a néanmoins cristallisé des enjeux cruciaux pour les grands partis.

Le 49-3, ce bras-de-fer constitutionnel dont tout le monde a l'air de sortir vainqueur. Si l'ambiance n'était pas à l'effervescence jeudi après-midi à l'Assemblée nationale - personne n'ignorant que le rejet de la motion de censure contre le gouvernement était acquis – chacun aura trouvé dans cette journée de quoi se satisfaire.

Bien sûr, le total des voix réunies ( 234 ) n'a pas suffi à renverser le gouvernement (il en fallait 289). Mais là n'était pas l'enjeu pour l'UMP, qui avait initié la motion. En votant le texte comme un seul homme, ses 198 députés ont en revanche montré une belle unité. Même ceux d'entre eux qui, comme Hervé Mariton et Frédéric Lefebvre, soutenaient le projet de loi Macron. Cela ne constitue pas une "majorité alternative", comme s'est plu à leur répéter Manuel Valls à la tribune, mais ce n'est pas du luxe, par contraste avec les tiraillements de la majorité et au sortir de la cacophonie qu'avait occasionnée à l'UMP la législative partielle du Doubs il y a quinze jours. Un sursaut bienvenu à la veille des départementales, que Laurent Wauquiez aborde avec gourmandise : "Aujourd’hui c'était symbolique ; la vraie motion de censure, ce sera celle des Français le 22 mars".

"Un séisme tellurique !"


De son côté, si le manche était difficile à tenir cette semaine, Manuel Valls peut néanmoins se féliciter d'avoir mis un sacré coup de frein à la fameuse fronde qui pourrissait la vie de l’exécutif depuis le coming-out social-libéral de François Hollande, il y a un an et demi. En le forçant à dégainer l'arme ultime du 49-3 pour faire passer la loi Macron, les frondeurs ont révélé sa faiblesse mais également leur propre limite : ils ne sont pas prêts à renverser le gouvernement et à risquer une dissolution. Tant qu'il veille à ne pas les aborder frontalement plus d'une fois par session parlementaire, l'acte d'autorité de Manuel Valls lui a donc redonné un peu d'air. "Rien n'arrête le mouvement de la réforme !", s'est-il d'ailleurs réjoui sur Twitter jeudi soir. Au passage, le Premier ministre a pu surjouer son rôle préféré, celui de réformateur, en renvoyant ses adversaires de droite à leurs contradictions sur les nombreux volets de la loi Macron qu'ils auraient pu voter sans rougir, par une litanie de : "Vous êtes pour ou vous êtes contre ?"

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Est-ce à dire que les frondeurs ont perdu la partie ? La séquence a été "surdramatisée, comme si c'était la fin du monde, la fin du gouvernement, la fin d'un régime. Mais c'était une dispute démocratique", relativise Pouria Amirshahi dans les couloirs de l'Assemblée, ajoutant que son "problème n'est pas de faire chuter le gouvernement". En effet, les frondeurs n'ont jamais affiché cette intention ; mais cette semaine, ils ont quand même pu montrer l'ampleur de leur pouvoir de nuisance. Et, surtout, donner une audience maximale à leur sensibilité. Utile, alors que se profile le congrès du Parti socialiste de Poitiers, début juin.

Hors les trois acteurs principaux de ce drame, celui qui affichait la mine la plus réjouie, jeudi dans les couloirs de l'Assemblée était finalement plutôt un observateur de la situation. Se régalant du spectacle offert par la majorité socialiste, il vibrionnait de journaliste en caméra dans la salle des pas perdus de l'Assemblée. Décrivant, tel un oracle, "un séisme tellurique" et promettant "le retour à la IVe République, de soubresauts en soubresauts". La raison de cet enthousiasme pétulant ? Une conscience que les divisions étalées par le PS et les contradictions mal cachées par l'UMP profitent à son parti : Gilbert Collard est député FN.

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