Le budget de l'Etat consacré aux sondages a-t-il vraiment explosé en 2020 ?

Les chiffres présentés par une députée ont été en grande partie mal interprétés.

LECTURE TRONQUÉE - Une publication déplore que le budget de l'État dédié aux sondages ait explosé en 2020. Il atteindrait ainsi 26 millions d'euros, un montant tiré de travaux parlementaires mais qui recouvre en réalité d'autres dépenses.

Le gouvernement est-il accro aux sondages ? Des internautes le suggèrent et s'en émeuvent sur les réseaux sociaux, où ils partagent un article en ce sens. "En pleine crise sanitaire, l'État dépense 26 millions d'euros dans des sondages d'opinion", peut-on lire dans un message, un montant qui surprend et en fait bondir plus d'un. "C'est dommage... s'ils m'avaient demandé, je leur aurais dit à quel point ils sont impopulaires, on aurait pu mettre cet argent dans l'embauche d'infirmier(e)s et/ou les augmenter", peste l'auteur de cette publication. Une colère qui mérite pourtant d'être tempérée puisque les chiffres avancés ne correspondent pas à des dépenses consenties pour des enquêtes d'opinion.

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Un rapport critique...

Que nous dit la source à l'origine de ces affirmations ? Que "le gouvernement français dépense des millions d’euros dans les sondages d’opinion afin d’orienter sa politique publique. En octobre, les dépenses ont été évaluées à 26,15 millions d’euros". Ce constat ressortirait "d’un rapport parlementaire présenté par Marie-Christine Dalloz, rapporteuse spéciale du budget et députée Les Républicains du Jura". Problème : ce n'est pas ce que nous apprend le rapport en question.

Le texte ici mentionné est un rapport réalisé "au nom de la Commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire sur le projet de loi de finances pour 2021". Il se penche sur des sujets très divers, et réalise notamment un gros plan sur ce qui est dépeint comme un "usage croissant et injustifié du Service d’information du Gouvernement", le SIG. Ce dernier, nous explique-t-on, est "placé sous l’autorité du Premier ministre" et "assure quatre missions", parmi lesquelles figurent une analyse de "l’évolution de l’opinion publique et du contenu des médias" ou la diffusion "aux élus, à la presse et au public des informations sur l’action gouvernementale". 

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Le rapport souligne plusieurs points problématiques. Le premier concerne "la budgétisation initiale du SIG", qui "semble bien éloignée de la réalité". En effet, "en octobre 2020, le SIG a consommé 26,15 millions d’euros, soit 184 % de la dotation prévisionnelle octroyée en loi de finances initiale". Par ailleurs, "le rapporteur estime que l’usage qui est fait de ces crédits par le SIG est discutable", et "considère que la place prise par les sondages dans la conduite de l’action publique devient trop importante".

Le message ici envoyé est explicite : "le contexte actuel, et l’endettement important des administrations publiques appellent à générer des économies sur les dépenses non essentielles". Si le gouvernement est appelé à tenir compte de ces remarques, il est toutefois faux d'indiquer que les 26 millions d'euros ici évoqués sont uniquement liés à des sondages.

... mais une mauvaise lecture des chiffres

Les parlementaires avancent des chiffres précis : "En 2020, ce sont 46 études qui ont été commandées en lien avec l’épidémie, pour un coût avoisinant un million d’euros. Au mois d’octobre 2020, le coût total de ces sondages s’élève, pour l’année écoulée, à 1,63 million d’euros, et le prix de chacun d’entre eux s’échelonne entre 6.000 et 35.000 euros." Un montant jugé excessif, mais qui ne correspond donc absolument pas à l'ensemble des dépenses engagées par le SIG. 

Ce dernier se voit pointé du doigt car il a plus que dépassé le budget prévisionnel qui lui était alloué, mais les auteurs du rapport soulignent que cela est dû en grande partie au contexte sanitaire actuel, "qui a fortement mobilisé ses agents". Un exemple est présenté : la création d'une "plateforme téléphonique destinée à diffuser des informations et répondre aux interrogations des Français". Sa mise en place a engendré "un coût qui avait été estimé à 9 millions d’euros pour ses trois premiers mois de fonctionnement (avril – juin 2020) par les services du Premier ministre"

La vigilance des parlementaires s'avère donc bien réelle, mais il convient de noter dans leurs analyses, ils modèrent certaines de leurs critiques par une analyse contextuelle mettant en lumière des dépenses qui ne pouvaient pas être prévues initialement. En ce qui concerne les sondages, si le rapport juge leur recours trop important et peu judicieux par rapport à la situation budgétaire de la France, il ne permet pas de constater une évolution majeure lors des dernières années. En 2018 en effet, "ce sont 46 études d’opinion qui ont été commandées, auxquelles se sont ajoutées 46 vagues de questions d’actualité réalisées par l’IFOP, pour un coût de 1,67 million d’euros. Ces études portaient principalement sur la réforme de la SNCF, et sur le mouvement des gilets jaunes". Des montants déjà élevés, mais dans des ordres de grandeur qui rappellent ceux de 2020.

En résumé, il est donc faux d'indiquer que l'État a dépensé 26 millions d'euros en 2020 pour des sondages. Ce montant correspond aux dépenses totales du SIG, qui assure bien d'autres missions. Il "édite le portail www.gouvernement.fr et ses applications iPhone et iPad", réalise "des vidéos et administre Fil Gouv’, plateforme interministérielle de stockage et de partage de vidéos". Sans compter la réalisation "d'opérations de communication sur des thématiques interministérielles". Bien que les chiffres avancés sur les réseaux sociaux soient trompeurs, les parlementaires à l'origine du rapport cité par les internautes ont toutefois bien souligné le recours très régulier et excessif du gouvernement aux sondages, l'incitant vivement à plus de modération dans le futur.

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