Le départ d'Emmanuel Maurel va-t-il acter la mort tant annoncée du PS ?

Le départ d'Emmanuel Maurel va-t-il acter la mort tant annoncée du PS ?

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DÉFECTION – Le leader de l’aile gauche du PS, Emmanuel Maurel, vient de quitter officiellement son parti. Ce nouveau départ va marginaliser encore un peu plus le PS, posant plus que jamais la question de sa survie politique.

Il y a plus de 10 ans, le philosophe Bernard-Henry Lévy professait dans son livre Ce grand cadavre à la renverse la mort imminente du PS. Une décennie plus tard, force est de constater qu’il est toujours en vie et qu’il bouge encore. Mais pour combien de temps ? La plupart de ses ténors ont pris leur distance, son candidat à la dernière élection présidentielle, Benoît Hamon, est parti fonder son propre mouvement et voilà que le leader de son aile gauche, Emmanuel Maurel, vient de claquer la porte avec la perspective de fonder avec Jean-Luc Mélenchon le nouveau centre de gravité de la gauche.

Si "cela ne fait jamais plaisir de voir un ami qui nous quitte", confie le conseiller régional socialiste d’Ile-de-France, François Kalfon, ce départ ne semble pas l’affecter outre-mesure. "On est à la veille d’élections européennes, ce qui pousse chacun à prendre son risque pensant qu’il va pouvoir capitaliser sur sa différence", explique ce proche du député Luc Carvounas. Tant bien que mal, le PS poursuit "le travail qu’il a à faire" pour récréer le dialogue avec les autres forces de gauche. "Mais est-ce que toutes les décisions ont été prises pour permettre aux uns et aux autres de rester ?", s’interroge l’élu francilien. 

"Nous sommes dans une période politique trouble"

Alors qu’Emmanuel Maurel juge que le PS a tourné le dos à "l’idéal socialiste", ces ex-camarades jurent que leur parti est plus que jamais de gauche, comme en témoigne le texte sur l’Europe récemment adopté par les dirigeants socialistes. Texte qui a d’ailleurs convaincu l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande, Pierre Moscovici, de ne pas briguer la tête de liste PS aux élections européennes. 

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Le PS en panne de leaders

Trop à droite pour l’aile gauche, trop à gauche pour l’aile droite, le PS aurait-il perdu le goût du vivre-ensemble ? Pas du tout, estime un cadre historique du PS, qui pointe plutôt l’impuissance de son premier secrétaire, Olivier Faure, à assumer ses responsabilités. "C’est un échec humain lié au mythe de la rénovation générationnelle. On a mis de côté l’expérience pour s’appuyer sur une équipe de jeunes qui a explosé en plein vol." D’autres ont une explication plus profonde et plaide pour un essoufflement intellectuel. C’est le cas notamment de la sénatrice Laurence Rossignol. "Tout est flou en ce moment car nous sommes dans une période politique trouble. Il faut aussi l’accepter. Si les partis politiques étaient inspirés et capables d’éclairer le chemin comme on l’attend, on ne serait pas dans cette situation", souligne-t-elle.

"Rien se fera sans le PS"

Le logiciel idéologique de la gauche, né à l’issue de la révolution industrielle et qui a perduré jusqu’aux Trente Glorieuses n’est plus du tout adapté, estime l’ancienne ministre. D’où le besoin urgent de réfléchir sur les trois grandes questions structurantes des prochaines décennies, que sont la crise écologique, le partage des richesses et la défense des valeurs démocratiques. "Toutes les forces de gauche devraient ranger leurs dogmes et leurs divergences pour se mettre autour d’une table et se dire : c’est quoi les défis de demain auxquels on doit répondre", clame Laurence Rossignol. Mais au lieu de ça, les représentants de la gauche continuent de s’éparpiller. "Entre ceux qui préfèrent faire 10% tout seuls plutôt que 20% avec les autres ou encore ceux qui sont dans l’affirmation de leur identité, ce n’est pas gagné", soupire un parlementaire PS. 


Pourtant, veulent encore croire les socialistes, seul leur parti est en capacité de fédérer les forces de gauche. "Rien se fera sans le PS, car il reste la force la plus structurée à gauche", assure Laurence Rossignol, sans pour autant revendiquer le leadership d’une éventuelle coalition. D’autant que son expérience et son implantation locale peuvent être des atouts précieux pour accéder aux responsabilités, laisse entendre François Kalfon. "Est-ce que l’opposition et la radicalité suffisent pour reconquérir le pouvoir ? Ma conviction est que non", glisse l’élu francilien. En attendant, si la recomposition de la gauche tarde à poindre, la marginalisation du PS, elle, se poursuit inéluctablement.

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