"Le désir des scientifiques a beaucoup été relayé par une machine bureaucratique", déplore Alain Minc

"Le désir des scientifiques a beaucoup été relayé par une machine bureaucratique", déplore Alain Minc
Politique

SORTIE DE CRISE - Invité d'Elizabeth Martichoux ce lundi 18 mai, Alain Minc est revenue sur la gestion mondiale de la crise sanitaire et la reprise économique en France, trop lente à son goût.

Il subsiste encore un mystère de l'après-11 mai, cette date du déconfinement progressif suscitant autant de doutes que d'inquiétudes. Comment la France et par extension le monde vont-ils  se remettre de la crise sanitaire actuelle ? Quelles en seront les conséquences socio-économiques ? Les Français ont-ils finalement plus peur du virus que de la reprise économique ? Pour l'économiste Alain Minc, invité d'Elizabeth Martichoux lundi 18 mai, il est clair qu'"on ne parle que du virus et non du contexte économique" : "C'est à l'image de ce qui s'est passé pendant deux mois", assure-t-il. Et il importe selon lui de regarder comment les pouvoirs publics ont réagi face à la crise, face à une décision "qu'ils n'ont pas connu depuis la guerre", qui consiste à dire : "on choisit ses morts. [...] Le monde occidental a choisi d'éviter des morts visibles quitte à fabriquer des morts invisibles" assène-t-il. 

Au sujet du confinement, méthode choisie par la France pour contrer la propagation du virus sur le territoire, Alain Minc pense que le monde occidental a simplement choisi la voie des Chinois : "On a peur des Chinois, mais on les admire et on les pense plus intelligents que nous" soutient-il. "Quelqu'un aurait-il pu à un moment donné, après l'expérience chinoise, dire 'attendez' avant de se lancer là-dedans ? Un seul homme au monde aurait pu le faire : le leader du monde libre, le président des États-Unis. Cela supposait un président éminent, respecté. Trump a dit une phrase juste qui posait une vraie question : 'Il faut faire attention, le remède peut être pire que le mal'" Une phrase qui n'a pas été prise au sérieux, faute de la crédibilité insuffisante de celui qui l'avait prononcée, regrette l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, qui assure que si c'était Barack Obama qui l'avait prononcée, on aurait tendu plus attentivement l'oreille.

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Et si le confinement avait plongé la France dans l'inertie ? Les Français sont-ils devenus trop frileux sur la reprise économique ? "On s'est arrêté sèchement, on reprend lentement", soutient Alain Minc. "Aujourd'hui, il faut reprendre vite, jouer sur la confiance, et de ce point de vue le système français a beaucoup joué sur la méfiance et la peur." L'économisme déplore l'excès de précautions, qui ont pourtant permis d'éviter plusieurs dizaines de milliers de morts supplémentaires : "Si le président de la République avait suivi le conseil scientifique, on serait encore en confinement jusqu'à la fin du mois" , pose encore le défenseur de la mondialisation heureuse. "Evidemment que les spécialistes sont dans leur logique d'éradiquer le virus mais la décision qui consiste à trancher parmi les inconvénients appartient au régime politique". 

A cet égard, Alain Minc déplore d'ailleurs que "le désir des scientifiques" ait été "beaucoup relayé par une machine bureaucratique assez naturellement portée à réglementer" : "Je rends grâce au président de la République d'avoir été le seul à dresser les mains contre cette machine technocratique." Parmi les griefs, il juge le gouvernement britannique "beaucoup plus flottant" et pointe du doigt "l'incurie, l'incompétence, la provocation du gouvernement de Washington." Et, parmi les mea culpa, reconnait, à la lumière de cette crise, un erreur de jugement sur "un certain nombre d'excès du libre-échange."

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Aussi, quel avenir imagine-t-il pour cette France post-crise ? "Le grand désir qui devrait monter après ce qu'on a vécu, c'est le désir de décentralisation". "Je suis très impressionné par la présence des maires, leur légitimité, leur capacité de faire accepter à leurs compatriotes sur le plan local un certain nombre de règles." Alain Minc pousse donc en faveur d'une décentralisation "à grandes enjambées. Cela ne peut pas se faire en quinze mois mais c'est à mon avis le grand sujet postérieur à l'année 2022". 

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