Le discours d'Emmanuel Macron sur l'Europe en 5 idées très (trop ?) ambitieuses

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C'EST MON PROJET - Le chef de l'Etat a présenté ce mardi ses ambitions pour relancer l'UE : taxe sur les transactions financières, bilinguisme pour les étudiants, salaire minimum, armée européenne et suppression de la directive travailleurs détachés... Ces propositions ont-elles une chance de voir le jour ?

"Je suis venu vous parler d'Europe. 'Encore !', diront certans. Oui, encore." C'est un Emmanuel Macron profondément europhile qui s'est exprimé, ce mardi à la Sorbonne, multipliant les idées pour accélérer l'intégration européenne. Des idées fortes, que le fonctionnement actuel de l'Union européenne laisse pour le moment à l'état d'ambitions.

L’Europe doit être cet espace où chaque étudiant devra parler au moins deux langues européennes d’ici 2024.

Selon des données disponibles sur Eurostat, en Europe, les élèves du deuxième cycle de l’enseignement secondaire apprenaient en 2013 1,3 langue étrangère en moyenne. En 2015, les lycéens français apprenaient en moyenne 1,8 langue.


Quelques pays atteignaient déjà en 2015 l’objectif souhaité par Emmanuel Macron pour 2024 : la Roumanie (2 langues), la Finlande (2,2 langues) et le Luxembourg (2,4 langues).


En revanche, ce sera plus difficile pour la Grèce (0,8 langue), le Portugal (0,9 langue), l'Espagne ou l'Allemagne (1 langue). Reste à savoir si l'on préfère miser sur la quantité plutôt que la qualité. Les Allemands ont par exemple la réputation d'être meilleurs que les Français en anglais.

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Emmanuel Macron : "chaque étudiant devra parler au moins deux langues européennes"

Il faut garantir à tous un salaire minimum, adapté à la réalité économique de chaque pays.

Un même salaire minimal dans chaque pays ? A priori, non. En effet, harmoniser le montant d'un salaire minimum au niveau européen semble aujourd'hui impossible tant cohabitent au sein de l'Union des pays aux situations économiques différentes, et des ressortissants aux niveaux de vie très éloignés. 


Pour preuve, entre les pays membres ayant instauré un salaire minimum, les écarts varient d'environ un à neuf : au Luxembourg, les salariés à temps plein ne gagnent pas moins de 1998,59 euros brut mensuels. Ce montant atteint 1563,25 euros en Irlande et 1480,27 euros en France. On descend par contre à 380 euros en Lettonie et Lituanie et à 235,20 euros en Bulgarie. Un écart qui ne s'explique pas que par les différences de train de vie, puisque même en modérant l'écart avec cette donnée, la variation de l'écart va de un à quatre.


Il s'agirait donc plutôt d'harmoniser le principe de salaire minimal. Aujourd'hui, ils sont six pays à s'en passer : Chypre, le Danemark, l’Autriche, l’Italie, la Finlande et la Suède, où il est fixé non par la loi mais au niveau des branches, après négociation entre représentants des salariés et du patronat. Le chemin pourrait être long. L’Allemagne, longtemps réticente, ne s’est dotée d’un salaire minimum qu'au 1er janvier 2015. 

Une force commune d'intervention

L'idée, adossée à "un budget de défense commun et d'une doctrine commune", est souvent évoquée. En 2015, Jean-Claude Juncker avait relancé l'idée, et l'Allemagne ne semble pas y être opposée. Mais de nombreux pays, notamment d'Europe de l'est, ne l'entendent pas ainsi. La défense est un domaine important de la souveraineté nationale depuis toujours, et l'abandonner au profit d'une autorité fédérale est un pas important que certains ne semblent pas prêts à franchir.


Si Emmanuel Macron avance cette idée et la défend aussi fermement, c'est aussi parce que lorsque le Royaume-Uni aura définitivement quitté l'Union européenne, la France sera l'armée la plus performante de l'UE, et donc la plus à même de s'investir dans la défense du continent. Mais elle ne pourra pas le supporter longtemps, notamment financièrement. D'ici là, il a proposé d'échanger des soldats entre armées de l'UE, en montrant l'exemple avec l'armée française.

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Emmanuel Macron : "L'Europe devra être dotée d'une force commune d'intervention"

De nouvelles bases pour le projet de taxe sur les transactions financières

Emmanuel Macron le reconnait d'emblée : le projet  n'a jamais été couronnée de succès. "Nous connaissons par cœur le débat : pourquoi à chaque fois ces initiatives finissent-elles par un échec ? Parce que les modalités techniques que nous finissons par retenir pénalisent un pays plutôt que l’autre. Deux pays en Europe ont une taxe sur transactions financières dont la France. Prenons cette taxe, généralisons-la au niveau de l’Europe. Je suis prêt, je suis même volontaire pour en donner l’intégralité des ressources à l’aide publique au développement européen." 


Lancée au lendemain de la crise financière de 2008 et reprise par la Commission européenne en 2011, la "taxe Tobin" ne fait pas l'unanimité sur la question de l’affectation des recettes. Mais même si son principe a été validé par les Etats partenaires, le projet va de report en report. 


Emmanuel Macron avait lui-même émis des doutes sur cette taxe pendant la campagne présidentielle, mais il a ce mardi exposé clairement sa position sur le sujet. Il semblerait qu'il souhaite reprendre le leadership pour mettre en place cette taxe.

Revoir la directive [...] sur les travailleurs détachés

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Emmanuel Macron réaffirme son intention de revoir la directive travailleurs détachés

De candidat à Président, Emmanuel Macron a durci sa position sur la directive sur les travailleurs détachés. "Aujourd’hui, l’Europe ne protège pas face au dumping social', a -t-il répété ce mardi.


La directive prévoit que les salariés détachés pour travailler dans un pays de l'UE soient soumis aux mêmes conditions que le pays qui les accueille pour le salaire minimal, la durée minimale des congés payés, les périodes maximales de travail ou les conditions de sécurité... mais pas pour les cotisations sociales. De quoi faire préférer aux entreprises des salariés polonais ou bulgares au détriment des Français.


De la même façon, le débat est mal engagé. Fin août, le chef d'Etat avait rallié l'Autriche sur le sujet mais s'était accroché avec la Pologne et la Hongrie, grosses pourvoyeuses de travailleurs détachés. Emmanuel Macron avait qualifié de "nouvelle erreur" le refus de Varsovie de durcir la directive. "La Pologne n'est en rien ce qui définit le cap de l'Europe", avait-il déclaré, se voyant conseiller en retour "de s'occuper des affaires de son pays."

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