Le Drian n°1, Darmanin n°6, Dupond-Moretti n°10... à quoi sert l’ordre protocolaire du gouvernement ?

Le Drian n°1, Darmanin n°6, Dupond-Moretti n°10... à quoi sert l’ordre protocolaire du gouvernement ?
Politique

SIGNIFICATION - La nouvelle équipe gouvernementale, emmenée par le nouveau Premier ministre Jean Castex, a été annoncée lundi par le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler. Une annonce dans un ordre protocolaire qui peut cacher certains enseignements dans la politique future du gouvernement.

Lundi, le "nouveau chemin", annoncé il y a plusieurs semaines par le président de la République Emmanuel Macron, a pris forme avec l’annonce de la nouvelle équipe gouvernementale. L’annonce a été faite à 19h sur le perron de l'Elysée par le secrétaire général de la présidence, Alexis Kohler, dans un ordre bien précis, appelé l’ordre protocolaire.

Ainsi, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a été annoncé en premier, suivi de la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, alors que le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a été annoncé en sixième position, quelques rangs devant le nouveau garde des Sceaux, ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, qui figure, lui, au dixième rang. Tout sauf anecdotique, bien que symbolique, à quoi correspond cet ordre protocolaire ?

Une indication sur les priorités du gouvernement ?

Sans incidence sur la rémunération des ministres concernés, l'ordre protocolaire est avant tout scruté par les experts politiques et les ministres concernés. Ainsi, elle revêt une importance plus ou moins forte selon les ministères et peut donner une indication sur la direction que prend la nouvelle équipe gouvernementale. En 2013, Franceinfo relevait une observation faite par Henri Oberdorff et Nicolas Kada dans leur livre intitulé "Institutions administratives" et publié la même année : "La hiérarchie gouvernementale résulte d'un choix discrétionnaire du président de la République et du Premier ministre lors du décret de nomination. La lecture de ce décret constitutif du gouvernement est donc toujours très riche d'enseignements."

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Après les propos du Premier ministre Jean Castex vendredi dans le 20h de TF1, déclarant que l'écologie n'était pas une "option" mais une "obligation", l'ordre d'arrivée dans ce gouvernement de la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili est ainsi tout sauf un hasard. En la plaçant numéro trois du gouvernement, Jean Castex veut sans doute insister sur l'importance de la trajectoire écologique de la deuxième partie du quinquennat d'Emmanuel Macron, bien que certains observateurs considèrent d'ores et déjà que l'action du gouvernement d'un point écologique sera reléguée au second plan.

Un placement stratégique au Conseil des ministres

La quatrième place de Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance donne également des indications sur le rôle prépondérant qu'occupera ce dernier dans la "reconstruction économique" du pays, fortement touché par la crise du Covid-19 ces derniers mois, une "reconstruction" également évoquée par le Premier ministre ces derniers jours. Lors de la composition du gouvernement Philippe 2, en octobre 2018, Bruno Le Maire figurait au sixième rang et n'était pas en charge de la relance économique, mais "seulement" de l'Economie et des Finances.

De plus, cet ordre protocolaire offre également une proximité non négligeable auprès du président de la République lors du Conseil des ministres. Si le chef de l'Etat et le Premier ministre se font face à cette occasion les ministres d'Etat - absents du gouvernement Castex - sont ensuite disposés dans l'ordre protocolaire autour des deux protagonistes, de quoi profiter d'une écoute privilégiée en fonction de la place occupée.

Un ordre protocolaire décisif en 2016 ?

Pour remonter beaucoup plus loin, en 2016, une "rétrogradation" d'Emmanuel Macron dans l'ordre protocolaire à l'occasion du remaniement réduit de février 2016, à l'initiative de Manuel Valls, avait eu de lourdes conséquences sur les mois qui ont suivi. Ainsi, l'actuel président de la République, qui avait hérité du ministère de l'Economie, l'Industrie et le Numérique, avait chuté de deux places dans la liste des ministres, passant du 11e au 13e rang, alors qu'il était censé se hisser au cinquième rang.

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Un camouflet dans sa "rivalité" avec Manuel Valls, Premier ministre à l'époque, qui aurait accéléré, selon certains observateurs, la volonté d'Emmanuel Macron de se lancer seul dans l'aventure de l'élection présidentielle, lançant deux mois plus tard son parti En Marche, avec la suite que tout le monde connait.

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