Le FN devient Rassemblement national : qu'est-ce qui va vraiment changer ?

REFONDATION - Marine Le Pen a annoncé vendredi que les militants avaient largement approuvé le nouveau nom du FN, Rassemblement national. Une opération symbolique qui acte un changement de tactique plus qu'un changement de projet.

Le "teasing" s'est étalé sur plusieurs mois. D'abord la consultation, puis le dévoilement du nouveau nom au congrès de mars 2018, et pour finir l'annonce par Marine Le Pen, le 1er juin, du ralliement de plus de 80% des adhérents à la nouvelle appellation "Rassemblement  national". 


Exit, donc, le Front national, n'en déplaise au fondateur Jean-Marie Le Pen, qui l'avait couvé comme un trésor depuis 1972. Du marketing de l'ancien, il ne reste que la fameuse flamme tricolore, désormais insérée dans un cercle ouvert, "moins anguleux, plus féminin, plus rond et plus rassembleur", vantait vendredi la présidente du parti, en quête d'une nouvelle légitimité après l'échec des élections de 2017. Voilà pour l'apparence. Mais le changement de forme implique-t-il des changements de fond ?

Conjurer le "plafond de verre"

"Le Front avait une connotation belliqueuse. Le Rassemblement, c'est l'ouverture d'esprit, le rassemblement des Français", a fait valoir à LCI le vice-président du mouvement Steeve Briois. Le changement de nom est d'abord une tentative de changement d'image : le parti espère ainsi achever une fois pour toutes son entreprise de "dédiabolisation" entamée depuis l'accession à sa tête de Marine Le Pen en 2011, afin de faire exploser ce "plafond de verre" qui ralentit la conquête de l'opinion. 


Surtout, le "Rassemblement" valide la nouvelle stratégie politique amorcée durant la présidentielle, illustrée cette semaine par la main tendue de Marine Le Pen au souverainiste Nicolas Dupont-Aignan en vue des élections européennes. Incapable de conquérir le pouvoir seul, l'ex-FN doit impérativement trouver des alliés. Surtout s'il souhaite construire une coalition des eurosceptiques et se poser comme l'anti-La République En Marche en vue du scrutin du 2019.


L'intention, pour l'heure, semble encore éloignée des réalités. Alors que Nicolas Dupont-Aignan doit donner sa réponse dimanche sur France 3, Marine Le Pen semble toujours isolée politiquement, un an après l'élection d'Emmanuel Macron. Pire, d'anciens compagnons de route qui rêvent "d'union des droites" - comme Robert Ménard, qui envisage de reconquérir seul sa mairie de Béziers en 2020 -  semblent désormais regarder davantage du côté des Républicains de Laurent Wauquiez, ou de la nièce Marion Maréchal, singulièrement présente pour une responsable retirée officiellement de la vie politique

Stratégie de recrutement

Pour se sauver, l'ex-FN doit impérativement se renouveler et élargir sa base. "J'invite tous les cadres à engager une grande campagne d'adhésion", a lancé vendredi Marine Le Pen à ses adhérents, lors de son discours à Lyon. Lors du congrès, en mars à Lille, la présidente du parti avait déjà fixé cette priorité : "Il faut, disait-elle, disposer de davantage de cadres, produire plus de contenus de haute tenue. Il faut mettre en place une organisation rénovée avec des pratiques plus collégiales. Sur tous les territoires, il faut des cadres de tous les âges, de tous les milieux".  


Officiellement, l'ex-FN avait reconnu en février dernier "une légère baisse" du nombre de ses adhérents, conséquence des élections de 2017 puis du départ du numéro 2 Florian Philippot, alors que le Canard enchaîné faisait état de chutes d'adhésions. En mars, Le Figaro comptabilisait 38.000 adhérents, soit moins de la moitié des effectifs de 2014. Un bilan retoqué par le parti, dont le trésorier Wallerand de Saint-Just estimait à 50.000 le nombre d'adhérents à jour de cotisation. Quoiqu'il en soit, le constat reste le même au sein du Rassemblement national : il est vital de recruter. 


S'il se préoccupe de sa base, le RN a déjà réglé la question de ses instances dirigeantes lors du congrès de mars, avec un renouvellement relatif des personnalités, et le maintien d'une grande partie des anciens cadres du FN. 

Un projet inchangé pour l'heure

Au-delà du changement tactique et de la refondation interne, le Front national a posé en mars les jalons de sa doctrine politique, tout en laissant le débat ouvert. La seule évolution tangible jusqu'ici est son changement de pied sur la fin de l'euro, un objectif qui n'est plus prioritaire depuis le lendemain de la présidentielle. L'ancien concepteur du projet économique du FN, le député européen Bernard Monot, a d'ailleurs acté son départ du parti cette semaine. 


Pour le reste, le Rassemblement national affiche toujours, sur son site, les 144 engagements présidentiels de Marine Le Pen en 2017. Les grands objectifs ont été d'ailleurs réaffirmés par Marine Le Pen lors du congrès de mars, qu'il s'agisse de la lutte contre l'immigration, la "protection" des classes moyennes et populaires ou la préférence nationale face à la mondialisation. Dans la perspective des élections européennes, c'est surtout "la souveraineté politique face à l'UE", selon les termes de Marine Le Pen, qui devrait mobiliser le parti dans les mois qui viennent. Il s'agira, pour la présidente du parti, de s'imposer dans "la recomposition autour du véritable clivage mondialistes-nationaux". A condition, bien sûr, de trouver des alliés.

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