Le FN rebaptisé "Rassemblement national" : "Cela permet à Marine Le Pen de finaliser le processus de dédiabolisation"

DirectLCI
INTERVIEW – En rebaptisant son parti "Rassemblement national", Marine Le Pen a un double objectif, analyse le communicant Philippe Moreau Chevrolet. Transformer son mouvement en parti de gouvernement mais aussi retrouver la crédibilité perdue lors de la présidentielle.

LCI.fr : Pourquoi abandonner le terme de "front" et le remplacer par celui de "rassemblement" ?

Philippe Moreau Chevrolet, communicant et dirigeant de MCBG Conseil : Cela permet à Marine Le Pen de finaliser le processus de dédiabolisation du Front national et de montrer qu’elle est capable de rassembler toute la droite, et non plus seulement l’extrême droite. Il y a à la fois une volonté de réconciliation mais aussi de montrer que ce parti est capable de gouverner. En tout cas qu’il se positionne comme un parti de gouvernement. C’est la fin d’une époque pour le Front national et le début d’une tentative de conquête de l’électorat traditionnel de la droite. Mais est-ce que le FN va réussir à prendre la droite classique ou est-ce que c’est la droite classique, derrière Laurent Wauquiez, qui va prendre le FN ? Il y aura de toute façon un affrontement entre les deux parce qu’il n’y a plus de place pour deux formations politiques à droite. Face à Emmanuel Macron, il faut construire quelque chose d’uni pour réussir à l’emporter.

LCI.fr : Ce nouveau nom peut-il permettre à Marine Le Pen de rebondir politiquement après son échec à la présidentielle ?

Philippe Moreau Chevrolet, communicant et dirigeant de MCBG Conseil : Oui, s’il y a une forte mobilisation. Car malgré le soutien d’une partie de la base, Marine Le Pen est très discréditée. Elle est dans une logique plébiscitaire, elle a besoin de remobiliser les adhérents. S’ils acceptent de suivre sa ligne, elle sera relégitimée pour poursuivre le combat. Il reste néanmoins une épée de Damoclès au-dessus d’elle, en la personne de Marion Maréchal-Le Pen. Cette dernière, qui est la grande gagnante de cette séquence post-présidentielle, reste quand même bien positionnée pour revenir et s’imposer auprès des militants.

LCI.fr : A un mot près, ce nouveau nom ressemble beaucoup au "Rassemblement national populaire" de Marcel Déat, l’un des plus fervents défenseurs de la collaboration lors de la Seconde Guerre mondiale. N’est-ce pas un choix paradoxal de la part de Marine Le Pen, qui souhaite dédiaboliser son parti ?

Philippe Moreau Chevrolet, communicant et dirigeant de MCBG Conseil : Il y a deux visages dans ce parti et le fait que ce nom ait une histoire va permettre de rassurer sa frange la plus extrême et d’éviter la terreur de Marine Le Pen, c’est-à-dire une scission. Mais je pense que la majorité des électeurs vont retenir le mot "rassemblement" et le fait qu’on dédiabolise, car c’est ça le vrai message. Certes, cela va faire parler la presse et agiter une partie de la classe politique. Mais l’opinion ne retiendra pas les connotations historiques de ce nom. Ce qui l’intéresse, c’est de savoir si elle remporte le vote des adhérents et si elle se retrouve légitimée à nouveau par sa base. Parce que la grande question qui est posée dans le débat politique depuis la fin de la campagne présidentielle, c’est : "Est-ce que Marine Le Pen peut encore incarner son camp ?"

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter