Le kwassa-kwassa "amène du Comorien" : la "plaisanterie pas très fine et malheureuse" d'Emmanuel Macron sur l'immigration clandestine passe mal

Politique
HUMOUR NOIR - En déplacement en Bretagne, Emmanuel Macron s'est fendu d'une remarque sur le kwassa-kwassa, ce canot de pêche utilisé dans l'Archipel des Comores, précisant en blaguant qu'il "pêche peu" mais "amène du Comorien". "Une plaisanterie pas très fine et malheureuse" a reconnu l'Elysée auprès de LCI.

La réflexion est suivie d'un long silence gêné. En déplacement au Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage atlantique (CROSS) d'Etel, en Bretagne, jeudi 1er juin, Emmanuel Macron a laissé échapper un trait d'humour choquant au sujet des drames de l'immigration à Mayotte. 


Ce n'est que le lendemain, vendredi 2 juin, que la scène est rendue publique par les soins de l'émission Quotidien. Dans la séquence, on entend ainsi le président de la République discuter avec des agents sur place. Suite à une remarque sur différents types d'embarcations, les "tapouilles et les kwassa-kwassas", Emmanuel Macron précise : "Ah non, c'est à Mayotte les kwassa-kwassas". "Monsieur le président, vous êtes un connaisseur" note son interlocuteur. Le président répond, le sourire aux lèvres, au sujet de ces petits canots utilisés par des passeurs pour l'immigration clandestine à Mayotte : " Mais le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien. C'est différent". 

Des naufrages réguliers

Les drames des kwassa-kwassas dans l'archipel des Comores sont une réalité. En septembre 2012 notamment, le site local linfo.re relatait le naufrage d'une embarcation reliant Anjouan, aux Comores, Mayotte, île française. Ce jour-là, quinze corps ont été repêchés dans l'Océan indien et les autorités recherchaient toujours plusieurs dizaines de disparus, sur une cinquante de passagers. La veille, un autre kwassa-kwassa avait sombré au large d'Acoua, au nord de Mayotte. Cette fois, on déplorait trois morts et une dizaine de blessés. Par ailleurs, un rapport du Sénat publié en 2012 estime jusqu'à 10.000 le nombre de Comoriens morts depuis 1995, au cours de ces traversées. 


Les propos d'Emmanuel Macron, sitôt la séquence de Quotidien diffusée, ont fait réagir les internautes sur les réseaux sociaux, beaucoup jugeant scandaleux à la fois le sujet dramatique de la blague et l'usage de l'expression "du Comorien". Plusieurs représentants politiques ont réagi à cette sortie incompréhensible. Cécile Duflot, députée écolo de Paris juge ce silence "insensé", tandis que Daniel Goldberg, député de Seine-Saint-Denis et président du groupe d'amitié France-Union des Comores à l'Assemblée Nationale, invite le président "à régler les problèmes locaux plutôt qu'à en rire". François Baroin, chef de file LR pour les législatives a estimé que "ce n'est pas parce qu'on dit que c'était pour rire qu'on n'a rien dit", ajoutant : "C'était extrêmement choquant, encore plus quand on est président." Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a lui aussi jugé ces propos choquants "venant d'un président", et Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a jugé les paroles d'Emmanuel Macron "indignes".

Contactée par LCI à la suite du Lab d'Europe 1, la cellule de communication de l'Elysée reconnaît "une plaisanterie pas très fine et malheureuse, mais qui ne reflète pas la politique ou la prise de position du Président sur le sujet. Il est difficile de taxer Emmanuel Macron de racisme ou de légèreté. Il a eu l’occasion de s’exprimer sur ces sujets, notamment au cours de la campagne lors de son déplacement à Mayotte. C’est une polémique qui n’a pas lieu d’être. Quant à l’idée qu’il y aurait deux poids deux mesures : la différence c’est que contrairement à certaines autres personnes, Emmanuel Macron a une ligne claire vis-à-vis de l’immigration clandestine et des migrants. Il a par exemple été l’un des premiers à saluer la politique migratoire d’Angela Merkel".

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